Cyrano de Bergerac existe en comédie musicale aux Amériques depuis 2018. Vous ne le saviez pas ? Moi non plus. La bonne nouvelle, c’est que cette version n’a jamais traversé l’Atlantique. La mauvaise, c’est que des sagouins ont eu la mauvaise idée de l’adapter sur grand écran, avec gros budget, une vedette internationale de la série Games Of Thrones à l’affiche, le tout piloté par la talentueux Joe Wright, réalisateur de l’excellent Orgueil et préjugés. Vous vouliez un aperçu de l’enfer ? Ces affreux vous l’offrent durant deux heures et en anglais. Dès l’ouverture, Joe Wright plante le décor avec son générique sur fond de marionnette à gros pif. Au cas où vous ne l’auriez pas compris, le réalisateur britannique vous annonce un jeu de rôles et de faux semblants, deux minutes de plus et il ajoutait des sous-titres. Roxane (qu’on prononce comme Sting), jeune femme pleine de charme, est fauchée. Le Comte de Guiche, à deux doigts du #metoo, lui propose, en échange des caresses sur son crâne en peau de derche, son titre et sa fortune. Mais Roxane rêve du grand amour : « Je veux qu’on me dise que je ne peux pas vivre sans toi », chante-t-elle. Edmond Rostand revisité par Wejdene, fallait oser, les Ricains l’ont fait.
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Rimes pauvres, slam et niaiserie
La langue du dramaturge français ne supporte ni traduction, ni exégèse, c’est sa force, elle est accessible à tous, même à Hanouna, même à des Américains. Mais non, aujourd’hui, il faut canceller, c’est-à-dire saloper, voici le prix de la modernité ! Oubliez les alexandrins, la poésie et l’esprit, tous trois grand remplacés par des rimes pauvres, du slam bas-de-gamme et de la niaiserie pré-pubère. Même Paris n’existe plus, puisque Wright a planté sa caméra en Sicile. Restons objectif : le décor a de la gueule et permet même quelques plans somptueux, mais c’est un peu court, jeune homme. Le pire arrive vite. Cyrano débarque au théâtre pour faire taire ce crétin de Montfleury, joué par Peter Dincklage, le Tyron Lannister de Games Of Thrones. Un nain sans la moindre prothèse nasale pour incarner Cyrano et pourquoi pas un transgenre anorexique pour jouer Hercule ? Côté Christian, le rôle est dévolu à un « racisé ». Dans cette cour de miracle progressiste, on cherche désespérément un Chinois, mais il faut croire qu’il y a des origines visibles moins vendeuses que d’autres. Ça chante, ça danse, la caméra virevolte comme tenue par un cocaïné sur un manège à Disneyland, et pourtant on s’endort. On connaît la trame, elle n’a guère changé, Joe Wright l’a juste vidée de toute substance.
Ça chante, ça danse, la caméra virevolte comme tenue par un cocaïné sur un manège à Disneyland, et pourtant on s’endort.
Orgueil et nouveaux préjugés
Les cadets se dandinent comme des danseuses du Lido, la fameuse tirade des « Non, merci ! » semble sortir du cerveau d’huître de Christine Angot et la scène du balcon s’avère aussi touchante qu’une partouze d’alcooliques en Ehpad. On a déclaré des guerres pour moins que ça. Il semble qu’on soit passé du stade de la « cancel culture » à celui de la « destroy culture ». Alors on cherche les raisons (il faut bien s’occuper, même si les fauteuils du Royal Monceau sont propices à la ronflette) : « J’ai toujours considéré cette pièce différemment parce que selon moi, Cyrano “arnaque” littéralement Roxanne en signant ses lettres sous un faux nom », nous explique carrément Érica Schmidt, la scénariste du carnage. Un peu plus et elle nous expliquait que le gros nez n’était rien d’autres qu’un symbole phallique, symptôme de l’affreux patriarcat. Le final, d’une drôlerie involontaire confirme toute la bêtise prétentieuse de l’auteur : quand l’orgueil se substitue au panache.





