Pendant longtemps, on s’est dit qu’on ne regarderait jamais, que ce n’était pas possible. L’énorme Cyril Hanouna, gavé de pognon et de vulgarité, c’était trop pour nous, c’était l’horizon indépassable de la télé-poubelle, du talk-show crétinissime qui ferait passer une émission d’Oprah Winfrey pour un colloque d’Hannah Arendt. Alors on observait de loin, on surprenait au vol quelques extraits, mais on se protégeait les yeux et on priait très fort pour que ces quelques secondes de couleurs vomitives ne suffisent pas à nous endommager définitivement la pulpe du cervelet. On le sait, la télévision, c’est une hypostase de la société – une représentation dégénérée, si vous préférez. Mais là, tout de même, on était en droit de questionner les origines de cet assourdissant et persulfuré cirque Pinder… De quelle France au juste « TPMP » est le reflet? La France des pavillons Catherine Mamet se retrouve-t-elle vraiment dans ce Colisée de bêtise, où le navrant spectacle de l’acharnement démocratique côtoie la coercition totalitaire des réseaux sociaux, constamment invoqués pour crédibiliser à peu de frais les trémulations vagales de ces larves illustres?
Lire aussi : Guillaume Zeller : « Encenser le 19 mars 1962 est une imposture »
Il était une époque, sans doute, où les talk-shows nous ressemblaient encore : mais à qui ressemblent ces individus bariolés et chitineux ? Et d’ailleurs, qui sont ces chroniqueurs venus de nulle part, devenus brusque- ment la coqueluche des ménagères, à qui sont ces gueules ripolinées collées à l’intérieur de nos écrans comme du papier insecticide ? Qui sont ces hyperclowns sinistres qu’on dirait façonnés par le Seigneur des Mouches en personne ? Bon, Éric Naulleau, on le connaît un peu, c’est vrai… L’homme qui cosignait il y a presque vingt ans un pamphlet littéraire aux côtés de Pierre Jourde et qui, aujourd’hui, affiche son vrai visage, celui d’un homme qui a troqué son âme pour un rond de serviette à ce banquet d’acéphales. Il y a aussi l’ogre Benjamin Castaldi, puant la méchanceté et la bêtise. Mais les autres, les autres, qui sont-ils? Qui est cette « Isabelle Morini-Bosc », qui fait cligner ses yeux de verre à l’unisson de son rire étrange, « Mathieu Delormeau », sorte d’Hypérion des douchebag, qui fait passer Steevy pour Patrick Buisson? Mais qui sont ces mauvais cartoons, cet avocat grotesque ou cet élu RN qui ressemble à une vilaine copie de Mister Magoo ? Généalogie de la laideur: on ferme les yeux quelques années et brusquement, à peine les a-t-on réouverts, qu’un cortège de gorgones a « poppé » – et qu’elles sont devenues les piliers de la France cathodique.





