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Débat LIBÉRALISME Thibaud Collin : La grande fracture de la modernité libérale

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Publié le

11 février 2019

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Peut-ton ou pas zut à la fin

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Peut-on être libéral-conservateur ? Pour Thibaud Collin, la réponse dépend du sens des deux termes : il y a deux types de conservatisme, qui recoupent l’opposition entre modernes et antimodernes. Résolument dans cette dernière optique, Charles Beigbeder revendique un conservatisme libéral sur le modèle d’Edmund Burke, quand Érik Tegnér plaide pour une alliance des libéraux et des conservateurs sur le plan politique.

 

Il y a deux grandes manières de concevoir le conservatisme et selon les sens retenus, les réponses à la question seront opposées. Rigoureusement parlant, le conservatisme est une attitude intellectuelle née dans la modernité libérale qui tend à en limiter les effets révolutionnaires en sauvegardant certaines coutumes et traditions, en tant qu’elles ont été validées par le temps comme bénéfiques pour l’ordre social et culturel.

 

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Cette dimension empirique du conservatisme (Hume) explique sa méfiance envers les abstractions et les grands principes dont l’application radicale est considérée comme dévastatrice (Burke). Une telle attitude est compatible avec la conception libérale de la liberté puisque selon celle-ci chacun doit déterminer le contenu de ses propres fins, à la condition de respecter la même opération chez ses sociétaires.

 

Le système de la liberté libérale est donc procédural et a pour norme la compossibilité des choix individuels garantis par des droits mutuellement reconnus. Tout n’est donc pas permis puisque rien ne peut légitimer d’empiéter sur la vie d’autrui dans la mesure où celui-ci respecte les choix des autres.

 

 

Dans cette optique, quelqu’un qui considère, par exemple, que le mariage est une institution fondée sur la différence des sexes peut être libéral s’il admet que la proposition opposée est politiquement légitime. On peut donc défendre des positions dites « conservatrices » et finir par valider de facto des lois progressistes.

 

Ralentir le progrès ou conserver l’ordre naturel ?

 

Il y a cependant une autre manière d’entendre l’esprit conservateur : celui qui veut conserver non pas ce qui relève du passé en tant que tel mais un ordre naturel qui en lui-même ne relève pas du temps même s’il se vérifie dans l’épaisseur de l’histoire et des traditions.

 

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Celui-ci ne valide pas l’historicisme foncier de la modernité libérale ; il considère que la liberté humaine et la société des hommes libres sont finalisées par le vrai bien humain dont la mesure est perceptible par la raison soutenue par les vertus morales.

 

Difficile semble-t-il de nommer ce conservateur libéral sauf à considérer que le mot libéral ne désigne que quelqu’un qui aime la liberté sans dire en quoi elle consiste.

 

 

L’idiot utile des libéraux-libertaires

 

On voit donc que la question posée n’a pas de réponse univoque. Il faut reconnaître le fait que de nombreux intellectuels ou politiques s’affirment aujourd’hui comme libéraux conservateurs comme si l’adjectif venait déterminer le type de libéralisme et surtout lui donner une touche de modération et de sagesse.

 

Depuis l’effondrement de l’empire soviétique, le libéralisme a retrouvé sa force révolutionnaire constitutive.

 

Il est indéniable qu’un « libéral conservateur » ne sera pas sur les mêmes positions pratiques qu’un « libéral libertaire ». Nonobstant l’authenticité et la fermeté de leurs convictions, les libéraux conservateurs ne sont-ils pas les idiots utiles des libéraux libertaires ?

 

Lire aussi : Xavier Breton : « Najat Vallaud-Belkacem en rêvait, Jean-Michel Blanquer le fait » 

 

C’est-à-dire, ne sont-ils pas ce qui permet à ceux-ci de valider que l’Histoire est orientée vers toujours plus d’«émancipation» puisque les dits libéraux-conservateurs peuvent certes s’opposer personnellement à telle extension d’un droit mais ne peuvent argumenter leur refus dans l’objectivité d’un principe l’amenant à le rejeter comme contraire au bien commun.

 

Le seul type d’argumentation que les libéraux conservateurs peuvent déployer, sauf à nier leur libéralisme, est donc de type procédural, ce qui n’est pas rien dans le champ pratique mais demeure insuffisant.

 

 

Des alliances de circonstance

 

Il demeure que l’alliance du libéralisme et du conservatisme a été profonde pendant la guerre froide puisque la révolution prenait les habits du totalitarisme liberticide. Depuis l’effondrement de l’empire soviétique, le libéralisme a retrouvé sa force révolutionnaire constitutive.

 

Certains par habitus ou par sensibilité peuvent y demeurer opposés, reste à savoir si les raisons de leur refus ne devraient pas les conduire à rejeter le libéralisme philosophique ; pour mieux honorer la liberté digne de réaliser le vrai bien humain.

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