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Démocratie et mode de scrutin

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Publié le

12 octobre 2021

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Présenté comme un reflet transparent et objectif des opinions populaires, le jeu démocratique donne pourtant des résultats différents selon les modes de scrutin adoptés.
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Étrange régime que la démocratie, dont le résultat présenté comme objectif dépend autant du dispositif électoral utilisé. C’est bien simple : le mode de scrutin peut faire varier la configuration du paysage politique, agir sur le taux de participation, et surtout déterminer qui sortira vainqueur de la compétition. En somme, avec un même état de l’opinion, le mode de scrutin peut modifier le résultat final du tout au tout : lors de la présidentielle de 2007, si le scrutin uninominal à deux tours a donné Nicolas Sarkozy, un second tour à quatre candidats plutôt qu’à deux aurait privé Sarkozy de ses reports de voix et favorisé Ségolène Royal, alors qu’un vote plurinominal par note aurait favorisé la candidature consensuelle et inclusive de François Bayrou.

Face à ce déroutant champ des possibles, les modes de scrutin adoptés par les différents pays européens sont le fruit de leur histoire et de leur culture politiques, et oscillent entre la logique proportionnelle – afin que la représentation politique colle au plus proche des réalités diverses de l’opinion – et la logique majoritaire – plus propre à bâtir des capacités légitimes de gouverner, dans des systèmes majoritairement bipartisans. Avec la Ve République et sa promesse de rationalisation du parlementarisme, le général de Gaulle a opté pour le scrutin majoritaire, en assumant l’existence du clivage : le président doit disposer d’une légitimité forte et d’une majorité solide sur laquelle s’appuyer pour exécuter son programme.

Lire aussi : Financiarisation, numérisation, biopolitique : la démocratie comme technostructure

Bien qu’en régime parlementaire, la Grande-Bretagne a aussi choisi un mode de scrutin majoritaire lors des élections générales, afin que le Premier ministre émane d’une majorité établie. Nos deux pays sont à ce titre les derniers des Mohicans. L’Italie et l’Allemagne ont un système mixte qui favorise la culture de la coalition si chère à toute l’Europe du Nord de culture protestante, très attachée à une proportionnalité aussi forte que possible – quoique les méthodes de décompte utilisées, dites de d’Hondt ou de Sainte-Laguë, favorisent plus ou moins les gros partis.

Les régimes semi-présidentiels portugais et polonais sont un cas à part. Disposant de prérogatives importantes, le président y est élu selon les mêmes modalités que la France. Cependant, l’élection du parlement se fait à la proportionnelle et détermine la formation du gouvernement. Le risque : une majorité chétive incapable de se trouver des alliés au Parlement, ou forcée de bâtir des alliances bancales. Le président portugais Antonio Costa avait ainsi parlé en 2019 de « bidule gouvernemental ». C’est précisément à quoi pourrait mener l’introduction de la proportionnelle en France, réclamée par le RN et promise (à 15 %) par Emmanuel Macron. Reste à voir si l’on saura résister à cette vague proportionnelle qui partout frappe, et dont les rouleaux détruisent tout principe d’autorité pour l’horizontalisme très bourgeois de la discussion.

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