Les abus sexuels et spirituels sont-ils une nouveauté dans l’Église ? Quelle est la particularité des scandales les plus récents ?
Le « péché des clercs » et des chrétiens a toujours existé. L’Église a traversé de nombreuses crises notamment lorsqu’elle a été marquée par des querelles de pouvoir, quand le pouvoir séculier l’a affaiblie et quand les chrétiens se sont éloignés de la tradition évangélique. Quand on lit les Pères de l’Église et les plus grands maîtres spirituels, on observe qu’à leurs yeux l’imposteur est nu, aussi visible qu’un loup parmi des brebis ou qu’un éléphant dans un couloir. Récemment, on a vu carrément entrer des troupeaux d’éléphants dans la nef et beaucoup de chrétiens les considérer comme de vrais prophètes. C’est cela qui peut choquer. Mais si on lisait davantage la Bible et le magistère, on serait moins surpris et plus résilients. N’oublions pas non plus que l’imposture, les abus, l’emprise, les dérives sectaires, sont aussi des maladies séculières, qui ont traversé tout le XXe siècle et perdurent encore aujourd’hui et nous contaminent tous. L’Église doit justement être le lieu où l’abus est identifié, empêché, dénoncé, combattu et jugé.
Mais la tentation de la désespérance est l’arrière-goût du péché, auquel il ne faut surtout pas se fier : car toute vérité dite sans possibilité de rédemption est un mensonge.
Mais la particularité des abus révélés récemment c’est que l’Église, avec la sécularisation, n’a plus les mêmes moyens que par le passé de faire appliquer le droit canonique dont le but était, pour citer un canoniste du siècle dernier, « de supprimer les obstacles au salut, de punir les crimes nuisibles à la société chrétienne et de fixer les droits et devoirs réciproques aux divers degrés de la hiérarchie ». Dans certains cas hélas, on a souffert d’un manque de diligence, voire de bonne volonté, de la part de certains responsables ecclésiastiques. Dans d’autres cas, ce sont la société, les tribunaux civils et parfois l’institution médicale qui ont été fautifs. L’Église doit se montrer exemplaire dans toutes ces questions et c’est pourquoi les évêques ont pris à bras-le-corps le problème, même si dans certains cas des lanceurs d’alerte (laïcs ou clercs) ont dû les bousculer.
L’Église va-t-elle sortir gravement affaiblies de toutes ces révélations ?
La période de vérité que nous traversons peut paraître douloureuse, tragique et même désespérante, quand on se penche sur certains faits gravissimes. Mais la tentation de la désespérance est l’arrière-goût du péché, auquel il ne faut surtout pas se fier : car toute vérité dite sans possibilité de rédemption est un mensonge. L’Église va ressortir plus juste et plus résiliente de ces scandales, grâce aux leçons qu’elle en tire et grâce aux remèdes qu’elle redécouvre dans la tradition, les Écritures mais aussi dans les travaux les plus contemporains. Pour reprendre les mots du Journal de prison du Cardinal Pell, la vocation de l’Église est justement « de montrer comment ne pas tomber malade et éviter les naufrages ».
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La psychologie clinique a mis au jour qu’une des caractéristiques des abuseurs est leur personnalité clivée. Ces personnalités narcissiques refusent de regarder en face leurs failles, qui sont pourtant le lieu où se joue leur rédemption, et se clivent en deux, avec d’un côté un personnage public immaculé et de l’autre un personnage clandestin, pécheur et obstiné. Inévitablement, le personnage de façade met ses vertus au service de ses vices cachés. C’est donc seulement en affrontant la vérité en face, en se regardant avec humilité, force et courage, et avec la grâce de Dieu, que l’Église se sauve et peut sauver les âmes. Ne timeamus quod veritas veritati noceat, « n’ayons pas peur que la vérité nuise à la vérité », disait Mgr Butler.





