La tension opposant le ministère de l’Intérieur à celui de la Justice est-elle feinte ou réelle ? Entre Gérald Darmanin mauvais flic, assumant des tendances droitières dans un discours décalqué sur celui que tenait naguère Nicolas Sarkozy quand il était place Beauvau, et Eric Dupond-Moretti le bon flic empathique étonné qu’on puisse penser que la France serait un coupe-gorge ; plus qu’une dispute, une maligne répartition des rôles.
Quel meilleur exemple de cette synthèse permanente à laquelle aspire le macronisme que ces duels de façade sur une question pourtant cruciale. Qu’on aime ou pas le terme, il répond à une réalité. D’ailleurs, elle s’impose souvent à ceux qui essayent de la nier, comme à Eric Dupond-Moretti qui n’a pu que constater qu’un homme avait été égorgé en pleine Gare du Nord un dimanche quelques heures à peine après qu’il a osé affirmer que bien nommer les choses faisait monter « le sentiment d’insécurité ».
Du Périgord à l’Auvergne en passant par la Provence et les Ardennes, c’est toute la France qui doit affronter les « sauvages » mal nommés « barbares »
Plus qu’un sentiment, la montée de l’insécurité est une réalité observable au-delà d’une méticuleuse lecture des quotidiens de la presse régionale qui, chaque jour, relatent les drames qui ensanglantent le pays jusque dans ces régions les plus reculées et autrefois épargnées. Du Périgord à l’Auvergne en passant par la Provence et les Ardennes, c’est toute la France qui doit affronter les « sauvages » mal nommés « barbares ».
Car lesdits « barbares » avaient au moins pour eux cette vertu primitive qui faisait parfois l’admiration des chroniqueurs romains tel que Tacite. Face à nous, des supplétifs des forces du chaos aussi narcissiques que capables de la violence la plus aveugle, biberonnés au laxisme et fort d’un sentiment d’impunité qui les amène à se penser invincibles. Produits de la mère trop aimant winnicottienne que la France est devenue, ils ne sont pas violents parce qu’ils sont pauvres ou qu’ils n’ont pas d’opportunités professionnelles : ils le sont principalement pour des raisons anthropologiques.
Le pédopsychiatre Maurice Berger, auteur du tout à fait remarquable « Sur la violence gratuite en France – Adolescents hyper-violents, témoignages et analyse » aux éditions L’Artilleur, avait clairement posé le problème dans un entretien accordé au Figaro Vox en 2019 : « (…) l’ensauvagement, c’est lorsque la parole ne fait plus tiers, lorsqu’existe un différend même minime entre individus. Il y a quelques années, 85 % des mineurs traduits devant la justice changeaient de comportement après leur rencontre avec l’institution judiciaire, la parole du juge. Ils ne sont plus que 65 % actuellement, et c’est d’eux dont je parle ici. L’impulsivité prime, l’autre n’est plus considéré que comme un objet sur lequel décharger la tension qu’on ressent dans l’immédiateté, comme une gêne à éliminer. Ceci soulève la question de savoir quelles sont conditions nécessaires pour qu’un individu se civilise. »
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Tels des loups rodant près des poulaillers que sont nos villes, les « jeunes » sont prêts à chasser en meute. Au plus petit regard échangé, à la plus minime réflexion, ils répondent avec le couteau. Il faut savoir qu’une plainte pour violence gratuite est déposée toutes les deux minutes à la police. Une statistique qui ne comprend d’ailleurs pas toutes les violences non signalées, extrêmement nombreuses. Cela sans même aborder les vols, les cambriolages, les incivilités ou le sentiment d’injustice que peut générer l’économie parallèle qui enrichit les individus les plus vils. Longtemps, la sécurité fut un acquis.
Délinquance et criminalité ont toujours été une donnée constante, mais étaient restés à des niveaux tolérables depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, la coupe est pleine. La nature de la délinquance est différente, les actes les plus bénins pouvant basculer en des faits divers extrêmement graves. Dans le même temps, la réponse pénale apparaît très insuffisante, contrairement à ce qu’indique le Garde des Sceaux. En fait d’une « réponse pénale de 90 % », il s’avère que moins d’un tiers des PV sont « poursuivables », la moitié de ce tiers faisant l’objet de « poursuites » (dont environ 40 % de poursuites, 12 % de classements sans suite et le reste décomposé notamment en procédures alternatives).
Pour l’année 2019, les statistiques de la délinquance fournies par la police et la gendarmerie font apparaître une hausse significative des violences sexuelles (+12%), des coups et blessures (+8% dont les violences intrafamiliales qui augmentent de 14%) et des homicides (+76 décès)
Pour l’année 2019, les statistiques de la délinquance fournies par la police et la gendarmerie font apparaître une hausse significative des violences sexuelles (+12%), des coups et blessures (+8% dont les violences intrafamiliales qui augmentent de 14%) et des homicides (+76 décès). Des chiffres qui risquent encore d’augmenter en 2020 – hors la période de confinement -, après l’été meurtrier que nous avons connu et les nombreuses tragédies qui ont marqué l’opinion encore un peu plus au fer blanc, 70 % des Français acceptant d’ailleurs l’usage du terme « ensauvagement ». L’insécurité n’est pas un sentiment, c’est une réalité à laquelle nous devons faire face.
Cette insécurité nous oblige à changer d’itinéraire pour faire nos courses alimentaires, à renoncer à des sorties nocturnes ou à installer de coûteuses alarmes dans nos logements. Elle transforme notre vie de tous les jours en profondeur. Elle force des Français à déménager, parfois à s’installer à l’étranger. Elle est peut-être même le principal défi de notre époque !
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Comme toujours dans l’Histoire, ce sont les plus faibles et les plus fragiles qui y sont exposés en première ligne : jeunes – à ne pas confondre -, personnes âgées, classes sociales les plus défavorisées qui ne peuvent pas vivre dans les quartiers plus sûrs. La raison est sociale, pas économique. Vivant à proximité des grandes métropoles, les voyous ont accès à tout et son aidés par de ruineuses politiques publiques, quand ils ne sont pas potentiels bénéficiaires de « discriminations » en leur faveur. La cause est plus profonde, plus sournoise : effet de meute, culture de la violence et de l’argent facile véhiculée par le rap, familles monoparentales, dégradation totale des liens transgénérationnels, communautarisation malsaine.
Tous les martyrs de ces bandes sont aussi des martyrs de la lâcheté et de l’incompétence de la classe politique, qu’elle soit classée dans la catégorie du gauchisme laxiste comme dans celle de la droite clientéliste de banlieues qu’incarna si abjectement Serge Dassault à Corbeil-Essonnes. Ils sont aussi les victimes directes de la promotion du mode de vie des caïds par les médias et les intellectuels à deux balles qui font de Booba le nouveau Verlaine. Plus tard, il sera trop tard. C’est ici et maintenant qu’il faut livrer une guerre aux Bagaudes contemporaines, avant que nous ne vivions tous dans des communautés fermées apeurées à l’idée de pénétrer dans le monde extérieur.





