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Dian Hanson : Du mythe, du muscle et des courbes

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Publié le

8 décembre 2020

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Taschen poursuit sa campagne de défense et d’illustration des « arts populaires » avec ces Chefs-d’œuvre de l’art fantastique qui remontent aux sources d’un imaginaire aujourd’hui allègrement pillé et pourtant si souvent incompris. Quelques éclaircissements avec Dian Hanson, maîtresse d’œuvre connue comme la « pornographe la plus cérébrale d’Amérique ».
Taschen

Dian Hanson a longtemps œuvré pour la presse masculine et conçu une collection d’ouvrages évoquant le versant « cool » de « l’americana sexualis », la libido américaine. Elle souligne le rôle essentiel qu’ont pu jouer les femmes artistes dès le début des pulps (ces petits fascicules populaires aux couvertures aguichantes) dans les années vingt, jusqu’aux célèbres Rowena Morril et Julie Bell, toujours très actives, lesquelles, à l’instar de leurs collègues masculins comme Frank Frazetta ou Boris Vallejo, ont toujours su faire primer l’imaginaire sur l’idéologie. Ce monde de guerriers et de fières amazones affrontant des monstres surgis de l’enfer peut faire sourire. Pourtant, en découvrant cette bible de l’art pop fantastico-érotique, on comprend vite qu’à rebours des préjugés de l’époque, un féminisme ni puritain ni infecté de misandrie est possible et que certains dessins médiévaux fantastiques valent bien la plupart des installations promues par la DRAC.

Aujourd’hui le puritanisme ne vient-il pas essentiellement du camp progressiste ?

Je suis issue d’une génération antérieure. Il est vrai qu’il existe aux États-Unis des inégalités entre les sexes et que depuis le début de l’humanité, l’homme a représenté le sexe le plus fort. Les femmes doivent savoir réagir lors de situations ou des hommes essaient de profiter d’elles. Pour autant, le discours victimaire n’est pas sain. Quand un homme nu sous son peignoir dans sa chambre d’hôtel montre son sexe à une femme, la meilleure option reste de regarder son pénis et d’en rire. Dans tous les cas, on ne devrait pas censurer les grandes œuvres d’art. Robert Crumb a été attaqué sur internet par des femmes qui pensaient que ses dessins reflétaient son comportement, alors qu’il est très timide.

Dian Hanson : « L’art et la réalité sont deux choses différentes et on ne devrait jamais juger les fantasmes d’un artiste »

Il y a des années de cela, je l’ai emmené dans un sex club à New York. Quand il a vu que des hommes s’y masturbaient, il s’est immédiatement caché derrière moi en me criant : « Qu’ils arrêtent, protège-moi ! » L’art et la réalité sont deux choses différentes et on ne devrait jamais juger les fantasmes d’un artiste. On peut toujours discuter de la forme d’une pratique artistique, mais on ne devrait jamais censurer la création. Taschen a toujours soutenu un art de qualité et évité la médiocrité, voilà notre règle unique.

Grâce à cet ouvrage, on apprend qu’il y a dans ce domaine et depuis les années vingt des femmes artistes de grand talent !

Margaret Brundage (1900-1976, la reine des pulps, Ndlr) est la mère de l’art fantastique. La première peinture qu’elle avait réalisée pour Weird Tales représentait une femme nue. La situation pour les femmes artistes n’est nullement linéaire, mais suit un schéma où des avancées alternent avec des régressions avant que ça ne s’améliore de nouveau. Je travaille en ce moment sur une grande encyclopédie du sexe, et j’observe qu’il en est de même au sujet de la liberté sexuelle.

À partir de la Seconde Guerre mondiale, la liberté d’expression s’est réduite car nos soldats devaient rester forts au front. Dans les années soixante, le paradigme s’est de nouveau ouvert et ce jusqu’aux années soixante-dix qui permettaient de montrer beaucoup sur les couvertures des livres et des magazines. Dès les années quatre-vingts, il y a comme un retour de bâton et aujourd’hui, on constate une montée de la peur, de l’indignation et d’appels croissants à la censure. Je suis certaine que nous allons dépasser cela dans l’avenir, mais l’époque actuelle n’est pas la meilleure pour la liberté créatrice.

Il semble qu’aux États-Unis la hiérarchisation entre Beaux-Arts et arts populaires soit moins prégnante…

Ici, les collectionneurs achètent de plus en plus d’illustrations, ce qui en augmente drastiquement la cote. Une peinture de Frank Frazetta s’est vendue à cinq millions de dollars, une somme auparavant réservée au marché des Beaux-Arts. Au musée d’art contemporain de Los Angeles, nous avons eu Jeffrey Deitch, qui est venu de New-York. Il avait organisé des expositions d’art populaire mais l’Académie des Arts s’est opposée à lui alors qu’il avait réussi à drainer davantage de public au musée. L’establishment artistique s’est senti outragé et a fini par le renvoyer.

Philippe Druillet et Moebius sont deux grands artistes français qui apparaissent dans votre ouvrage. Qu’est-ce qui les distinguent des artistes américains ?

Benedikt Taschen a grandi dans l’Allemagne des années soixante-dix où Métal Hurlant a eu un grand impact. Moebius est le plus connu de ces artistes aux États-Unis, mais Druillet, qui possède pourtant un style unique et fascinant, n’est pas encore reconnu chez nous. Beaucoup d’artistes aux États-Unis ont été influencés par son univers bien que l’Américain moyen n’en soit pas conscient.

Taschen est un éditeur avec une conception globale du monde, c’est pourquoi nous souhaitons présenter aux Européens quelqu’un comme Frank Frazetta qui n’est pas si réputé chez vous. Moebius et Druillet sont deux artistes français incomparables et montrant souvent une sensibilité supérieure à celle des Américains. Le fils de Druillet m’a fait remarquer que si les artistes américains jouissent d’une plus grande maîtrise technique, ils n’ont peut-être pas les visions fantastiques que sont capables de produire leurs collègues européens.

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Aujourd’hui, le cinéma et les séries se nourrissent de l’héritage de ces artistes, pourtant la majorité du grand public les ignorent complètement…

En sortant ce livre à la fois très beau et très coûteux dans un format géant, nous espérons permettre à son contenu l’intégration au monde des Beaux-Arts. Nous désirons dépasser les chapelles en touchant tous les gens qui aiment l’art et qui seront alors en mesure de découvrir les sources des films, de la mode et des séries qu’ils affectionnent !

Le livre montre aussi comment ces visions fantastiques populaires s’inspirent de Jérôme Bosch comme de la mythologie catholique des siècles passés.

En effet : tous les thèmes de l’art fantastique proviennent de la mythologie et de la religion. Je ne suis pas croyante et j’ai été surprise d’apprendre que les dragons apparaissent déjà dans la Bible.

Masterpieces of Fantasy Art de Dian Hanson
Taschen, 532 p., 150€

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