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Dominique Folscheid : « C’est l’altérité des sexes qui est mise en cause ».

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Publié le

27 septembre 2018

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Professeur émérite de philosophie morale et politique à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et co-directeur du département de recherche Éthique biomédicale au collège des Bernardins, Dominique Folscheid analyse les conséquences d’une euthanasie devenue de plus en plus pratiquée et plaide en faveur du développement des soins palliatifs.

 

Que signifie la demande de légalisation de l’euthanasie dans nos sociétés ?

Il faut distinguer deux cas de figure. Il y a tout d’abord une posture philosophique qui remonte en France à Jean-Paul Sartre : c’est la toute-puissance de l’homme sur lui-même et la revendication philosophique d’un droit absolu à être maître de sa propre vie. Ensuite, il y a ceux pour qui la demande d’euthanasie correspond plutôt à la volonté d’abréger des souffrances qui pourraient devenir insupportables en fin de vie. La perspective d’un acharnement thérapeutique qui pourrait les maintenir en vie artificiellement les conduit à demander l’euthanasie. Dans ce cas, ce n’est pas une posture philosophique mais la peur de la souffrance qui les gouverne. En général, le développement des soins palliatifs permet de répondre à leurs angoisses, et rend caduque la demande d’euthanasie.

Une étude faite dans un hôpital parisien où l’on avait compté 500 demandes d’euthanasie a conclu qu’une fois les personnes prises en charge, il n’en restait que trois qui exprimaient un véritable désir d’être maître de leur mort comme de leur vie. C’est pourquoi les sondages publiés sur ce sujet sont forcément biaisés, car ils ne laissent apparaître, en général, que l’alternative entre l’acharnement thérapeutique d’un côté et l’euthanasie de l’autre, comprise à tort comme étant la seule réponse à l’angoisse de souffrir. Il est donc temps de développer une culture palliative, qui relève d’une médecine de pointe, mais que l’on peut pratiquer à domicile ou dans les établissements hospitaliers.

 

Lire aussi : Guillaume Drago : « Ces enfants, un jour, demanderont des comptes à la société ». 

 

La loi de 2016 a permis de recourir, dans certains cas, à la sédation profonde. Est-ce déjà une forme d’euthanasie ?

Il faut analyser cette pratique à la lumière de la règle du double effet de saint Thomas d’Aquin. Il peut arriver qu’un traitement administré pour soulager la douleur abrège la vie d’un patient : c’est un effet non désiré du traitement mais qui peut se produire. Dans ce cas, on ne peut parler d’euthanasie alors que le même traitement, administré en vue de faire mourir la personne – ce qui suppose un dosage plus fort ou de nature différente – pourra être qualifié d’euthanasie. Certes, l’intention qui commande l’acte est déterminante, mais la manière d’opérer l’est aussi, ce qui permet de garder une certaine objectivité dans la qualification d’un acte, même si la frontière n’est pas toujours évidente à déterminer dans la vie pratique.

 

Comment analysez-vous la revendication d’élargissement de la PMA aux femmes seules ou en couple homosexuel ? Est-ce une volonté de faire disparaître le père ?

Chez Heidegger comme dans Le système technicien de Jacques Ellul (1977), la technique moderne est définie comme un ensemble de mécanismes aveugles inscrits dans une logique d’extension illimitée, artificialisant toujours plus l’environnement et l’homme. Quarante ans plus tard, la prophétie d’Ellul est devenue réalité : on est dans une demande de technique objective illimitée (tout ce qui est possible techniquement doit pouvoir être réalisé), à laquelle correspond une demande de droits subjectifs, elle aussi illimitée : droit à l’enfant, droit à la reconnaissance publique de son mode de vie, etc., qui manifestent la toute-puissance du sujet, auquel aucune demande ne peut être refusée, sous peine de discrimination.

 

Lire aussi : Ludovine de la Rochère : « L’enfant sera la première victime ». 

 

C’est dans ce contexte qu’il faut analyser l’élargissement de l’assistance médicale à la procréation à un couple de femmes ou à une femme seule, en ajoutant la pression qu’exerce l’idéologie féministe radicale, qui a profité du mouvement #MeToo pour faire avancer la lutte contre « l’hétérosexualité reproductive », tenue pour cause unique de l’oppression des femmes. Sous couvert d’ouverture à un droit dont certaines seraient privées, comme le croient les naïfs, c’est l’altérité des sexes qui est mise en cause. Ce n’est pas par manque d’homme, ou parce que ce dernier est stérile, que les lesbiennes revendiquent, mais contre l’homme. En recourant à la technique pour briser le lien charnel entre hommes et femmes que nécessite la procréation naturelle, elles se veulent l’avant-garde d’un combat contre la différenciation des sexes, remplacés par les « genres », et contre la transmission par filiation. En ce sens, elles s’inscrivent dans cette post-sexualité qui est l’un des nombreux avatars du transhumanisme.

 

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