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Downtown Abbey II : Instagram à l’anglaise

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Publié le

27 avril 2022

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À la suite d’un premier film guère passionnant, Downtown Abbey revient avec un épisode français aux contours bien soulignés et toujours élégants, mais manquant cruellement de fond. Un beau vernis qui s’écaille une fois que l’on gratte un peu.
Downtown Abbey

En 2019, lorsque Downtown Abbey débarque sur grand écran quatre ans après la fin de la série au succès international, l’attente et l’appréhension sont de rigueurs. On ne transpose pas aussi facilement un format TV dans une salle obscure. La déception est grande, du moins pour ceux qui espéraient quelque chose. Trois ans plus tard, les créateurs remettent le couvert: non seulement on ne s’y rend pas en traînant les pieds mais on s’émoustille même aux premières notes de piano du fameux générique. Finalement, on n’abandonne jamais des compagnons d’écran de cinq ans aussi facilement, quand bien même ils seraient anglais.

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Pour ceux qui sont passés à côté de l’une des plus belles créations de cette dernière décennie, Downton Abbey suivait les aventures de Lord Robert Crawley, comte de Grantham, de sa famille et de leurs domestiques. Un petit bijou d’écriture créé par Julian Fellowes, scénariste de Gosford Park, qui brossait avec délicatesse un portrait de l’Angleterre de 1912 à 1925, entre tragédie intime et grande Histoire. D’un anticonformisme revigorant, la série ne cessait de rappeler qu’il n’y a point de civilisation sans convention, que le « l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde », comme l’écrivait Valéry et que le conservatisme est son salut. Cette nouvelle ère, comme l’annonce le titre, s’ouvre sur le mariage de Tom Branson (le gendre veuf de Lord Grantham) et de sa fiancée Lucy. La caméra précède les mariés sortant de l’église, l’occasion de croiser tous ses personnages découverts au fil de six saisons. Tous ont répondu présents pour un nouveau tour de piste. Puis la vedette apparaît enfin, majestueuse, éternelle : le château.

Efficace mais insuffisant

Le problème c’est que tout lords qu’ils soient, les Crawley ne croulent pas sous les biftons. Si la météo anglaise offre un parc verdoyant coupé au ciseau à ongles, elle devient vite semblable à la onzième plaie d’Égypte lorsque la toiture fuit. Heureusement, un producteur hollywoodien propose de transformer, le temps d’un tournage, la demeure en plateau de cinoche moyennant finance. On survit comme on peut. Et comme le scénariste fait bien les choses, la comtesse douairière apprend au même moment qu’elle hérite d’une villa d’un mystérieux aristo français appelé Montmirail. Branle-bas de combat à Downtown, la moitié de la famille décide de découvrir à quoi ressemble le soleil du sud de la France pendant que l’autre veillera à ce que les Ricains ne saccagent pas tout. Si le premier film s’embarrassait d’intrigues secondaires mal fagotées pour muscler une histoire guère passionnante, le second opus se révèle mieux charpenté mais tout aussi sommaire. Certes on ne bâille pas, le rythme est soutenu, les détails des garde-robes toujours aussi précis, l’élégance des années trente pointe son nez et le budget permet de nouveaux décors : c’est beau comme un parquet ciré, mais aussi excitant qu’un post Instagram.

Les rebondissements tombent comme un hippopotame sans parachute, le scénariste ne s’embarrasse d’aucun préliminaire pour ébaucher ses intrigues

La comtesse nous manquera

On s’amuse de voir l’effet d’une laine anglaise sous le soleil de la Côte d’Azur, on sourit à l’apparition de Nathalie Baye aimable comme un char soviétique – à sa décharge, les Britishs débarquent pour la dépouiller de sa villa – et les quelques répliques de Lady Violet font toujours mouche : « Inutile de me conduire, je ne suis pas une voiture de course ». Malheureusement l’écriture veut trop aller au plus vite. Les rebondissements tombent comme un hippopotame sans parachute, le scénariste ne s’embarrasse d’aucun préliminaire pour ébaucher ses intrigues ni du moindre suspens pour les résoudre jusqu’à la grande réconciliation autour de Lady Grantham, beaucoup trop rare : « Cessez de pleurer, je ne m’entends pas mourir », dit-elle à toute sa famille réunie à son chevet. Elle va nous manquer.


Downton Abbey II : Une nouvelle ère (2h 06), de Simon Curtis, avec Maggie Smith, Imelda Staunton, Dominic West, en salles le 27 avril

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