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La droite la plus gauche du monde

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Publié le

10 novembre 2017

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Ce n’est un secret pour personne. Les opinions de gauche sont surreprésentées dans la fonction publique. La dernière enquête électorale de Sciences-Po montre que les scores de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, et surtout de Benoît Hamon, sont toujours supérieurs parmi les fonctionnaires à leur niveau dans l’ensemble de l’électorat*.

 

Si l’élection de 2017 trouble le jeu avec l’apparition de l’hybride Macron mi-gauche libertaire – mi-droite libérale, l’orientation générale de la fonction publique est, grosso modo, aux deux tiers au centre-gauche ou à gauche. Et l’expérience, notre expérience, montre que ce déséquilibre est encore plus marqué dans la haute fonction publique.

À cette surreprésentation se conjuguent deux phénomènes qui donnent à la gauche dans l’administration une place quasi-hégémonique.

Le premier est l’existence d’une sorte d’ethos de l’administration, peu à peu inculqué à tous, notamment via les écoles de fonctionnaires. Il valorise à chaque occasion la geste « républicaine », « européiste », « progressiste », « sociale » et, bien sûr, « féministe ». Un ethos très « macroniste » qui peut expliquer la forte attraction exercée par le futur président sur les hauts-fonctionnaires, aussi massive que le faible intérêt suscité par le candidat Fillon.

On en trouve des traces dans les noms que se choisissent les récentes promotions de l’ENA. Les dernières années ont été redoutables en la matière, avec Jean Zay, Jean-Jacques Rousseau, Robert Badinter, Émile Zola, Willy Brandt et Aristide Briand qui se côtoient dans un étrange Panthéon de la gauche. Estimons-nous heureux, car il y eut tout de même une promotion Robespierre (1968-1970) et même, pour la bonne bouche, une Saint-Just (1961-1963). Les plus récentes promotions ont été plus circonspectes avec Louise Weiss (2016-2017), dont est valorisé l’engagement féministe et « humaniste », mais dont sont escamotées les allégeances anticléricales et franc-maçonnes et l’omission de rejoindre la France Libre.

 

   Lire aussi : Qu’est-ce que la Droite ?

 

Il y eut tout de même une tardive mais bienvenue promotion Winston Churchill (2014-2015) et une étrange Jean de La Fontaine (2013-2014). Cependant, à ces rares exceptions près, le ton est nettement gauchisant. Même l’embrigadement de George Orwell (2015-2016), de bon augure, est gâché ou « remis en perspective », comme on voudra, par la justification de ce choix par « son combat contre l’impérialisme jusqu’à sa participation à la guerre d’Espagne ». La dernière promotion des administrateurs territoriaux a fait fort, elle, en choisissant Léo Lagrange, socialiste et anticlérical. Mesdames et Messieurs les élus locaux de droite, prenez garde à vous !

Au-delà de l’anecdote, ce biais illustre et entretient un formatage auquel il est bien difficile de résister, y compris pour le fonctionnaire de droite ou, tout simplement, pour celui qui croit encore en la neutralité du service public. Un formatage, soigneusement entretenu par les écoles comme l’ENA ou l’INET, qui explique largement le fait étrange que même avec un gouvernement de droite, l’administration regarde et agit à gauche.

 

   Lire aussi : La Droite, histoire et géographie

 

Il est cependant un second phénomène qui renforce le premier et dont la droite est responsable. Une droite qui se plaît à confier régulièrement les plus hautes responsabilités administratives à des fonctionnaires qui font profession de la recadrer, voire de lui mettre des bâtons dans les roues. Le cas Sarkozy est emblématique. Il ne se trompait pas lorsque, tout à sa forfanterie, il se qualifiait de « DRH du PS ». Soucieux « d’ouverture », croyant se concilier les bonnes grâces d’une administration qu’il connaissait mal, qu’il craignait et méprisait à la fois, il a souvent donné les clés des dossiers les plus délicats à des fonctionnaires mal avisés. Citons l’ancien ministère, ô combien sensible, de l’immigration dont une large part des chefs de bureau étaient hostiles à la politique gouvernementale qu’ils étaient censés exécuter.

Nous sommes nombreux à avoir pu constater, au fil des ans, le véritable pouvoir d’abrasion, d’arasement et d’écrasement des initiatives des gouvernements de droite par l’administration. Souvent déjà modestes à leur origine, elles ressortaient du processus décisionnel étrillées, étriquées, voire méconnaissables. Nous sommes nombreux à avoir avalé des couleuvres indigestes, inertie de directions d’administration centrale bloquant les projets en attendant de changer de ministre de tutelle, hauts fonctionnaires se vantant de ne pas mettre en œuvre la politique gouvernementale. Nous sommes nombreux à noter que bien des impossibilités, bien des incapacités résultent en fait… de choix… de faire… ou de ne pas faire. Lutter contre la drogue, endiguer l’immigration clandestine, casser les gangs de banlieues, tout cela exige un effort de long terme, certes, mais c’est possible !

Nous sommes nombreux à craindre pour notre pays l’influence d’une technocratie désormais triomphante. Et nous sommes de ceux qui ont décidé de réagir, en particulier par cette chronique. Vous y trouverez régulièrement des informations sur le jeu du pouvoir, vu de l’intérieur, et des propositions concrètes pour préparer l’avenir.

 

* Luc Rouban, Les fonctionnaires face à l’élection présidentielle de 2017 (étude n° 4), CEVIPOF, Note n° 31, L’enquête électorale française : comprendre 2017, février 2017.

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