Les droits de l’Homme et de la licorne

Le consortium Unicode référence 1920 émoticônes. Parmi les 69 nouveaux pictogrammes de l’année 2017 on trouve : des fées hommes et femmes (sic), une girafe, un zèbre, un vampire, une sirène, un zombie…Internet et le téléphone portable promettaient une nouvelle civilisation de l’écrit. Le langage sms a eu raison de l’orthographe, de la grammaire, de la ponctuation ; avec l’émoticône ce n’est plus le mot, mais la lettre elle-même qui disparaît.

  

Fruit d’abord d’un jeu de mot interculturel, les termes emojis (e-moji en japonais, le mot-image) ou émoticônes révèlent la fonction essentielle de ces icônes : remplacer la raison par l’émotion. Empathiques en diable, les émoticônes nous épargnent la pénible recherche des mots justes et nécessaires pour répondre aux sollicitations quotidiennes de notre réseau. Ainsi nous participons d’un doigt à la joie de X, aux angoisses de Y et même au deuil de Z. Avec la lettre disparaissent la nuance, la mesure, la raison ; moyennant une absence totale de pudeur et un joyeux nivellement des priorités il y a un emoji pour chaque occasion.

Si vous vous nourrissez uniquement de sushi ou de pizza, si vous n’envisagez pas un anniversaire sans chapeau pointu ou un vendredi soir sans cocktail à petit parapluie, Unicode ne vous laissera jamais seul. Les émojis vous permettront de convoquer à ces réjouissances obligatoires, vos amis en 5 couleurs de peaux, de tous genres et toutes orientations et toutes nationalités. Sautant la barrière de la langue les émoticônes gomment les accents, les erreurs de syntaxes, les différences sociales et ethniques. Fin et moyen, ils réduisent les échanges au politiquement correct, à l’immédiatement intelligible et au plus largement répandu.

Les programmes Swiftkey ou EmojiXpress y veillent. Ils « apprennent et prédisent votre style littéraire, incluent les emojis », substituent directement les images aux mots au moment même où les saisissez. Au temps médiatique opportun l’algorithme vous proposera le couple homoparental, la jeune fille en hidjab, le pilon de poulet frit… La licorne arc-en-ciel, puérile et militante est un chef d’œuvre du genre. Ainsi les GAFA usent de notre inclination naturelle à la paresse, de notre besoin de nous distraire ou de notre désir d’être à la mode pour globaliser la culture, communautariser les nations et atomiser les êtres. Dernier rappel, s’il en était besoin, que la technique n’est jamais neutre.

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lguillou@lincorrect.org