Le nouveau projet de loi sur l’immigration sera le vingt-neuvième présenté à l’Assemblée nationale depuis quarante ans. Il ne fondera aucune grande politique d’immigration. Comment le pourrait-il, puisqu’il repose sur le même principe qui guide la politique d’immigration depuis quarante ans: l’intégration ? Dans l’entretien accordé au Point en 2020, Macron avait défini sa ligne directrice en prônant l’intégration contre l’assimilation qu’il considérait comme « problématique » : « Dans notre Code civil figure encore cette notion problématique d’assimilation. Elle ne correspond plus à ce que nous voulons faire. Nous devons miser sur l’intégration. »
En présentant ce choix pour l’intégration contre l’assimilation comme une nouveauté, Macron prétendait faire du neuf avec de l’ancien. Car en réalité, cela fait belle lurette que la politique d’immigration suit cette direction. Voici en effet ce que déclarait déjà Nicolas Sarkozy en 2004, dans L’Express : « Je suis pour l’intégration, que je préfère à l’assimilation. L’assimilation c’est dire: “Je te digère”. L’intégration, c’est accepter l’autre tel qu’il est. » De même Chevènement dans la revue Le Débat en 2015 : « Le mot assimilation semble signifier une réduction à l’identique […]. Finalement le mot le moins mal approprié est celui d’ »intégration”. »
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Nous touchons ici au contresens majeur concernant l’assimilation, contresens que même les défenseurs de celle-ci ont parfois du mal à dissiper. La déclaration de Sarkozy nous en fournit l’illustration la plus pure : c’est au processus organique et biologique de la digestion que l’ancien président compare l’assimilation. Et il est vrai que c’est le premier sens du mot, l’assimilation est le processus de décomposition des nutriments par l’estomac qui permet de rendre ceux-ci utiles à l’organisme. Comprise ainsi, l’assimilation est difficile à défendre, et la métaphore organique permet de la culpabiliser, en voulant nous faire croire qu’elle conduit à traiter l’étranger comme un simple objet que la société veut « digérer ».
Il faut donc critiquer cette métaphore biologique si l’on veut repenser l’assimilation et réhabiliter une politique qui la vise. Il faut revenir à l’œuvre de Gabriel Tarde, grand philosophe du social trop méconnu, dont la théorie profonde de l’imitation permet de repenser l’assimilation. Penser l’assimilation comme relation sociale essentiellement imitative nous libère de la conception qui la présente comme un processus « forcé », lequel détruirait l’identité de l’étranger comme la digestion détruit les nutriments.
En imitant un modèle désiré, l’étranger ne vit pas son assimilation comme un sacrifice mais comme un enrichissement
Penser l’assimilation à partir des lois de l’imitation dégagées par Tarde montre l’inanité de cette métaphore biologique. En tant que phénomène social, elle est un processus d’imitation qui suppose une relation intersubjective qui n’a rien à voir avec la digestion. D’abord l’étranger ne subit pas l’assimilation comme la destruction de son être. En imitant un modèle désiré, il ne vit pas son assimilation comme un sacrifice mais comme un enrichissement. Il est impossible d’assimiler des mœurs et une culture sans être actif. L’enfant qui assimile la langue maternelle est tout entier tendu vers ses parents qui lui parlent parce qu’il les aime et les admire. De la même manière, l’étranger qui s’assimile doit éprouver admiration et désir pour les modèles nationaux de la société d’accueil. L’assimilation imitative ne concerne d’ailleurs pas seulement les étrangers mais également les nationaux. Car comment les nationaux sont-ils devenus nationaux si ce n’est par imitation des modèles conservés et incarnés par les générations précédentes ? Et comment les étrangers pourraient-ils imiter des modèles que les nationaux auraient abandonnés ?
En repensant ainsi l’assimilation, on ne cède pas à une « chimère », ainsi que le craignait de Gaulle, on montre au contraire que sa réussite n’est jamais garantie et qu’elle résulte d’une relation intersubjective incompatible avec une politique d’immigration de masse.





