Échec de la coalition allemande : mamie Merkel peut faire ses valises

Au moment où les conservateurs autrichiens sont en passe de gouverner avec la formation national-populiste du FPÖ, Angela Merkel échoue à fédérer une coalition « Jamaïque ». Les Cassandre avaient donc raison : la CDU est trop affaiblie pour réunir une majorité hétéroclite, travaillée par de trop nombreuses contradictions internes. Y-a-t-il une solution pour Angela Merkel ?

 

La première place conservée par la CDU-CSU en septembre était trompeuse. Bien que loin devant les sociaux-démocrates, le centre-droit est sorti très affaibli, en partie par la faute des libéraux du FDP et des nationalistes de l’AfD, auteurs de scores plus importants qu’attendus. Célébré en septembre, après 12 ans de pouvoir, le parti d’Angela Merkel a en effet obtenu le pire score de son histoire. La cote de popularité de la Chancelière est en chute libre. « Mutti », qui déteste gouverner en coalition, est fatiguée et contestée. Elle ne devrait pas s’accrocher au pouvoir. Elle devrait logiquement passer la main.
 
Certes, les candidats à sa succession ne font pas l’unanimité et la fronde est encore à l’état embryonnaire. Mais Emmanuel Macron, Justin Trudeau ou Sébastien Kurz ont donné un coup de vieux à la « grand-mère de l’Europe ». Jens Spahn, 37 ans, secrétaire d’État aux finances, est en embuscade. Il a ostensiblement fêté la victoire des conservateurs à Vienne. Ceux là mêmes qui se sont opposés frontalement à la politique migratoire irresponsable de la chancelière ; et qui n’hésitent pas à s’allier aux nationalistes du FPÖ.

 

Des négociations révélatrices des tensions dans la société allemande

 
Angela Merkel doit sa longévité à son bilan économique très favorable : balance commerciale en excédent continu, taux de chômage très faible et comptes publics au vert. Cependant, à la longue, les tensions sur le marché du travail se sont fait ressentir, en particulier dans l’est du pays. Dans ces régions défavorisées, la stagnation du pouvoir d’achat et la précarité des emplois se conjuguent à une forme d’insécurité culturelle. L’attentat à Berlin ou les viols de la nuit du nouvel an 2016 à Cologne, ont fait se répandre l’idée que « l’Allemagne court à sa perte », pour reprendre le titre à succès de Thilo Sarrazin, un ex-cacique du SPD, inquiet devant les ravages de l’immigration clandestine. 
 
Autre désastre, la politique écologique d’Angela Merkel. La sortie au forceps du nucléaire coûte excessivement cher. Pour compenser une énergie électrique renouvelable (éolien et solaire), aléatoire et peu rentable, l’Allemagne a relancé ses très polluantes centrales au charbon, en contradiction flagrante avec ses engagements de réduction d’émissions de CO2.
 

Angela Merkel doit trancher

 
Enfin, le rôle de trésorier de l’Europe reste un motif de discorde outre-Rhin. Les Allemands ne comprennent pas pourquoi ils devraient renflouer les mauvais élèves de leur politique européenne d’austérité budgétaire tandis que leurs infrastructures publiques se dégradent. L’Allemagne, elle aussi, est lasse de Bruxelles. Croire que plus d’Europe serait une solution à la crise politique germanique relève non seulement du vœu pieux mais aussi du contre-sens.
 
Réputée endurante, celle qui a déjà côtoyé quatre présidents de la République Française, a l’habitude d’attendre avant de résoudre les problèmes. Désormais, elle doit rapidement se décider à partir.  Mariage homosexuel, sortie du nucléaire, prêts financiers à la Grèce, immigration massive, Angela Merkel a surpris par des choix très radicaux voire très progressistes. Aujourd’hui son électorat conservateur ne lui pardonne plus ses choix de société. Ses bons résultats financiers ne suffisent pas. Les Allemands veulent, comme beaucoup d’Européens, retrouver leur souveraineté et leur identité. 

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hdesuin@lincorret.org

Commentaires

  • vLincorrect
    21 novembre 2017

    Et pourtant, elle a annoncé qu’elle restait et que de nouvelles élections sont probables.

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