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Échecs et avenirs de la démocratie sociale chrétienne

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Publié le

28 octobre 2021

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Modèle à succès dans l’après-guerre, la démocratie-chrétienne a lentement mais sûrement abandonné son ADN politique d’origine, au profit d’un recentrage tactique et d’un affadissement idéologique.
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La démocratie chrétienne est née du catholicisme intransigeant, marqué par le rejet d’un monde « moderne » dominé par l’individualisme et la recherche du profit. Cette famille politique est à l’origine de nombreux progrès sociaux : des œuvres caritatives innombrables, des associations éducatives et culturelles foisonnantes, des mutuelles puissantes, des publications variées, de véritables syndicats, des lois cruciales sur les logements insalubres, les sociétés de secours mutuels, les caisses de retraites… Avec le MRP, elle incarnera même la IVe République. Pourtant, qu’en reste-t-il ? Comme souvent, les comparaisons sont éclairantes.

Alors qu’elle apparaît théoriquement bien positionnée pour se saisir des trois grands enjeux de la démocratie contemporaine, l’identité, les valeurs et l’avenir du spirituel, elle ne semble plus en capacité de le faire, faute d’être fidèle à ses racines

Pour les démocrates-chrétiens, les vrais succès débutent en 1945. Le MRP, fort de ses 28,2 % des voix en juin 1946, devient le premier parti de France. La CDU et la CSU en Allemagne, la DCI en Italie se hissent au premier rang des partis. Face à cette menace communiste, les nouvelles formations démocrates-chrétiennes apparaissent comme de véritables valeurs refuges pour de nombreux électeurs. Mais que vont faire ces partis de ce capital politique considérable ?

En Allemagne, en Italie, là où le parti, solidement campé sur sa doctrine catholique, se met en position de s’étendre sur l’ensemble du spectre politique, du centre-gauche à la droite, il remporte des victoires régulières. Depuis 1949, la CDU et la CSU jouent les premiers rôles et accumulent plus d’un demi-siècle de direction du Gouvernement fédéral, tandis qu’elles gouvernent un nombre toujours conséquent de Länder (7 sur 16 en 2021). En Italie, la Democrazia Cristiana dirige le pays sans discontinuer jusqu’en 1994. Si elle implose, c’est pour renaître, dispersée mais bien vivante dans les principales formations de droite et de gauche. Si bien qu’au fond elle n’a jamais vraiment quitté le pouvoir.

En France, où il se positionne au centre de l’échiquier politique et laisse se créer une alternative à droite, le MRP est rapidement repoussé vers la gauche. Son jeu d’alliance se complique par l’anticléricalisme de celle-ci. Son corps doctrinal, fondé sur le catholicisme, ne peut qu’être altéré par son centrisme, soit qu’il veuille dissimuler cette filiation, soit qu’il s’en éloigne progressivement. Plus qu’ailleurs, l’accession aux responsabilités sera une occasion de « recentrage » des démocrates-chrétiens qui font l’expérience du pouvoir comme école de compromis mais aussi comme puissant aimant à opportunistes. Le risque d’affadissement de la pensée y est accru dans un contexte de sécularisation plus rapide qu’ailleurs et la crainte du tabou de la laïcité. L’opposition à de Gaulle, motivée par la volonté du parti de rester au centre de l’échiquier politique et de préserver les institutions de 1946, puis la centrisation conduira à la disparition de son espace politique, le réduisant au rôle de parti charnière (fin du MRP, centre démocrate) ou satellite (CDS, force démocrate) avant d’être in fine absorbé par la nébuleuse progressiste macronienne, c’est-à-dire à l’exact opposé de ses racines.

Lire aussi : L’ère des radicalités : vers une démocratie d’affrontements ?

En Belgique, en Suisse, les partis d’origine démocrate-chrétienne semblent assumer leur suicide en se coupant de leurs racines. En Allemagne, Angela Merkel ne cesse de jouer la tactique de la gauchisation pour fragiliser le SPD, au risque de laisser se constituer une force de contestation à sa droite, l’Alternative für Deutschland. Des surgeons que l’on aimerait d’avenir apparaissent cependant. En Hongrie, le premier ministre Viktor Orbán se réclame d’une démocratie chrétienne, comme « défense des formes d’existence issues de la culture chrétienne ». La CSU et l’aile droite de la CDU tentent d’infléchir le positionnement de la démocratie-chrétienne allemande et la fin de l’ère Merkel pourrait réserver de belles surprises.

Le paradoxe est que la démocratie-chrétienne semble s’effacer au moment où elle devrait s’affirmer. Ses principaux partis semblent avoir opté tactiquement pour un recentrage et doctrinalement pour l’affadissement de ses fondements chrétiens. Ce faisant, elle s’écarte sociologiquement de sa base électorale. Alors qu’elle apparaît théoriquement bien positionnée pour se saisir des trois grands enjeux de la démocratie contemporaine, l’identité, les valeurs et l’avenir du spirituel, elle ne semble plus en capacité de le faire, faute d’être fidèle à ses racines. Celui qui saura revivifier ce courant de pensée et capter un électorat en déshérence pourrait bien créer la surprise.

© Nicolas Pinet pour L’Incorrect

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