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Eddie Puyjalon : « Les territoires ruraux sont toujours la variable d’ajustement de la Région »

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Publié le

23 avril 2021

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Ex-Chasse, pêche, nature et traditions, le Mouvement de la ruralité présentera une liste autonome aux élections régionales de juin prochain en Nouvelle-Aquitaine, avec le soutien de l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2017 Jean Lassalle. Sa tête de liste, Eddie Puyjalon, conseiller régional sortant, présente ses solutions pour la région. Entretien.
MR

Vous êtes candidat pour le Mouvement de la ruralité. Est-ce que le monde rural est oublié par la Région Nouvelle-Aquitaine ?

Oui, hélas. En tant que conseiller régional sortant, je n’ai eu de cesse durant six ans de rappeler l’existence de la ruralité. Et la politique régionale actuelle l’a considérablement oubliée, ou a vaguement saupoudré. Mais c’est là l’habitude d’Alain Rousset (président socialiste sortant de la Région, ndlr). Il a créé la Datar (délégation à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale, ndlr), certes, mais c’est un bilan mince. Un exemple : on a rétabli la ligne pour aller à la Médoquine à Talence, dans l’agglomération bordelaise. On a fait une ligne de train pour plus de quarante millions d’euros, pour du fret ferroviaire. Pendant ce temps, les gens du Blayais attendent encore que l’on rétablisse la ligne Blaye-Saint Mariens, pour éviter à ceux qui travaillent à Bordeaux de passer trois heures, quatre heures parfois, sur la route. Ce n’est toujours pas fait, alors que je le demande depuis six ans. En vain, faute de volonté de l’exécutif actuel. Les territoires ruraux sont toujours la variable d’ajustement de la région comme d’autres politiques nationales.

Plus largement, comment jugez-vous le bilan d’Alain Rousset (PS) à la tête de la Région ?

Il est extrêmement négatif. Le seul groupe politique de l’hémicycle à avoir voté contre la politique Néo Terra (feuille de route adoptée par la Région pour la transition énergétique et écologique, ndlr), le Straddet (Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires) et le budget, c’est le Mouvement de la ruralité. Alain Rousset a par exemple libéralisé l’implantation d’éoliennes un peu partout en Nouvelle-Aquitaine, ce qui a été une catastrophe pour nos territoires, avec une fronde des habitants. Nous, nous sommes extrêmement clairs : nous sommes opposés à ces implantations.

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De manière générale, Alain Rousset s’est senti obligé d’appliquer une politique plus verte que les Verts pour faire plaisir, en espérant qu’EELV ne se présente pas contre lui. (Alain Rousset est à la tête d’une majorité sortante PS-EELV. Les écologistes présenteront une liste distincte et adversaire de la sienne en juin prochain, ndlr). Aujourd’hui, il a financé un camion végan tenu par des militantes L214, ou encore l’association limousine Houmbaba pour apprendre aux loups à ne pas manger les brebis.

Vous proposez de redéfinir l’étendue de la Région actuelle, qui est la plus grande de France. Pourquoi ?

La fusion des trois régions en une seule par la loi NOTRe a été très mal vécue, notamment par les agents de ces trois anciennes collectivités. Nous nous retrouvons avec une grande région, mal gérée, avec plus de coûts et une efficacité moindre. Nous prônons tout l’inverse.

Certes, nous n’avons pas le pouvoir de la redécouper. Cependant, si nous sommes élus, nous plaiderons pour revenir aux anciennes régions. Le format actuel donne l’impression d’écarter les citoyens du Conseil régional : c’est Bordeaux qui décide de tout. Comme la majorité actuelle n’a pas le sens de la rigueur, il arrive parfois qu’on tire au sort pour une réunion d’à peine une heure un conseiller du Pays basque pour qu’il monte à Limoges. Quand on appartient à un exécutif qui se veut écologiste, faire faire cinq cent kilomètres en voiture aller-retour pour une réunion d’une heure, c’est complètement ubuesque !

Nous voulons développer les villes moyennes pour irriguer les territoires, et rapprocher l’industrie pour que les gens aient moins de déplacements grâce à des emplois de proximité

Le Conseil régional est aujourd’hui trop loin des habitants, et trop loin des problématiques. Les gens ne savent même plus à quoi ils servent. J’ai eu au téléphone il y a un mois un éleveur du Limousin qui avait des problèmes avec son troupeau, je lui parle d’Alain Rousset, il ne savait pas qui c’était ! Voilà où nous en sommes.

Que proposez-vous pour soutenir l’emploi et l’entreprenariat en Nouvelle-Aquitaine ?

Nous sommes favorables à la fin de la métropolisation. Et d’ailleurs certains partis se mettent à adopter des mesures similaires aux nôtres, ce qui est bon signe. Nous voulons développer les villes moyennes pour irriguer les territoires, et rapprocher l’industrie pour que les gens aient moins de déplacements grâce à des emplois de proximité. Nous voulons réindustrialiser les produits de transformation, quitte à développer des entreprises jusqu’à cinquante salariés. Toutes ces choses ne sont pas faites par la Région actuellement, malgré les beaux discours d’Alain Rousset.

Il y a des entreprises, des start-ups, avec de beaux projets qui attendent depuis deux ans déjà de l’aide. Un exemple : il y a une entreprise qui travaille sur un système innovant pour sécuriser les passages à niveau. Cette entreprise est basée en Nouvelle-Aquitaine, et demande un partenariat à la SNCF, à Réseau ferré de France et à la Région pour passer du stade expérimental au stade opérationnel. Cela fait deux ans que ces entrepreneurs attendent une réponse. Deux ans ! La crise sanitaire fragilise grandement ce type d’entreprise. Elles ont besoin d’avoir des commandes fermes pour ne pas devoir recourir au licenciement.

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Il faut simplifier la vie des entreprises et de ceux qui travaillent. Quand on discute avec les entrepreneurs, les artisans et les commerçants, on voit bien que cela ne marche pas. Il faut les consulter régulièrement pour diminuer toutes les strates qui leur pourrissent la vie. Même quand il faut aller à la Région pour savoir à quelles aides on peut prétendre, beaucoup finissent par jeter l’éponge, car tout est trop complexe. Les gens sont submergés par les dossiers à monter, tout en devant continuer de travailler. Une fois la crise sanitaire passée, il y aura de la casse, et il faudra des gens qui mouillent la chemise pour redresser la situation. Car malgré les discours de la majorité actuelle, nous avons davantage une politique écolo-bobo que le développement d’un réseau d’entrepreneurs à travers l’aménagement du territoire.

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