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Éditorial culture de décembre : Pour la beauté convulsive

« L’ennui des conservateurs, c’est que s’ils comprennent qu’il y a du sacré, ils oublient parfois que nous n’avons pas pour vocation de nous préserver mais au contraire qu’il s’agit de tout jeter au feu ». Éditorial culture du numéro 59 par Romaric Sangars.

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© L'Œuvre sans auteur de Florian Henckel von Donnersmarck (2019)

« La beauté sera convulsive ou ne sera pas », disait André Breton au début du siècle d’avant, et c’est une définition plus classique, plus absolue, je veux dire, plus éternelle, que ce qu’on pourrait croire. Nos cathédrales étaient convulsives, obscures, illuminées, flamboyantes. Elles disaient que nous étions tout et que nous n’étions rien devant Dieu. Elles disaient vrai. Et depuis, l’art dit « classique », c’est-à-dire néo- païen, raisonnable et réducteur, un peu bourgeois un peu chiant, est devenu une norme qui a rassuré les tièdes.

On s’est révolté à juste titre contre l’art décoratif, contre l’art d’agrément, contre l’art de divertissement, nous ne sommes pas sur terre pour « passer un moment cool » mais pour nous transfigurer. L’ennui des conservateurs, c’est que s’ils comprennent qu’il y a du sacré, des choses avec lesquelles il ne faut pas transiger, ils oublient parfois que nous n’avons pas pour vocation de nous préserver mais au contraire qu’il s’agit de tout jeter au feu ; au feu de la beauté, de l’amour divin, de la vérité suprême, et que c’est cette faculté à brûler qu’il est essentiel de sauver, pas forcément les conditions qui hier rendirent l’air combustible.

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Il y a pire que l’art-gadget, c’est l’art-leçon, l’art illustratif, qui se contente de produire des vignettes pour asséner un discours sommaire sur le monde, l’art éducatif, au premier degré, que la gauche pratique allègrement depuis Sartre et les totalitarismes, que la droite pratique moins ces dernières décennies mais qu’elle a pratiqué en d’autres temps, cet art qui cherche à justifier un jugement sur les êtres et le monde en fabriquant des preuves. C’est pour ce genre de saloperies qu’il faudrait revenir à l’autodafé.

Aujourd’hui, l’idéologie woke, structurellement totalitaire, est l’une des plus grandes menaces qui pèsent sur l’intelligence et l’expression artistique. Véhiculée par une élite de demi-habiles, elle exige que l’art illustre un fantasme. Au lieu de rénover les formes, elle prétend rénover le discours selon un catéchisme de primitifs. Elle ne vise pas à produire des émotions inédites, mais à masturber le narcissisme moral de ses promoteurs et à débiliter les foules. C’est notre honneur de la combattre, mais la meilleure ré- plique que nous pouvons lui opposer, c’est la force de frappe de l’art authentique.

L’art authentique vise une beauté lointaine, imprévue, perturbante, même capturée dans l’environnement immédiat

L’art authentique vise une beauté lointaine, imprévue, perturbante, même capturée dans l’environnement immédiat. C’est ce qu’avait désigné Breton en érigeant une beauté convulsive, érotique-voilée, explosive-fixe, magique- circonstancielle.

C’est ce danger que nous devons défendre, promouvoir, approcher. Le reste est cendre.


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