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Éditorial essais de novembre : Éloge de la télévision

Le numéro 47 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial essais, par Rémi Lélian.

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© Fran Jacquier Unsplash

On peut remonter le fil de l’histoire afin de dater à quel moment les choses ont commencé à vriller, à quel instant nous sommes sortis d’un âge d’or dont, délivrés de nos rêveries réactionnaires, on sait pourtant bien qu’il n’a jamais existé puisqu’ici-bas tout a toujours été foutu d’entrée. Nous n’ignorons donc pas que depuis la Faute tout se passe très mal, que rien ne va et que, si ça va, ça ne devrait pas, selon toutes probabilités, durer très longtemps. Il n’empêche que, lorsqu’on touche le fond, on peut toujours continuer à creuser et que durant cette longue chute sans direction qui figure l’histoire des hommes tout n’a pas toujours été aussi pire qu’à présent, si bien que face au pire d’aujourd’hui on finit par éprouver la nostalgie du pire d’hier.

Tout compte fait, la télévision tant honnie jadis si justement s’avéra l’endroit où s’ébauchaient les prémisses du débat nécessaire à l’exercice de la démocratie

Ainsi, la télévision, gigantesque machine à sidérer, qui a envahi l’intimité des Français au mitan du siècle dernier pour s’impatroniser arbitre des élégances dans les années 1980, avec en tête de gondole l’infâme Canal +, apparaît désormais face au monstrueux internet comme l’endroit du temps long, celui du débat et de la réflexion, l’instrument de ceux que la modernité n’a pas encore complètement dévorés. Par exemple, lors de la séquence Covid, les chaînes d’information en continu ont reçu sur leurs plateaux toutes sortes d’experts et de non-experts venus dispenser leurs prédictions et analyses épidémiologiques plus ou moins justes. On a pu y voir un Louis Fouché à de nombreuses reprises, incapable notamment d’assumer des propos tenus sur internet, coincé par un Morandini qui lui demandait simplement de les réitérer face à un contradicteur.

Nous avons assisté aux monologues mégalomaniaques de l’inénarrable devin des calanques, Didier Raoult, qui squattait régulièrement BFM et LCI, mais sans jamais accepter le moindre contradicteur en quoi il internétisait – comme le pervers sadise sa victime – ses passages télés pour les faire ressembler à ses grotesques vidéos YouTube ; et, enfin, pour ne citer que les plus pathétiques d’entre ces charognards, Florian Philippot qui y était parfois obligé de modérer ses infox de peur qu’on le démasque de façon trop évidente – contrairement à Twitter où il se répand en toute impunité. S’il fallait concéder un politiquement correct, une voix officielle et univoque sur l’épidémie, force est de constater que ce n’est pas à la télé qu’on la retrouve ; André Bercoff et Ivan Rioufol, maîtres ès réflexions qu’on a entendu sur leurs chaînes respectives débattre âprement des mérites de la méthode hypothético-déductives de Karl Popper opposée à la discontinuité de Thomas Khun – non, je déconne ! – ne nous contrediront pas en cela.

Lire aussi : Éditorial essais d’octobre : Le Diable et celui d’en face

Tout compte fait, la télévision tant honnie jadis si justement s’avéra, malgré la vitrification intellectuelle dans laquelle nous plongent les informations en continu et son incontestable puissance à fabriquer du consommateur, l’endroit où s’ébauchaient les prémisses du débat nécessaire à l’exercice de la démocratie, le lieu où l’on pouvait encore être un peu bousculé hors de sa zone de confort, raison pour laquelle les plus aveuglés d’entre les aveugles lui préférèrent internet et son vide sans profondeur dont les algorithmes balisent le chemin. Mais gardons-nous d’en dire trop de mal car, sans doute, à l’heure du métavers et des deepfakes, internet version 2020 nous semblera, comme la télévision à présent, une Académie de la vérité dressée contre le règne des images.

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