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Éditorial monde de janvier : Le nouvel an chinois

Le numéro 49 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial monde, par Laurent Gayard.

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© Valentin Deniau pour L'Incorrect

En 2016, Xi Xinping proclamait sa confiance dans le fait que la Chine offrait « une solution au besoin humain d’un meilleur système social ». Cinq ans, une pandémie et une poignée de variants plus tard, le même Xi tance l’Amérique et sa « démocratie malade », juste avant l’organisation du sommet virtuel pour la démocratie de Joe Biden. Il n’est plus question désormais de défendre les vertus d’un « socialisme de marché » assagi ou d’un libéralisme à la chinoise qui n’a guère existé que pour rassurer les Occidentaux du temps où la Chine se faisait humblement une place à l’OMC. La bienveillance des pays développés n’intéressent plus tellement la RPC maintenant qu’elle est la deuxième économie du monde et que Pékin peut tranquillement affirmer que le socialisme à la chinoise a permis de traverser la crise sanitaire qui laisse encore les démocraties occidentales tétanisées et impuissantes. Évidemment, la Chine communique bien plus discrètement sur le reconfinement récent de millions de ses concitoyens à Lanzhou Jiayu-guan ou Zhangye, dans la province du Gansu, le gouvernement chinois a certainement menti sur le nombre réel des victimes de la pandémie sur son  territoire.

Le « quoi qu’il en coûte » à la chinoise a des visées bien plus radicales que celui d’Emmanuel Macron et ce dans tous les domaines

Mais cela n’a aucune importance, le « quoi qu’il en coûte » à la chinoise a des visées bien plus radicales que celui d’Emmanuel Macron et ce dans tous les domaines. Premier pollueur de la planète, la Chine est aussi le premier constructeur mondial d’éoliennes et de panneaux solaires. Elle développe même actuellement le projet futuriste d’envoyer une gigantesque ferme solaire en orbite autour de la terre pour fournir de l’énergie à toute l’humanité. Pays membre de l’OMC, elle réaffirme la mainmise du PCC sur le secteur privé au nom de la politique de « prospérité commune » de Xi Xinping. Elle rappelle brutalement à l’ordre le puissant patron d’Alibaba, Jack Ma, fait sortir Didi Chuxing, le « Uber chinois », de Wall Street ou remet sévèrement au pas le géant de l’immobilier Evergrande, au risque de faire vaciller l’économie mondiale. Dérangée par les cryptomonnaies, elle les interdit purement et simplement sur son territoire. Dérangée par certaines personnalités, elle les efface de la vie publique, ou les fait même physiquement disparaître, comme l’actrice Zhao Wei, un peu trop proche de Jack Ma, introuvable depuis cet été ; Xiao Jianhua, patron du fonds d’investissement Tomorrow Group, kidnappé en 2017 et jamais réapparu; la tenniswoman Peng Shuai, volatilisée depuis novembre; et, bien sûr, ceux qui avaient cherché à alerter l’opinion au début de l’épidémie de Covid: Li Wen- liang, médecin à l’hôpital de Wuhan, Chen Qiushi et Fang Bin, habitants de Wuhan. Voilà la démocratie à la chinoise qui, selon le Quotidien du Peuple, « illumine l’ensemble du territoire chinois ». 

Lire aussi : Chine : le Grand Bond à gauche

La Chine est un défi géopolitique et existentiel pour nos vieilles démocraties, certes bien malades, et pas seulement du virus. Alors que s’ouvrent l’an 2022 et la campagne présidentielle, il convient de se demander quelle réponse à ce défi proposent les candidats, du moins ceux qui ont une chance de peser dans les débats, chacun ou chacune brandissant sa baguette magique : le « quoi qu’il en coûte », l’« en même temps » et la poudre de perlimpinpin d’Emmanuel Macron, la préférence européenne de Valérie Pécresse, la préférence nationale de Marine Pen, la « remigration » d’Éric Zemmour ou la « créolisation » de Jean-Luc Mélenchon. Derrière les artifices rhétoriques et la com quelle est la vision du monde de ces gens et comment entendent-ils exactement faire peser la France entre des États-Unis prêts à tout pour conserver leur leadership et une Chine prête à tout pour le leur arracher ? En attendant de le découvrir au cours des mois qui viennent, bonne année 2022 à toutes les lectrices et tous les lecteurs de L’Incorrect, ou plutôt x?n nián kuài lè ! 

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