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Élections en Pologne : le tour d’après

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Publié le

19 octobre 2018

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Pologne © Romée de Saint-Céran pour L’Incorrect

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Premier test électoral pour les conservateurs après trois années au pouvoir: fin octobre, les Polonais vont élire l’ensemble des dirigeants des collectivités locales. Une sorte de troisième tour pour le PiS, après ses victoires aux présidentielles et aux législatives en 2015. État des lieux à un mois d’un scrutin décisif.

 

Début août, Varsovie a l’apparence d’une ville tranquille. Après un mois de juillet rythmé par les manifestations contre la réforme de la justice, la capitale polonaise retrouve enfin un semblant de calme. « Des tribunaux libres ou la dictature! » peut-on lire sur quelques inscriptions laissées par les manifestants dans les rues de la ville. Mais, à bien y regarder, d’autres messages en apparence plus anodins attirent également l’œil. Cette affiche visible dans toute la ville avec le slogan « Freedom » écrit sur une Pologne en forme de cœur, transpercée par une flèche ; ou ces pancartes, préparées par la mairie : « Varsovie, capitale de la liberté, 1918-2018 », qui évincent subtilement le terme « Indépendance », dont le centenaire est célébré cette année.

 

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Plus qu’une « capitale de la liberté », Varsovie est surtout le fief du parti libéral (PO, Plateforme Civique) depuis douze ans, et le véritable cœur de la contestation anti-PiS (Droit et Justice). Un cœur que certains craignent de voir transpercé le 21 octobre et le 4 novembre prochains, lors des élections locales. Les Polonais pourront à cette occasion renouveler l’ensemble des assemblées dans les collectivités locales. Régions, districts et communes, mais aussi mairies; et celle de Varsovie pourrait bien changer de locataire dans un mois.

 

Scrutin local, élection capitale

À première vue, l’enjeu du prochain scrutin peut sembler faible pour les conservateurs. Les élections locales se jouant à deux tours, elles favorisent les partis capables de former des alliances au second. Ce qui n’est pas le cas du PiS. La droite a donc appris à gouverner en se passant d’une bonne partie des collectivités territoriales, alors même que la plupart des fonds européens y sont administrés. C’est également là que la corruption et « l’État profond » hérités du communisme sont les plus présents. Le plus « grand » succès du parti de Kaczy?ski dans cette course remonte à 2014 : à l’époque, il n’avait remporté qu’une seule région sur seize. Il semble impossible de faire pire dans un mois, les derniers sondages montrant que les conservateurs pourraient prendre entre
cinq et sept régions. Du jamais vu.

Mais le PiS semble ne pas se satisfaire des bons sondages. Il s’est fixé un nouvel objectif: tenter une percée dans les villes de plus de cinq cent mille habitants, là où il réalise ses scores les plus décevants. Deux villes capitales l’intéressent tout particulièrement: Varsovie et Cracovie. C’est là que la droite a présenté ses étoiles montantes, le jeune militant Patryk Jaki et l’avocate Ma?gorzata Wassermann. Ils font figure d’outsiders dans ces villes réputées imprenables, gouvernées depuis plusieurs années par la gauche et le centre. Mais à quelques semaines du scrutin, les écarts se resserrent nettement. Remporter la présidence de l’ancienne et de l’actuelle capitales du pays serait un symbole fort pour le PiS : histoire de briser (ou au moins fissurer) le plafond de verre urbain, son point faible depuis plusieurs années.

 

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La droite s’y prépare depuis plusieurs mois. Jaros?aw Kaczy?ski, son leader, a opéré un changement de stratégie en décembre dernier, en nommant un nouveau premier ministre, le banquier Mateusz Morawiecki. Toujours ferme sur la question migratoire ou sur les réformes de la justice, Morawiecki a également pris soin de mettre en avant son bilan économique : croissance et chômage à 5 %, hausse des salaires, excédent budgétaire, baisse des impôts pour les PME. « L’innovation » mais aussi « l’écologie » sont venues s’ajouter au discours conservateur, qui s’est également assagi à l’égard de l’Union Européenne. De quoi séduire un électorat urbain plus europhile.

 

La rhétorique du « jour d’après »

Mais surtout, ces élections vont offrir la possibilité aux Polonais de trancher, pour la première fois depuis trois ans, dans le conflit qui oppose le gouvernement au camp libéral, et à une partie des dirigeants européens. Depuis 2015, le PO et ses alliés usent et abusent d’une rhétorique digne du Jour d’après, ce film catastrophe américain qui présente un monde frappé par une succession de cataclysmes. Vague nationaliste, déluge de violences xénophobes, gel des libertés et de l’État de droit, tempêtes diplomatiques à répétition, foudres de l’Union européenne… Un véritable scénario catastrophe provoqué par la victoire du parti de Jaros?aw Kaczy?ski. Le 21 octobre, les Polonais diront enfin s’ils adhèrent à cette vision des choses. Ou pas.

Éviter le raz-de-marée du PiS : tel est l’objectif principal de l’opposition. « Nous luttons pour la survie de la démocratie dans les collectivités. PiS veut les détruire, elles ne lui servent à rien », a récemment déclaré son leader Grzegorz Schetyna. Mais la « coalition civique », censée réunir une bonne partie des opposants du PiS, souhaite aussi éviter une défaite trop cuisante, qui serait un très mauvais signal avant les élections européennes puis législatives qui viendront en 2019, et la présidentielle de 2020. Pour le leader du PO, « c’est un combat pour l’avenir de la Pologne. Ces quatre élections sont des batailles qui décideront si nous vivrons à l’Est ou à l’Ouest ».

 

L’innovation mais aussi l’écologie sont venues s’ajouter au discours conservateur, qui s’est également assagi à l’égard de l’Union Européenne. De quoi séduire un électorat urbain plus europhile

 

Le ton est dramatique, alors que la coalition anti-gouvernementale a peut-être les moyens d’éviter la douche froide lors de ce scrutin. Certaines grandes villes semblent lui rester fidèles selon les sondages, et le pénible travail de rassemblement entrepris il y a plusieurs mois commence à porter quelques (maigres) fruits. Début septembre, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle, Barbara Nowacka, a rejoint la coalition. Connue pour son discours progressiste en matière sociétale, elle va capter une partie des voix de l’aile gauche des libéraux. Et puis, une démobilisation de l’électorat de droite, surtout celui des campagnes, plus imprévisible, n’est pas à exclure. En dernier recours, les anti-PiS pourront toujours contester les résultats. « Je soupçonne que lors des prochaines élections, le trucage sera énorme, car nous avons affaire à des gens horribles », confiait il y a quelques semaines Lech Wa??sa. Histoire de préparer les esprits?

 

Bons baisers de Bruxelles

Mais le plus grand danger pour l’opposition, et donc la meilleure nouvelle pour le PiS, pourrait bien venir d’ailleurs. Ou plutôt, de l’intérieur. En juillet, le journal Rzeczpospolita a révélé que Donald Tusk, ex-leader des libéraux polonais et actuel président du Conseil européen, prévoit de créer une nouvelle formation politique d’opposition, pour préparer sa candidature à l’élection présidentielle en 2020.

Ce nouveau parti, libéral et pro-européen, pourrait bénéficier du soutien de la plupart des anciens présidents et premiers ministres polonais, au nom de la sauvegarde de la démocratie en Pologne. Tusk se livrerait donc en coulisse à un double-jeu : tout en s’opposant officiellement au PiS en tant que président du conseil à Bruxelles, il compterait sur un échec cuisant de ses anciens partenaires du PO lors des prochaines élections, et sur l’effondrement du parti. Ce baiser de la mort lui permettrait d’endosser en 2020 le costume de l’homme providentiel. Un projet qui en inspire d’autres: le maire Robert Biedro? a annoncé il y quelques jours le lancement en février 2019 de son propre mouvement.

 

Lire aussi : Orban réinvente la démocratie chrétienne

 

Homosexuel revendiqué, ex-socialiste proche des mouvements féministes et LGBT, il nourrit ouvertement une ambition macronienne. Lui aussi souhaite bouleverser le jeu politique des vieux partis traditionnels. Les anciens du PO diront sans doute qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Mais à en croire les projets des uns et des autres, beaucoup considèrent que les partis de l’opposition actuelle sont en réalité déjà morts, avant même de connaître les résultats des élections locales dans un mois. Nombreux sont ceux qui se rêvent demain en Emmanuel Macron polonais; mais pour le moment, c’est bien le PiS qui est « en marche ».

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