Électro : RÉVOLUTION SONORE OU TYRANNIE DU DIVERTISSEMENT ?

© Feliphe Schiarolli – Unsplash

Autrefois sulfureuse, la musique électronique s’est normalisée. L’esprit d’aventure des pionniers a fait place au pragmatisme de DJ préférant de loin les paillettes du show-business à la solitude monacale des home-studios. Retour sur l’histoire d’un genre passé du laboratoire au dancefloor mondial. Puisant ses origines du côté des futuristes italiens, la musique électronique est placée dès ses origines sous le signe de l’utopie progressiste et du post-modernisme. Tout commence à l’orée de la Première guerre mondiale lorsque le jeune Luigi Russolo, peintre et fils d’horloger italien, fait la rencontre du poète Marinetti puis adhère officiellement au mouvement futuriste en signant le Manifeste des peintres futuristes en 1910. Délaissant un temps la peinture pour la musique, il rédige en 1913 « L’Art des bruits », dans lequel il théorise l’utilisation des bruits dans la musique. L’après-guerre voit l’apparition de deux instruments de musique majeurs : le thérémine, un boîtier équipé de deux antennes qui permet de produire de la musique sans toucher l’instrument, et les ondes Martenot, inventées par le français Maurice Martenot et présentées au public en 1928. Ces deux inventions constituent à elles seules l’acte de naissance de la musique électronique. Les premières œuvres créées dans ce genre sont de véritables odes au progrès industriel et au machinisme comme le « Ballet mécanique » (1925) du compositeur américain Georges Antheil, qui comporte, entre autres, le doux ronronnement d’une hélice d’avion. L’AUDACE DES PIONNIERS En 1937, l’américain John Cage, père de la musique minimaliste, théorise à son tour l’utilisation du bruit pour créer de la musique dans son manifeste « The Future of music ». À l’époque, les pionniers de la musique bruitiste sont des intellectuels issus des cercles artistiques et littéraires qui subissent l’influence du dadaïsme et du surréalisme. Véritable André Breton de la musique, l’ingénieur Pierre Schaeffer, par ailleurs admirateur de l’ésotériste Pierre Gurdjieff, invente en 1948 la musique concrète, laquelle intègre des bruits du quotidien par le biais d’un collage de sons. Celle-ci s’oppose à la musique abstraite par le fait qu’elle prend son origine dans le son lui-même au lieu de partir de l’idée. En 1958, ce dernier crée le GRM (Groupe de Recherche Musical), un laboratoire de recherche qui fait aujourd’hui partie de l’INA. Pour la première fois dans son histoire, la musique électronique fait l’objet d’une reconnaissance institutionnelle. DE PIERRE HENRY À JEAN-MICHEL JARRE À chaque nouvelle invention technologique, la musique électronique franchit un cap. Désormais, ce ne sont plus les musiciens qui déterminent les évolutions musicales mais bien les machines elles-mêmes. D’ailleurs, comme l’a dit notre Jean-Michel Jarre national : « Ce n’est pas la musique qui est électronique, ce sont les instruments qui le sont ».
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bollon@lincorrect.fr

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