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Éloge du petit

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Publié le

24 mars 2022

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Vous l’aurez sans doute remarqué : dans l’alimentaire, l’adjectif « petit » est partout. Le petit est positif, il indique une certaine joie, une reconnaissance des choses essentielles.
café

« Vous prendrez un petit café ? » « Voulez-vous un petit tour de moulin à poivre ? » « Suprême de poulet et ses petites frites en garniture ». Au restaurant, le petit est partout. Si l’on met les petits plats dans les grands pour les invités de marque, le petit accompagne le repas pour qu’il soit réussi. Petit devient synonyme de mignon, délicat, fin, qualitatif. C’est la petite touche qui donne le plus au repas. Les petits pains au lait des enfants et les petits pains au chocolat de Joe Dassin. Le petit vin blanc, frais et gouleyant, bu sous les tonnelles. La petite bière du vendredi soir, comme apéro de détente entre collègues.

L’apéritif lui aussi se doit d’être petit, avec ou sans Zoom, avec si possible un petit Kir, même si dans les faits il peut prendre des proportions plus pantagruéliques. Le meilleur moment de la journée n’est-il pas le petit-déjeuner et celui de la semaine le petit brunch du dimanche matin ? Le petit devient une gourmandise faite pour rassasier les petites faims. Évidemment, chacun apprécie les petits commerces, de proximité bien sûr, qui sont par nature dans le camp du bien, quand les grandes surfaces, peut-être parce qu’elles sont grandes, sont dénigrées et vues avec suspicion, même si ce sont elles qui attirent la majorité de la clientèle et même si elles peuvent proposer des produits de grande qualité – ici pas de petit.

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Le petit est positif, il indique une certaine joie, une reconnaissance des choses essentielles. Il permet la gourmandise, mais sans la goinfrerie, l’amour des bons plats, mais avec modération. Il est la petite touche qui vient révéler, exhausser, relever les goûts et les saveurs. Ainsi les petits pois, les petits bistrots, les petites auberges et les petits restos. Même la grande cuisine et le grand restaurant se doivent d’associer et de concilier le petit. La chanteuse Régine souhaitait « laisser parler les petits papiers », une petite chanson pour dire un grand amour. « Ce n’est pas moi qui pleure, c’est mon amour perdu », semblait lui répondre Serge Reggiani dans Le petit garçon. Il pleut dans sa mémoire dit-il, mais l’éloge du petit n’est-il pas une façon de se cacher, de se dédouaner d’éventuels écarts ? Un petit péché mignon en somme, pas grave puisque petit. Petit comme les petits beurres que mangent les petits enfants lors de petites pauses goûter.

Cet éloge du petit n’est-il pas alors une façon inavouée de se rattacher à l’enfance, de vivre avec ses souvenirs, de plus en plus grands et de plus en plus larges au fur et à mesure que passe le temps. Plus l’homme vieilli, plus il aime se rattacher à ces petits moments que furent ses grandes amitiés, ses petits week-ends entre amis, ses petites escapades où la vie se déroule. Et voilà Jean Raspail qui, dans un ouvrage posthume, nous offre de Petits éloges de l’ailleurs, lui l’écrivain des grands horizons et des grands espaces, le conteur des grandes aventures et des ports lointains. Qui s’abaisse veut être élevé, dit-on. L’éloge du petit n’est-il pas une façon détournée de se grandir, de rêver et de voir les choses en grand ?

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