Skip to content

En Afrique francophone, la politique de Macron encourage le retour aux coups d’État

Par

Publié le

7 septembre 2021

Partage

En août 2020, le Mali ; un an plus tard, la Guinée Conakry : deux pays avec lesquels la France entretient des relations « étroites et particulières », ont été victimes en peu de temps de putschs militaires. Alors qu’opposants et société civile dénoncent la politique africaine de l’Élysée, Paris qui n’entend pas changer de stratégie craint tout de même qu’une fragilisation des régimes laisse libre cours au terrorisme.
macron

L’image parle d’elle-même. En avril, à N’Djamena, aux côtés de Mahamat Déby lors des funérailles de son père, Emmanuel Macron est le seul chef d’État occidental présent. La veille, il s’est longuement entretenu au téléphone avec le nouvel homme fort du Tchad : en déclarant sur place « que la France ne laissera personne menacer le Tchad », il assume un ton paternaliste, et les dénonciations d’ingérence de la part des sociétés civiles africaines n’y changeront rien.

Moins de trois mois plus tard, le président français a reçu Déby fils à Paris alors que le régime tchadien réprime dans le sang toute opposition. Pire : que ce soit au Mali où la réélection d’Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) « a été émaillée d’irrégularités » selon les médias locaux, ou à la Guinée où Alpha Condé, l’ami du président français, a brigué contre la constitution un troisième mandat, l’Élysée a adressé des lettres de félicitations. Une manière d’approuver ces scrutins crisogènes qui, dans le meilleur des cas, aboutissent à une fragilisation de la démocratie, et au mire à des coups d’État. La recrudescence de ces putschs pousse à s’interroger sur l’efficacité de la politique africaine de la France.

Constantes ingérences « électoralistes »

« C’est Macron qui pourrit la situation », s’emporte Agbéyomé Kodjo. Arrivé deuxième lors de la présidentielle de février 2020 au Togo, le principal opposant à Faure Gnassingbé qui briguait un quatrième mandat a dû se résigner à l’exil, d’où la semaine dernière il a adressé une lettre ouverte au président français. L’ancien Premier ministre togolais y dénonce « une complicité ardente et constante entre l’Élysée avec les palais africains ». Avec le soutien de Sébastien Nadot, Kodjo avait réussi, au printemps dernier, à inviter la crise togolaise dans le débat parlementaire du palais Bourbon. En effet, le député de la Haute-Garonne a fait de la lutte contre les fraudes électorales son cheval de bataille, associant dans le même combat la Guinée, le Cameroun, le Gabon ou encore le Tchad et la Côte-d’Ivoire.

Lire aussi : Le Mozambique, comptoir de la Chinafrique

Il reproche à Emmanuel Macron d’avoir contribué « par son inaction et ses soutiens au retour des mandats illimités » notamment avec ses amis Alpha Condé (Guinée) et Alassane Ouattara (Côte-d’Ivoire). D’autant qu’alors que les élections sont de plus en plus contestées, « la France se précipite pour féliciter des mal élus », selon Cellou Dalein Diallo, principal opposant de Guinée Conakry. Ce dernier avait annoncé sa victoire en marge de la dernière présidentielle d’octobre 2020 avant qu’une lettre de félicitations de Macron vienne refroidir ses ardeurs. « Peu importent les irrégularités et fraudes massives, quelques jours après chaque scrutin, Paris se contente d’une lettre de félicitation », constate Thomas Dietrich. L’écrivain et membre de la France insoumise s’est illustré ces dernières années contre ce qu’il appelle « l’ingérence permanente et nocive » de son pays en Afrique.

Une politique de copinage

Septembre 2017. Depuis deux mois, de gigantesques manifestations contre le régime de Faure Gnassingbé rassemblent plusieurs centaines de milliers de Togolais dans les rues de Lomé. La pression est au maximum sur celui qui, après les quatre décennies de son père au pouvoir, dirige le pays depuis 2005. Discrètement, un véhicule de l’ambassade de France va chercher un hôte un peu spécial à l’aéroport Gnassingbé Eyadema. Conseiller Afrique de l’Élysée, Franck Paris est porteur d’un message dont personne ne saura jamais le contenu. Dans la foulée, le pouvoir de Lomé « pousse l’armée à un recours disproportionné à la force pour étouffer les manifestations », déduit Tikpi Atchadam qui en était le leader.

Au Quai d’Orsay, les diplomates sont de plus en plus nombreux à craindre que l’émiettement de légitimité populaire des régimes africains ne fasse le lit au terrorisme

Peu après, l’opposant a dû quitter le pays pour se réfugier au Ghana puis en Guinée. Pour Agbéyomé Kodjo, point de doute : « Macron a passé, à travers Franck Paris, un message de soutien au président togolais ». Faure Gnassingbé, Ibrahim Boubacar Kéïta – renversé il y a un an à Bamako – Alpha Condé qu’une force d’élite vient de chasser du pouvoir à Conakry ou encore Alassane Ouattara, « les chefs d’État les plus contestés sur le continent sont des amis de Macron », constate Alain Mabanckou. L’écrivain congolais qui se bat contre Denis Sassou Nguesso, au pouvoir dans son pays depuis 37 ans a d’ailleurs décliné récemment une proposition du président français de l’associer à une réflexion sur la francophonie car il ne veut pas « être un alibi d’un certain colonialisme ».

Un sentiment anti-français qui flambe sur les réseaux sociaux

À la suite de l’annonce du coup d’État à Conakry dimanche, les antifrançais ont immédiatement envahi les réseaux sociaux. La plupart d’entre eux reprochent à Paris son soutien aux dictatures. Au Quai d’Orsay, les diplomates sont de plus en plus nombreux à craindre que l’émiettement de légitimité populaire des régimes africains ne fasse le lit au terrorisme. « Plus les pouvoirs sont illégitimes, plus les terroristes en profitent pour grappiller de l’espace », renchérit Nguéla Makaïla. L’activiste tchadien réfugié en France comprend le mouvement antifrançais qui flambe sur le continent. D’ailleurs, Nathalie Yamb, l’une des figures de proue de ce mouvement s’est empressée de dénoncer une France qui préfère « faire le jeu des dirigeants corrompus et autoritaires » plutôt que « celui d’un peuple ». À l’Élysée où tous les regards sont tournés vers la présidentielle, « l’heure n’est pas à un changement de la politique africaine » murmure, sous anonymat, un proche du président. Une posture rassurante pour les dictatures africaines qui pensent avoir de beaux jours devant elles, sauf à être rattrapées par un putsch.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest