[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1513327554460{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Modiano n’est plus un écrivain, il se contente d’égrener des noms de femmes et d’indiquer les noms de rues, qu’il retrouve dans ses petits carnets au fond de ses grands tiroirs.
Modiano écrit toujours le même livre, dit-on – des Simenon l’intrigue en moins. Tout repose sur l’atmosphère dite « modianesque » : les ombres de l’Occupation sur une enfance d’après-guerre, le jeu de la mémoire, etc. Modiano avait reçu le Prix-Nimier en 1968 pour son premier roman, La Place de l’Etoile, grinçant et provocateur. On sait qu’il en a lissé des passages pour les rééditions en poche.
Modiano n’en finit pas de lisser jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Ainsi de son ennuyeux dernier livre, Souvenirs dormants, sur le titre duquel il est inutile de faire un mauvais jeu de mots. Modiano nous revient donc avec sa tête de vieux plan de Paris : étudiant « fantôme » pour repousser le service militaire, il erre dans les cafés et les rues des années soixante. Souvent à Pigalle, où sa mère joue la comédie, tandis que son père l’emmène au Bois de Boulogne avec un probable ex-comparse de marché noir. On reste toujours dans un flou très commode, très artiste. « Je ne peux pas répondre à ces questions », écrit-il. C’est pourtant ce que l’on demande à un écrivain : donner des réponses aux questions impossibles.
Lire aussi : Que valent encore les prix littéraires
Mais Modiano n’est plus écrivain, il se contente d’égrener des noms de femmes et d’indiquer les noms de rues, qu’il retrouve dans ses petits carnets au fond de ses grands tiroirs. Rien de plus facile que la poésie des noms, du rêve et de l’étrangeté. Le narrateur se souvient donc de Geneviève Dalame, rencontrée aux studios Polydor et qui se passionne comme lui pour les sciences occultes.
Ce qui nous vaut quelques pages de sous-Nadja. Voilà ensuite une Madame Hubersen, dont il se rend compte qu’il s’est déjà souvenu, grâce à ses petits carnets. Puis c’est l’histoire de ce Ludo F. : ah oui, dit-il, déjà évoqué dans un livre vingt ans après (Quartier perdu). Cette petite alzheimerie nous mène à un vieux marque-page où il avait noté un trajet, qu’il décide de refaire. Direction Nemours, où nous espérons qu’il trouvera un sanatorium.
Le plus gênant dans ces Souvenirs dormants, c’est qu’ils dévoilent le piteux making-off des livres de Modiano : « Alors, je note des bribes qui me reviennent dans le désordre, listes de noms ou de phrases très brèves. Je souhaite que ces noms […] finissent pas former des paragraphes et des chapitres qui s’enchaînent. » Je souhaite que les lecteurs prennent ce making-off pour un livre, en vendre beaucoup et que Le Monde dise que c’est bien. Ce bon vieux Patrick, l’hypnotiseur du cirque Modiano.
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]
SOUVENIRS DORMANTS




