Ces derniers temps, nos imprimeurs ont de plus en plus de mal à assurer la production de nos journaux. Et pourtant, leur carnet de commandes déborde ! On serait tenté de leur reprocher une mauvaise gestion des stocks, mais la raison est ailleurs : la France traverse une très étrange crise du papier. À qui la faute ?
Crise pandémique et tournant numérique
La crise sanitaire a joué un rôle significatif dans cette crise. Les confinements successifs ont poussé les gens à utiliser beaucoup moins de papier, pour favoriser le télétravail et les cours à distance. En conséquence, la production de papier a été largement diminuée. Sauf que cette rentrée 2021 n’étant pas placée sous le signe de l’isolement général, nous avons de nouveau besoin de supports papier. Problème : la demande ne suit plus. Le coronavirus n’est cependant qu’un facteur aggravant : l’industrie du papier en France, et plus généralement dans le monde, est en crise depuis une quinzaine d’années à cause du passage progressif au numérique.
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Surtout, l’industrie de la pâte à papier – qui est déjà peu conséquente en France – s’est recentrée sur les demandes du moment. La crise sanitaire, qui a fait enfler les commandes sur internet, a développé davantage encore le secteur du packaging, dont la pâte à papier est la matière première. Elle est aussi utilisée dans pour la fabrication de produits de modeling (couverts, assiettes, gobelets, pailles en carton). Les quelques réformes écologistes ont imposé des limitations, et même dans certains cas la suppression, du plastique. L’industrie du papier s’est en conséquence focalisée sur ces domaines très demandeurs : les quelques usines françaises, qui étaient en train de mourir à petit feu, y ont vu leur salut et se sont tournées vers ces secteurs. En conséquence, de décembre 2020 à aujourd’hui, le prix du papier a augmenté de 40 à 45% du fait de la sur-demande de pâte à papier pour ses dérivés cartonnés. Voilà donc le fond du problème : si la demande de papier est en forte hausse en cette rentrée et les carnets de commande remplis, les usines ont changé leurs lignes de production et les stocks de papier sont vides.
La faute aux Chinois
La Chine n’est pas non plus étrangère à cette pénurie. Après avoir pompé toutes les ressources naturelles de son territoire – elle a récemment interdit la coupe de bois pour lutter contre la déforestation –, elle a dû se tourner vers l’importation pour subvenir aux besoins de son immense population. En plus d’acheter une grande majorité de la production européenne de pâte à papier, la Chine investit désormais directement dans les arbres, et notamment en France du fait de la qualité de notre bois. Sur les 25% de bois que l’hexagone exporte, l’usine du monde en rachète entre 15 et 17,5%.
En clair, on vend notre bois à la Chine, donc l’on ne peut plus faire assez de papier, donc l’on doit acheter les maigres stocks que l’Asie daigne dans son immense bonté nous revendre
Les fonds de capitaux chinois sont bien plus importants que ceux des scieries et des papeteries, et ils achètent en plus des arbres de qualité moindre. Les propriétaires et exploitants de forêts préfèrent ainsi vendre aux investisseurs chinois, et financer la rénovation de notre patrimoine sylvestre – ou simplement remplir leur porte-monnaie. Les scieries et papeteries françaises ne peuvent dès lors plus honorer les contrats avec leurs clients. Le comble de l’affaire, c’est que 30% du bois acheté en France et transformé en Chine est revendu en France, aux dépens de nos entreprises locales et de l’environnement. En clair, on vend notre bois à la Chine, donc l’on ne peut plus faire assez de papier, donc l’on doit acheter les maigres stocks que l’Asie daigne dans son immense bonté nous revendre. Bien habile la mondialisation.





