Extinction Rebellion, familièrement nommé « XR », est le nom d’une campagne menée en 2018 et 2019 par l’association anglaise activiste Rising Up. Cette dernière avait été créée en 2016 par un groupe de radicaux proches de deux organisations : l’association britannique Earth First, des écolos extrémistes soupçonnés d’attentats dans les années 90, et le mouvement américain « Occupy Wall Street » d’extrême gauche. Extinction Rebellion a produit une synthèse des deux en formulant trois demandes impératives. La première est que les gouvernements du monde entier doivent déclarer l’état d’urgence climatique. La deuxième est que les émissions de carbone de la planète soient nulles d’ici 2025. La troisième concerne la création d’assemblées citoyennes pour « la justice écologique et climatique ». En bref, on arrête l’industrie, la production d’électricité et même les États. Le mouvement considère que tout le monde ne porte pas la même responsabilité dans le réchauffement climatique. C’est pourquoi XR lutte aussi pour mettre fin à la domination des hommes blancs sur le reste du vivant.
Le site français de XR est une mine de renseignements et de méthodes pour organiser une cellule locale, préparer clandestinement des actions, créer des affiches professionnelles
La campagne Extinction Rebellion de 2019 a fait du bruit. Des militants ont déversé du faux sang dans les rues de Londres au moyen d’un vrai camion de pompier. Un autre s’est collé avec de la colle très forte aux grilles de l’entrée de Downing Street. Les cinq ponts principaux de la ville ont été bloqués. Les locaux de Greenpeace et de la BBC ont été occupés. Pendant onze jours, XR a créé du chaos et il a fallu pas moins de 10 000 policiers pour y mettre fin en embarquant des centaines d’activistes, dont c’était le but. XR a pour objectif de faire plier les gouvernements en les mettant en demeure d’arrêter et d’enfermer des centaines de milliers, si ce n’est des millions de gens. Parmi les cofondateurs d’Extinction Rebellion se trouvent des professeurs d’université spécialistes des mouvements non-violents de résistance civique. Issu de l’université, le mouvement a reçu ses premiers soutiens du monde scientifique. Une centaine d’entre eux, essentiellement au Royaume-Uni, ont signé un texte au démarrage d’XR. Parmi les signataires se trouvait un ancien archevêque de Canterbury. Aux États-Unis, ils sont soutenus par le sénateur socialiste Bernie Sanders et une poignée de célébrités activistes d’ultra-gauche.
Pour le moment, XR n’a obtenu que quelques centaines d’arrestations, réparties dans une demi-douzaine de pays. En France, ils ont commencé en 2019. Deux cents militants ont tenté de bloquer des rues de Paris, avant de se faire chasser à coup de lacrymogènes. De temps à autre, comme une poussée de champignons, ils tentent quelque chose, comme la semaine dernière. Il faut reconnaître qu’ils sont organisés. Le site français de XR est une mine de renseignements et de méthodes pour organiser une cellule locale, préparer clandestinement des actions, créer des affiches professionnelles grâce à un outil en ligne, communiquer sans être écouté par les forces de l’ordre, lancer l’action, se faire arrêter sans bobos, passer sa garde à vue sans encombre puis organiser une cellule d’écoute psychologique en cas de stress post-traumatique à la sortie du commissariat. XR apprend même à ses militants comment caler un drapeau sur un vélo, ou fabriquer un cerf-volant. Tout est prévu. S’il prend l’envie à un activiste de droite de créer un mouvement, il trouvera la totalité des savoir-faire en ligne sur le site d’Extinction Rebellion.
Lire aussi : Enquête : Twitter, la nouvelle bataille d’Elon Musk
Même le budget est transparent. Ou presque. En France, l’argent est géré par l’association Alerte Planète, située à Paris. Depuis 2020, elle a reçu 194 000 € de dons. D’après les registres de l’État, elle ne reçoit pas un sou d’argent public. Bon, dans les faits, elle défiscalise 60% des dons. Sur les recettes, l’État a donc contribué à hauteur de 116 000 €. Et puis, dès que L’Incorrect a identifié un membre du mouvement, il était fonctionnaire, comme Laura M., cette professeure de mathématiques à Nantes de 25 ans, qui milite aussi pour L214, l’association qui filme l’intérieur des abattoirs. Elle doit avoir du temps. Pour l’essentiel, les fonds viennent de particuliers et sont collectés avant et pendant les actions. Ponctuellement, Alerte Planète peut recevoir des dons d’artistes, auteurs ou entreprises, auquel cas, les propositions sont étudiées « au cas par cas avant acceptation ». XR n’emploie aucun salarié et assure ne rembourser ni frais de déplacement ni hébergement. On constate toutefois des entorses à ce principe dans les comptes, avec des billets de train régulièrement remboursés. L’essentiel du budget doit financer les actions et surtout les frais de justice des militants arrêtés. Vingt mille euros sont provisionnés en ce sens. La procédure a été bien pensée. Si vous êtes un militant arrêté, mieux vaut ne pas avoir mis votre main dans la figure d’un policier. L’association ne paierait pas pour votre avocat. Idem si vous avez cassé ou dégradé quelque chose. Vous seriez seul.
Cela n’a pas empêché les militants de vandaliser les façades des immeubles et les devantures des magasins de la porte de Saint-Denis au point qu’il faudra des jours pour tout nettoyer.





