Dans notre article du 20 avril, nous relations que l’association qui construit la mosquée strasbourgeoise devait encore trouver 31 millions pour achever les travaux du site, dont 24 pour la mosquée. Nous avions démontré qu’elle ne pourrait terminer sans argent de l’étranger. Depuis des fonds ont afflué via Cologne. Et l’État aussi s’est mis en action.
Début 2021, Gérald Darmanin avait voulu empêcher le financement public de la mosquée Eyyub Sultan et de ses deux minarets de 44 mètres de haut. La raison : elle appartient à une mouvance islamique turcophone, Millî Görüs, qui refuse de placer l’islam sous le contrôle des « valeurs républicaines ». À partir du 15 janvier, le ministre de l’Intérieur mettait en garde Frédéric Bierry, président Les Républicains de la Communauté européenne d’Alsace, qui annula aussitôt la subvention prévue. Le 16 avril, la mairie de Strasbourg rétropédalait à son tour. Elle était la dernière collectivité à prévoir de financer la mosquée. Le trou dans le budget de la mosquée s’élevait alors à 2,5 millions.
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Elle ne se retrouva pas longtemps sans argent public. Car l’État s’est quand même mis à la financer. Vous trouvez dans la liste des donateurs, à hauteur de 50 000 et 60 000 euros, deux primes CEE accordées aux particuliers, entreprises et associations qui procèdent à des travaux d’optimisation thermique, par l’État et les collectivités, via le truchement de l’ADEME. Bravo Gérald Darmanin !
Cela valait le coup de produire tout ce ramdam pour en arriver là.
Et ce n’est pas tout. Le 30 octobre dernier, un article des Dernières Nouvelles d’Alsace a révélé que le chantier, interrompu entre l’été 2019 et décembre 2020, juste avant les pressions de Darmanin, a bien repris malgré l’annulation des subventions publiques. Les deux minarets devraient être terminés d’ici mi-novembre et tout le gros œuvre fin décembre 2021. Puis viendra le second œuvre, qui sera essentiellement porté par des entreprises de franco-turcs basées en Alsace et en France. Ces sociétés ont effectué de nombreux dons pour les travaux.
Il est vrai que, grâce à la publicité offerte par le ministère de l’Intérieur, les dons ont afflué. La mosquée a alors récolté un premier million. Elle en a trouvé un second pendant le ramadan de 2021. Et la campagne en cours a d’ores et déjà permis de lever plus de 600 000 euros. Les Turcs ont comblé le trou creusé par l’annulation des subventions. Sauf que ces 2,5 millions d’euros levés auprès du public sont défiscalisés à 60% car l’association qui porte le projet s’est déclarée d’intérêt général. Quelque chose nous dit qu’ils l’ont fait sans demander son avis à l’administration fiscale. Au total, l’État en est donc de sa poche pour 1,61 million. Allo Gérald ? Pourquoi tu tousses ?
Moralité, avec une subvention de l’État et de l’argent de la Turquie ayant transité par Cologne, la mosquée de Strasbourg avance hors du contrôle du fisc
Au moins, promis-juré, cet argent vient de France. Il n’y aurait rien en provenance de Turquie ou du Golfe. D’ailleurs, il n’y a que de l’argent français dans la liste des donateurs. Alors, quel est le truc pour finir le projet ? Car il lui manque plus de 25 millions.
Fastoche. La mosquée ne compte pas les dons en numéraire – le liquide, et encore moins les dons de l’étranger. Car il y a bien des financements qui arrivent d’ailleurs, de Cologne pour être précis, siège mondial de la confédération Millî Görüs. L’article des DNA reprend les explications d’un fidèle de la mosquée : « Au vu de la polémique, les dirigeants de Millî Görüs prêtent une attention particulière au projet strasbourgeois ». On peut le dire.
Et l’argent envoyé par Cologne, d’où vient-il lui ? D’après les journaux allemands, le siège mondial de Millî Görüs est pratiquement contrôlé par l’AKP – le parti du président turc, Diyanet – l’administration turque des affaires religieuses, et plus généralement le gouvernement turc. Et personne ne s’aventurerait à imaginer que la Turquie ne finance pas son principal bras armé religieux en Europe. Deux maires de l’AKP, dont un ancien ministre d’Erdogan, sont déjà venus sur le chantier. Comme le dit notre consœur des DNA, ce n’était « peut-être pas pour seul but de parler décoration ».
Moralité, avec une subvention de l’État et de l’argent de la Turquie ayant transité par Cologne, la mosquée de Strasbourg avance hors du contrôle du fisc, qui regarde ailleurs.





