Skip to content

Enquête : le diocèse de Dijon sans-le-sou

Par

Publié le

23 juin 2021

Partage

Récemment secoué par une polémique, le diocèse de Dijon est dans une bien mauvaise posture financière : ses fidèles vieillissent, de sorte que dons et legs risquent de dangereusement décroître dans un avenir proche. Enquête.
Dijon

Monseigneur Roland Minnerath est l’archevêque de Dijon. Il a décidé de virer la Fraternité Saint-Pierre de son diocèse. Face à la fronde, il s’est fendu le 17 juin d’un communiqué, dans lequel il ment effrontément. Il invoque un cahier des charges qui n’a jamais existé. Il s’étonne de la présence de deux prêtres au lieu d’un, alors qu’il les a tous rencontrés et acceptés par écrit. Il s’offusque du refus de la Fraternité de concélébrer les messes, quand il sait que c’est l’une de ses marques de fabrique, et que le code de droit canonique leur en laisse le droit. Bref, il faut prier pour lui. Mais pas que. Il faut aussi prier pour son diocèse, qui s’enrichit pendant qu’il agonise.

Car l’association diocésaine se meurt, littéralement. L’âge moyen des donateurs ne cesse de s’élever. En 2021, il atteint désormais 76 ans. Leur nombre décroît. Il est passé de 14 200 personnes en 2013 à 12 916 en 2015, soit une baisse de 10%. Et ainsi de suite. En avril 2021, l’économe relevait qu’il avait encore baissé de 3,4% par rapport à 2020, sans en donner le nombre. On peut donc tabler sur une diminution du nombre de donateurs de 20 à 30% depuis 2013. Or, le diocèse s’étend sur l’équivalent de la région Bourgogne, dont la population n’a pas baissé depuis 2010. Les donateurs sont un instrument de mesure des conversions. Avec une telle baisse, l’archevêque, successeur des apôtres, nommé depuis 2004, a lourdement échoué. Cela n’a pas l’air de l’émouvoir. À la place, il préfère gérer la décroissance. C’est sans histoire et on peut dormir sur ses deux oreilles.

Lire aussi : Enquête : l’Église en banqueroute ?

Car le diocèse s’enrichit. Pour être précis, il ne s’appauvrit pas encore. Monseigneur Minnerath n’est pas docteur en sciences de gestion pour rien. L’Incorrect a parcouru les comptes de l’association diocésaine de Dijon depuis 2009. Ils sont déposés au Journal officiel. Le diocèse est une organisation qui emploie 175 personnes, réparties entre 135 prêtres et 40 salariés. En 2019, les produits d’exploitation se sont élevés à 7 281 044 euros, soit 41 065 euros par « employé ». Le diocèse n’est pas une entreprise et n’a pas de vocation lucrative, mais tout de même, ce ratio est excessivement bas. La moyenne française des entreprises de services à la personne tourne autour de 185 000 euros de revenu par employé. Cela explique que l’archevêché soit structurellement déficitaire.

Depuis 2009, sur les onze derniers exercices, seuls trois ont affiché un excédent d’exploitation et la somme des pertes s’élève à -5,69 millions. Heureusement pour l’évêché, il a un matelas. En 2019, le diocèse affichait un portefeuille de placements de 23 millions d’euros. Si besoin, il pouvait aussi taper dans ses réserves, qui se montaient à 11,19 millions. Et puis il détenait pour près de 30 millions de biens immobiliers. Dans ce domaine, l’archevêque s’est bien débrouillé car la croissance de ses actifs depuis 2009 est d’environ 30%, malgré des crises financières majeures. Sur le papier, avec un bilan qui a crû, le diocèse s’est enrichi.

Les moins de 60 ans représentent moins de 10% des donateurs. La fête des dons et legs va bientôt finir. Il faudra taper dans les réserves. Ou se remettre sérieusement en question pour relancer les dons par la croissance du nombre de fidèles

Sauf que les produits financiers générés par les placements ne suffisent pas à équilibrer les comptes. En 2019, la perte était encore de -136 934 euros. La dernière fois que cela a suffi, c’était en 2010. Cela fait onze ans qu’il faut trouver une solution, toujours la même. Puisque les donateurs sont âgés, ils lèguent leurs biens au diocèse qui s’en débarrasse aussitôt, ou ils sortent le carnet de chèques pour des dons hors denier. Le 31 décembre 2019, il manquait 141 600 euros pour boucler le budget et l’archevêque a lancé un appel. En 2017, 2018 et 2019, ces produits exceptionnels ont représenté 1,372 millions, 1,47 millions et 1,6 millions d’euros.

Donc tout va bien ? Pas vraiment. D’abord il en faut de plus en plus. Et surtout l’âge moyen des donateurs de Dijon est de quatre ans plus jeune que l’espérance de vie en France. Et les moins de 60 ans représentent moins de 10% des donateurs. La fête des dons et legs va bientôt finir. Il faudra taper dans les réserves. Ou se remettre sérieusement en question pour relancer les dons par la croissance du nombre de fidèles.

Alors la Fraternité Saint-Pierre, qui attire les jeunes, les convertit et les détourne du modèle de la décroissance, ça agace. Pour noyer le chien, on l’accuse de la rage.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest