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Enquête : l’Église en banqueroute ?

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Publié le

10 juin 2021

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Contrairement aux congrégations ou aux mouvements qui peuvent compter sur les fortunes accumulées ou les dons des fidèles, les diocèses accroissent leur déficit. Enquête.
Enquête

Les congrégations s’en sortent plutôt bien. La France dénombre quatre cents institutions religieuses et 269 monastères. L’ensemble contient 30 000 personnes, dont 4 100 moines et moniales et 26 000 religieux apostoliques, qui vivent en communauté mais sont insérés dans la société avec un métier. Ces congrégations sont parfois très anciennes et remontent pour certaines au XIe siècle. Mais elles vieillissent. Ne dépensant pas grand-chose, elles sont assises sur un magot accumulé avec le temps. Les banques privées se battent pour les gérer. Leurs revenus financiers servent à gérer leur extinction progressive, la retraite et les soins de leurs membres les plus âgés. 

Si besoin, elles peuvent compter sur la Fondation des monastères pour les conseiller sur la meilleure façon avec laquelle « la société-mère peut percevoir les dividendes de ses filiales ». Toutefois les congrégations les plus récentes, qui ne disposent pas encore d’une fortune suffisante, ont besoin de soutien. Pour cela la Fondation dispose d’un budget de 15 à 20 millions. Les monastères et institutions religieuses ne communiquent pas sur leurs moyens. Des sources bancaires ont mentionné à L’Incorrect des capitaux s’élevant à « plusieurs dizaines de millions d’euros » pour certains. De quoi faire vivre quelques dizaines de sœurs et entretenir un portefeuille de bâtiments qui fond à mesure que les besoins diminuent. 

Fin 2019, il manquait 500 000 € à l’évêché de Troyes pour boucler son année. Le diocèse n’avait plus de réserve et s’est résolu à brader encore des biens de son patrimoine immobilier

Après les congrégations, place aux mouvements. L’Opus Dei est assez pauvre en France avec un budget de l’ordre de 600 000 € annuels, qui lui sert à gérer ses aumôneries. La communauté de l’Emmanuel dispose de plus gros moyens. Son budget 2020 s’est élevé à 16,16 millions d’euros, l’équivalent d’un gros diocèse. Grâce à un accord avec les évêques, l’Emmanuel tape dans la dîme pour près de 3,1 millions. Cela représente moins de 20 % de son budget. L’essentiel de ses revenus provient de dons. La Communauté Saint-Martin dispose d’un budget d’1,7 millions par an mais elle a monté un fonds de partage, Proclero, dont les actifs s’élevaient au 11 mai à 64,5 millions d’euros. 

Le président du fonds est un abbé qui vise 100 millions d’actifs sous gestion. La société de gestion prend 1 % par an et verse « une quote-part significative » à la communauté. Du côté des traditionalistes, la Fraternité Saint-Pierre, l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, les Missionnaires de la Miséricorde divine, la Fraternité Saint-Tomas Becket, l’Institut du Bon Pasteur et surtout la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X se débrouillent bien. Saint-Pie X dispose d’un budget d’une quinzaine de millions. Alors que 80 à 95 % de leurs revenus sont imprédictibles, tous parviennent à lever des emprunts bancaires qui s’élèvent parfois à plusieurs millions.

Lire aussi : Catholiques, enfin minoritaires !

Les finances ne sont vraiment dramatiques que pour les diocèses. Les évêques affichaient un budget global de 636 millions d’euros en 2016. 40 % provenaient de la dîme et 44 % des quêtes de messe, offrandes et autres casuels (rétribution des mariages, baptêmes, funérailles, etc.). Les 15 % restants arrivaient de dons ou legs. Mais 90 % des évêchés sont structurellement déficitaires. Quand il y a besoin de ressources supplémentaires et que les réserves ne sont plus suffisantes, ils vendent un bien immobilier de leur parc, qui n’est pas extensible à l’infini. En juin 2011, la conférence des évêques estimait la somme des revenus locatifs à 25 millions d’euros, ce qui représentait 3 % de ses ressources de l’époque. Dans le même document, la conférence informait que les diocèses métropolitains disposaient en moyenne de 17 millions d’euros de réserves. Or il y a 93 diocèses. Donc le total des réserves s’élevait à 1,5 milliard. Dix ans plus tard, ce montant aurait dû avoir doublé. Or les évêques ont très mal géré leurs biens. Ils n’ont pas anticipé « la falaise des dons » : 80 % de la génération qui avait 80 ans en 2011 léguaient des biens à l’Église. Mais seul 1 % de la génération qui avait 70 ans donnait. Les legs ont tari. 

En parallèle le nombre de foyers donateurs de la dîme a diminué de 25 % depuis 2011. Les évêques ont commencé par taper dans les réserves. Après trois ou quatre ans, elles se sont épuisées. Fin 2019, il manquait 500 000 € à l’évêché de Troyes pour boucler son année. Le diocèse n’avait plus de réserve et s’est résolu à brader encore des biens de son patrimoine immobilier. Idem à Avignon, dont le déficit annuel s’élève à plus d’un million, où les réserves sont à sec et les legs n’arrivent plus. Or ce n’était pas une fatalité. À Toulon, où l’évêque est un ancien inspecteur des impôts, le patrimoine et les ressources de l’évêché ont crû. En 2020, le confinement a frappé l’Église, à qui il a manqué 50 millions. Des diocèses se dirigent tout droit vers la banqueroute.

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