En décembre 2020, l’universitaire américano-afghan Hanif Sufizada publiait un article sur le budget 2019-2020 des Talibans. Il représente 1,6 milliards de dollars. 20% de ce montant, dans les 416 millions, proviennent d’une taxe de 10% sur l’opium, dont le pays héberge 84% de la production mondiale. Un autre 20% est issu des mines illégales d’or, de cuivre, de fer, de marbre, de zinc et autres terres rares excavées des montagnes. Ensuite viennent l’extorsion et autres taxes sur les territoires contrôlés par les étudiants islamiques. Leurs montants ne sont pas neutres : 10% sont appliqués à la valeur des récoltes, et 2,5% à la richesse. Ce sous-ensemble compte environ 160 millions de dollars, soit 10% du budget total.
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Pour la petite histoire, les Talibans ont taxé des infrastructures financées par l’Occident, ainsi que les chauffeurs des camions d’approvisionnement des forces internationales. Ils ont même facturés des services du gouvernement. En 2018, le patron du fournisseur public d’électricité indiquait à la BBC que les Talibans engrangent environ 2 millions de dollars grâce à leur facture sur l’électricité gouvernementale gratuite. Il reste encore les ventes d’armement saisis lors des raids sur des postes de l’armée régulière. Par ailleurs les Talibans reçoivent des dons, essentiellement du Golfe et du Pakistan. Ces envois représentent entre 240 et 500 millions de dollars. Ce n’est pas tout. Les Talibans exportent des pièces détachées, des minerais pillés, ainsi que des graines de coquelicot (plante cousine du pavot), le tout pour 240 millions. Enfin, le groupe loue des biens immobiliers, notamment au Pakistan. Il y en a pour 60 millions annuels. Désormais les étudiants islamiques ont pris la tête d’un pays dont le dernier budget, voté en février 2021, s’élève à 6 milliards de dollars. Ils ont annoncé qu’ils vont de nouveau mettre fin au trafic d’opium et qu’ils souhaitent collaborer avec le reste du monde. Ils y ont intérêt.
D’après le dernier communiqué de la banque centrale de Kaboul, les réserves financières de l’Afghanistan se montent à environ 10 milliards de dollars. Elles sont à l’étranger et les Talibans ne peuvent accéder qu’à 0,2% du total. La réserve fédérale américaine de New York détient à elle seule pour 1,3 milliards de lingots d’or. Les Afghans détiennent également pour 6,1 milliards de bons du trésor américain. Ces investissements ont été réalisés via la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) ou la réserve fédérale US, et ils sont tous détenus physiquement à New York. Les Talibans ont accès directement à ce qu’ils ont trouvé dans les coffres de la banque centrale et du palais présidentiel de Kaboul. Il s’agit de 362 millions de dollars en billets, de 160 millions en lingots d’or dans le palais présidentiel, et d’un trésor vieux de 2 000 ans. En 2003, quand les Américains sont entrés dans la banque centrale de Kaboul, ils y ont trouvé un coffre-fort secret. A l’intérieur, plus de 20 600 joyaux en or. Il s’agit du trésor des rois de Bactriane sorti de terre en 1978 par les Soviétiques. Il faut sept clés pour ouvrir le coffre. Entre 1996 et 2001, les Talibans n’y étaient pas parvenus.
Mettons que les Talibans taxent les ventes à hauteur de 1%, ils prendront 980 millions. Deux fois ce que l’opium leur rapporte. Cela mérite de leur laisser du matériel militaire pour protéger le gazoduc
Les Talibans ont annoncé qu’ils vont mettre fin au trafic d’opium. Ce fut presque le cas pendant leur premier gouvernement du pays. Heureusement pour eux, Joe Biden a pensé à tout. Il leur a laissé des milliards de dollars en équipement militaire. Les États-Unis ont rembarqué les matériels les plus sensibles, et ont laissé ce qu’ils avaient donné à l’armée régulière locale. Après 10 ans de dons, il y en a pour 83 milliards de dollars. Mettons qu’un tiers fonctionne encore, la valeur à la revente représente plus de 25 milliards. Ce n’est pas pour rien.
Les États-Unis vont construire 1 800 km de gazoduc entre le Turkménistan et l’Inde. Il passera par l’Afghanistan et le Pakistan. De quoi faire la nique à l’Iran, Moscou et la Chine, et donner à Islamabad un levier sur New Delhi car le gaz dont l’Inde a besoin passera chez les Pakistanais. Ce gazoduc transportera 33 000 milliards de m3 de gaz pendant trente ans. Mettons 1 100 milliards de mètres cube par an. Avec un cours moyen de 2,5 $ par million de BTU (l’unité de mesure du gaz sur les marchés mondiaux, équivalente à 0,04 m3), le chiffre d’affaire généré par le gazoduc sera supérieur à 98 milliards de dollars par an. Mettons que les Talibans taxent les ventes à hauteur de 1%, ils prendront 980 millions. Deux fois ce que l’opium leur rapporte. Cela mérite de leur laisser du matériel militaire pour protéger le gazoduc d’éventuelles tentatives de destruction par des groupes téléguidés par les Russes ou les Iraniens.





