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Enquête : Quand les ONG font main-basse sur les océans

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Publié le

17 mai 2021

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Derrière son lobbying d’apparence écologiste, l’ONG Pew Charitable Trusts promeut les intérêts géopolitiques américains en contraignant les autres puissances. L’exemple de l’océan Pacifique est un cas d’école. Enquête.
Pew charitable trusts

Connaissez-vous Claire Nouvian et son association Bloom ? Cette dame a reçu 150 000 dollars en 2012 du Pew Charitable Trusts au nom de la préservation des océans. Grâce à cette somme, la militante a été priée « d’examiner la relation entre le financement public de la pêche en France et les pratiques de pêche non-durables ». Nous estimons qu’avec cette somme, Pew a financé un lobbyiste junior à temps plein pendant deux à trois ans chez Bloom, pour desservir les intérêts de la pêche défendus par la France à Bruxelles.

Si les États-Unis voulaient gêner les Brésiliens, les Indiens, les Chinois et les Français, ils ne s’y prendraient pas autrement

Ce Pew est une ONG américaine, pour changer. Elle se définit comme non-partisane, anti-bureaucratique et pro-américaine. Sa fortune dépasse 6 milliards de dollars, et elle dépense 380 millions par an. Son trésor vient de la famille fondatrice du même nom, magnat du pétrole dans les années 40. En 2002, le trust a pris le statut d’ONG, ce qui lui a permis de recevoir des dons et de mettre en œuvre des actions de lobbying. En 2019, Pew a déclaré 1,5 millions de dollars de dépenses internes en lobbying. Il faut ajouter 11 millions de dons à des organisations, gouvernements ou particuliers étrangers, mais aussi 3,4 millions à de la sous-traitance. Au total, elle a dépensé 15,9 millions en lobbying, ce qui est beaucoup dans ce domaine, où les montants sont généralement trois à dix fois plus modestes. C’est que Pew veut contrôler les océans.

En 2003, Pew a demandé à Leon Panetta, ancien secrétaire général de la Maison Blanche sous Bill Clinton, de présider la commission Pew sur les océans. La seule autre commission qui existait était celle du Congrès américain, présidée par le chef d’état-major de la marine. Les deux ont été fusionnées en 2005 par Georges Bush pour créer la Joint Ocean Commission Initiative, coprésidée par Panetta et le marin. Vous ne rêvez pas : l’État américain a fusionné l’un de ses bras avec une ONG.

© Capture d’écran

En 2006, Pew a lancé son programme « Héritage mondial des océans », dont l’objectif est de réaliser des aires marines protégées à grande échelle. Treize zones sont définies, et les États-Unis se proposent d’aider les pays concernés à y limiter les activités humaines. Les parcs sont placés à des points stratégiques des océans. En clair, si les États-Unis voulaient gêner les Brésiliens, les Indiens, les Chinois et les Français, ils ne s’y prendraient pas autrement.

Regardez-les sur la carte. Les Île Chagos sont l’autre nom de l’énorme base américaine de Diego Garcia, la plus importante de tout l’océan Indien, qui sert de contrepoids à la marine indienne. Les Palaos sont le point d’entrée de la mer de Corail, délivrés des Japonais par les Américains en 1944. Le sanctuaire de la fosse des Mariannes se situe entre les emplacements des batailles d’Iwo Jima et de Guam, zone qui commande l’entrée du Pacifique. La mer de Corail est l’endroit par lequel les Japonais ont attaqué l’Australie. Nouvelle-Calédonie et Kermadec : maintenant vous savez qui les États-Unis envisagent de protéger dans le Pacifique Ouest lors de la prochaine guerre navale. Papahanaumokuakea (comme ça se prononce) est plus connu sous le nom de Midway, la plus grande bataille navale entre les Américains et le Japon. Îles éloignées du Pacifique : il s’agit de l’atoll Johnston, un site d’essais nucléaires dans les années 60 puis de stockage d’armes chimiques. Tout aurait été démantelé en 2003. La Polynésie française, Pitcairn et île de Pâques forment les verrous du Pacifique Sud. Enfin, les îles Sandwich du Sud et Tristan da Cunha ferment l’Atlantique Sud. L’écologie est bien pratique parfois.

Lire aussi : Enquête : Ce que pèse la prison en France

D’ailleurs, Leon Panetta a quitté Pew en 2009 après avoir été nommé directeur de la CIA par Obama. En 2011, il est devenu ministre de la Défense du même président. La collusion de Pew avec les intérêts géostratégiques américains est tellement énorme que c’en est à peine croyable. N’ayant peur de rien, Pew a carrément lancé en 2015 un plan de surveillance des réserves marines appelé « Les yeux de la mer ». En utilisant la surveillance satellite et les balises installées sur les navires, le programme permet de surveiller la mer 24h/24. Même chez les autres. Et ce sont les donateurs de l’ONG qui financent. Elle est pas belle, la vie ?

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