Dans un entretien accordé à L’Express le 19 novembre, l’ancienne secrétaire d’État de Nicolas Sarkozy, Mame Ramatoulaye Yade, dite Rama Yade, âgée de 48 ans, a expliqué vivre une « micro-agression » lorsqu’elle passait devant la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale. Cette déclaration était sans doute une commande.
Vous connaissez le président Kennedy. C’était un démocrate. En 1961, il se demandait comment faire pour que les États-Unis conservent, dans le contexte post Deuxième Guerre mondiale, la direction du monde libre. Il faut dire que Khrouchtchev avait marqué des points en déstalinisant l’URSS. Et les Soviétiques avaient placé un satellite sur orbite avant les Yankees. Le Président s’est tourné vers son nouveau ministre des Affaires étrangères, Dean Rusk, et lui a ordonné de trouver des idées. En bon politique, ce dernier n’en avait pas. Alors, le 24 juillet 1961, il a réuni au Département d’État quinze pointures démocrates et atlantistes, c’est-à-dire soucieuses que l’Europe reste sous domination américaine.
Le conseil s’intéresse aussi à la France, car c’est « un pays clé à surveiller pour l’avenir du projet européen alors qu’elle poursuit une vision pour une Union européenne plus intégrée et plus cohésive »
Dean Rusk a monté sa réunion comme seuls les Américains et les Anglais osent le faire, c’est-à-dire qu’il y avait autour de la table des politiques, des fonctionnaires, des banquiers et des hommes d’affaires, tous conscients qu’ils n’étaient que les doigts d’une seule main. Ils inventèrent l’Atlantic Council. Le Conseil est conçu comme une structure qui permettait aux politiques européens de rencontrer leurs homologues américains dans le cadre de conférences et autres tables rondes, et de réagir à des papiers émettant des idées. Vue sous un autre angle, la structure, dirigée par les progressistes américains, se permettait de questionner n’importe quel sujet d’un pays européen et de provoquer chez eux une réaction, même inconsciente. Il s’agit bien d’un outil d’influence au service des démocrates de l’Oncle Sam, dont il faut parler au présent car le conseil existe toujours.
Soixante ans plus tard, son budget représente 26 millions de dollars. C’est coquet. Son président, un ancien secrétaire d’État de Georges W. Bush, adversaire républicain de Trump, est le numéro trois de Goldman Sachs. Son directeur général est un ancien journaliste du New York Times, de gauche donc. La directrice générale adjointe est une ancienne des équipes de Bill Clinton, Al Gore et Barack Obama. Avec l’élargissement des enjeux de l’OTAN, l’Atlantic Council s’est adapté. L’Europe n’est plus le seul sujet. L’Eurasie, la Chine et l’Afrique ont chacun leur pôle. Et le conseil s’intéresse aussi à la France, car c’est « un pays clé à surveiller pour l’avenir du projet européen alors qu’elle poursuit une vision pour une Union européenne plus intégrée et plus cohésive ». Textuellement. Pour eux, les Français sont une brique essentielle pour bâtir une Europe déconstruite et peuplée de migrants, car alors elle sera faible et totalement à la solde de Washington.
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Au sein du conseil, Rama Yade dirige le pôle Afrique. Son vrai job est d’y faciliter l’entrisme des thèses de la gauche américaine. Sa déclaration sur Colbert est à comprendre dans ce cadre.
Au titre de la loi américaine, l’Atlantic Council remplit une déclaration fiscale très détaillée et publique, qui contient les salaires de ses dirigeants. Rama Yade étant arrivée en mars 2021, nous saurons en 2022 combien elle est payée pour trahir son pays. Nous savons d’ores et déjà que, parmi les autres directeurs de pôles, le mieux payé a reçu 230 315 dollars en 2020, et le moins bien 206 441 dollars.
Il y a des déchéances de nationalité qui se perdent.





