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Florian Michel et Yann Raison du Cleuziou : la France, la droite et le christianisme

Ce livre manquait à la France : l’histoire du catholicisme de droite depuis la dernière guerre n’avait jamais été étudiée systématiquement, ce qui constituait une incongruité lorsqu’on sait que le cœur du catholique français moyen a toujours penché de ce côté. Réunissant une vingtaine de spécialistes, les universitaires Florian Michel et Yann Raison ont relevé le défi avec brio : de la Libération à la Manif pour tous, cette somme retrace une histoire tourmentée, glorieuse et divisée. À compulser absolument.

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© Emmanuelle Marchadour – Le Seuil

Depuis sa publication le 21 octobre, quelle a été la réception du volume ? 

Florian Michel : Les premiers articles ont suscité un bel enthousiasme autour du livre. J’observe cependant deux bémols aux extrémités de la gamme. On nous a reproché de ne pas traiter avec toute l’ampleur nécessaire les belles contrées de « Tradiland ». En symétrique inversée, une radio bien en vue a porté la voix de la génération des cathos-de-gauche de 70 ans (et plus) : oser critiquer les maîtres René Rémond et Émile Poulat serait un crime de lèse-majesté ; souligner le fait majoritaire droitier parmi les catholiques serait une faute tactique, etc. Il y a dans ces remarques quelques traces de narcissisme. Notre volume n’est pas un acte de militance. Le projet n’était pas de faire un « agrandi » sur quelques têtes d’épingle ; mais de proposer une large fresque sur 80 ans d’histoire de France. 

Ce livre n’existait pas : comment expliquer cette lacune dans l’histoire des idées ? 

FM : Un ensemble d’éléments expliquent la parution de notre travail au Seuil, en 2022. Le contexte politique récent en est un : après les épisodes LMPT, Fillon, Marion Maréchal, Zemmour, l’objet politique des « droites catholiques » (le pluriel est crucial) ne peut plus guère être caché sous le tapis. Cet objet interroge et pose en retour, sur les décennies antérieures, une série de nouvelles questions : quid de la continuité/discontinuité de l’histoire de ces droites ? 

« En France, les citoyens catholiques votent tout au long du XXe siècle très majoritairement pour des partis de droite »


Florian Michel

Il y a également, je crois, un effet générationnel : on mesure mieux aujourd’hui à la fois les grandeurs et les biais des maîtres passés de la sociologie politique. René Rémond, que j’aime beaucoup par ailleurs, refusait ainsi de traiter à fond la question des droites catholiques pour l’après-1945. Il n’ignore certes pas le sujet, mais il ne le traite pas, sauf comme il le dit en « profil perdu ». Les raisons de son choix sont multiples : pas de politique dans la maison du bon Dieu, puisque l’Église doit éviter de diviser le troupeau ; positionnement mendésiste de l’auteur, au moment où il écrit La Droite en France (1954) ; intime conviction chez Rémond que la « droite catholique » représente le passé, que les catholiques passent doucement à gauche, que la droite se sécularise, etc. Tout n’est pas du reste faux dans le modèle de René Rémond – bien sûr – mais cela explique pourquoi il n’existait pas de synthèse.

Y a-t-il une situation particulière à la France ? 

FM : En France, les citoyens catholiques votent tout au long du XXe siècle très majoritairement pour des partis de droite (entre 60 % et 75 % selon le contexte électoral). La comparaison avec les pays étrangers aide à comprendre la singularité française. La Révolution a eu un impact majeur. Le binôme si français « tradition républicaine anticléricale » / « tradition catholique contre-révolutionnaire » structure l’histoire de France quasiment de la Révolution jusqu’à 1945. En Allemagne, en Belgique, en Italie, en sens contraire, il existe ou a existé des partis dits de « démocratie chrétienne », qui ont concentré le vote catholique. 

Lire aussi : Pédophilie dans l’Église : sortons les poubelles

Aux États-Unis, de nos jours, le vote catholique se divise à parts presque égales entre les Républicains et les Démocrates, alors que jusqu’au seuil des années 1980 le vote catholique était plutôt acquis au Parti démocrate. Aujourd’hui, aux États-Unis, la plupart des immigrés sont catholiques – des Philippines, d’Amérique centrale ou d’Amérique du Sud – et alimentent la base populaire du Parti démocrate. En France, les immigrés sont pour la majorité de culture musulmane et s’intègrent dans les gauches. L’histoire, dans la longue durée, et la sociologie migratoire expliquent – entre autres – cette singularité française. [...]

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