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Entretien – Zakhar Prilepine : le guerrier du Donbass

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Publié le

1 mars 2018

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Il est l’Hemingway du XXIe siècle. Chef de file des jeunes « enragés » de la littérature russe, Zakhar Prilepine a ressorti son fusil lorsque l’Ukraine du Maïdan est arrivée aux portes du Donbass. De cette expérience, il a tiré un fabuleux témoignage : Ceux du Donbass, sorti le mois dernier aux Éditions des Syrtes.

 

Machiavel disait qu’une guerre est juste quand elle est nécessaire. En quoi cette guerre est-elle nécessaire ?

Je ne pense pas qu’elle ait jamais été nécessaire. À bien des égards toutefois, cette guerre était inévitable. Je suis allé à Kiev trois ans avant le début des événements et tout le monde y pressentait une guerre entre deux moitiés du pays qui ne se comprennent pas l’une l’autre. Je connais les gens du Donbass et je les perçois comme des parents. Et lorsque des parents sont tués, on ne peut pas se limiter à écrire sur le sujet ou convoyer de l’aide humanitaire. J’ai été militaire dans le passé ; j’ai donc pris la décision de me battre à leurs côtés.

 

Ce qui traverse tout votre livre, c’est l’embarras de l’intelligentsia russe devant la question du Donbass. D’où viennent les réticences de vos élites à soutenir la cause des insurgés ?

Il y a plusieurs raisons à cela. L’une d’entre elles est qu’à un certain point, l’Occident s’est habitué à accueillir une intelligentsia n’apportant que de mauvaises nouvelles de Russie. Ceux qui en viennent doivent apporter dans leurs valises de la repentance. Et l’auto-flagellation est une drogue dure qui les tient : dans tout conflit qui se produit sur le territoire de l’ex-URSS, invariablement ils défendent coûte que coûte la cause des ennemis de la Russie. Ils savent parfaitement bien qu’en Crimée et dans le Donbass, 90 % de la population veut vivre dans la matrice russe, mais du point de vue de nos « intellectuels » libéraux, ces 90 % ne sont que des brutes épaisses tournant le dos à l’avenir radieux et progressiste de l’Ukraine. Pas question, dès lors, de tenir compte de l’opinion de ces citoyens-zombies. C’est le déni des principes de base de la démocratie qui m’étonne le plus de la part de nos « élites éclairées ».

L’Occident s’est habitué à accueillir une intelligentsia n’apportant que de mauvaises nouvelles de Russie  Zakhar Prilepine 

Vous opposez constamment dans votre livre des ouvriers imprégnés de valeurs aristocratiques à des bourgeois « pro-Maïdan qui affectionnent une grandiloquence vulgaire ». Peut-on y voir une illustration de la notion orwellienne de « décence commune » ?

C’est précisément cela

 

Lire aussi : Les peintres russes non-conformistes, de somptueux déviants

 

Le Donbass représente-t-il l’ébauche d’un nouveau front révolutionnaire ?

C’est un paradoxe. Alors que l’« élite culturelle » progressiste perçoit les insurgés du Donbass comme un troupeau de mineurs sales, de paysans et de bandits sortant de leur fange, les personnages de mon livre prouvent qu’il y a aussi un grand nombre de personnes éduquées, en sécurité, ayant de bonnes perspectives de carrière, qui ont troqué leur « intérêt » de classe contre un choix existentiel. Ils ont considéré le concept proposé par le Maïdan de Kiev irrespectueux envers eux, niant leur être et leur vision du monde en tant qu’hommes russes.

 

L’image de la Russie en France est toujours plus négative. La nouvelle génération d’écrivains russes se sent-elle la responsabilité de corriger cela ?

Oui, je comprends cette responsabilité. Je viens en France et j’essaie de convaincre chaque Français qui participe à mes réunions ou qui lit mon livre. C’est un travail de fourmi qui ne peut pas se mesurer à la puissance de frappe des mass media. Mais il y a des notions telles que la vérité, la justice, Dieu. Et à la fin, elles gagneront. Au cours des deux dernières années, plusieurs dizaines de Français sont déjà venus me dire : « Nous comprenons ce dont vous parlez. Nous savons que c’est ainsi. » Ceux qui veulent vraiment comprendre ce qui se passe là-bas cherchent les informations et les trouvent.

 

 

CEUX DU DONBASS

Zakhar Prilepine

 Éditions des Syrtes

336 p. – 22 €

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