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Assassinats politiques, enlèvements, mutilations, et attentats: ce sont les méthodes auxquelles certains groupes armés communistes, maoïstes et anarchistes eurent recours à partir de 1945, participant d’une logique révolutionnaire dans une Europe assombrie par les années de plomb.
Les utopies gauchistes de la fin des années soixante voulaient l’abolition des oppositions de classe, travail manuel contre travail intellectuel, dominants contre dominés, patrons contre salariés, bureaucratie contre citoyens. Les subversions estudiantines provoquées lors de mai 68, entre autres, par des maoïstes, entendaient réveiller un peuple d’ouvriers et de cadres aliénés par une société du spectacle où « tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans sa représentation ».
L’objectif était précis: que de la révolte estudiantine naisse une révolte générale des ouvriers contre un système économique coupable de les endormir par le travail à la chaîne, contre le régime de consommation de masse et contre le spectacle médiatique. Il s’agissait à tout prix de changer les mentalités des classes populaires, supposément chauvines et phallocrates. En d’autres termes, il fallait empêcher l’embourgeoisement provoqué par les Trente Glorieuses.
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Mais l’ivresse de la révolte prit fin rapidement, et les ouvriers retournèrent à l’usine avec de plus hauts salaires et de plus longues vacances. Échec cuisant: la flamme révolutionnaire qui animait les jeunes idéalistes n’avait su gagner le cœur des masses prolétariennes. Les partis de gauche, au même moment, pactisaient avec le « diable », participant du formalisme bourgeois de la démocratie représentative. En 1959, le SPD allemand renonce au marxisme au Congrès de Bad-Godesberg et participe à une alliance gouvernementale avec la droite de 1966 à 1969. En Italie, c’est le PCI qui est tenté par un « compromis historique » avec les représentants de la « démocratie chrétienne » supposée conduire les réformes sociales. Devant la déception de voir d’anciens camarades, qui avaient cru en un monde nouveau sombrer dans l’hédonisme et le confort bourgeois, il fallait réagir, trouver le moyen de réveiller le peuple.
Ambiance guerre civile
L’insurrection prolétarienne est alors déclenchée grâce à la « propagande armée ». C’est en recréant l’atmosphère anxiogène et radicale de la guerre civile italienne (1943-1945, quand fascistes et communistes se traquaient mutuellement) que les gauchistes espérant provoquer les ripostes armées nationalistes et surtout, la spirale de la répression étatique. L’État apparaîtrait ainsi comme le bras armé d’une domination occulte, celle des grandes entreprises mondiales, du grand capital et des marchés financiers.
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L’Italie et l’Allemagne connurent les vagues de terreur les plus violentes en Europe. Ces pays humiliés par la défaite de 1945, unifiés depuis peu, étaient en proie à de nombreux clivages religieux, sociaux et linguistiques. La démocratie libérale n’était alors pas encore tout à fait installée, constituant ainsi un terreau fertile à la radicalité politique. L’ennemi est double : le grand capital et l’État. Ce vocabulaire typique des « appelistes », encore aujourd’hui, aura donc entraîné des groupes d’extrême gauche à passer à l’acte. En Allemagne, la bande à Baader (ou Fraction Armée Rouge) et en Italie les Brigades Rouges, enlevèrent et assassinèrent des hommes qui incarnaient le pouvoir de la superstructure : Jürgen Ponto, directeur de la Dresdner Bank, Hans Martin Schleyer, chef du syndicat patronal ou encore Aldo Moro, dont le cadavre fut retrouvé criblé de balles cinquante-cinq jours après son rapt lorsqu’il tentait un « compris historique » avec le PCI afin d’en faire un parti de gouvernement.
Contre l’Etat, contre le capital
En 1974, Pier Paolo Pasolini publiera un texte devenu mythique : « Cos’è questo golpe » (Qu’est-ce que ce coup d’État) dans lequel il dénonce les supposés coupables de cette vague de violence, communistes, fascistes et américains (qui auraient profité de la situation pour déstabiliser l’Italie). « Je sais les noms de ceux qui ont organisé les deux phases différentes, et même opposées, de la Tension : une première phase anticommuniste (Milan, 1969) et une seconde phase antifasciste (Brescia et Bologne, 1974). Je sais les noms des membres du groupe de personnes importantes qui, avec l’aide de la CIA (et en second lieu, des colonels grecs et de la mafia) ont, dans un premier temps, lancé (du reste en se trompant misérablement) une croisade anticommuniste, pour boucher le trou de 68 puis, toujours avec l’aide et sous l’impulsion de la CIA, se sont reconstruit une virginité antifasciste ».

Ce texte témoigne de la radicalité du débat de l’époque, de la violence politique, et des tensions internationales. Ces groupes terroristes se finançaient en pratiquant vols et braquages de banque. Ils bénéficiaient d’un appui international, de camps d’entraînement soviétiques, tchécoslovaques, est-allemands, mais aussi des Palestiniens du Fatah (OLP). Et la France de tout cela ne sortit pas indemne. Jamais la gauche française ne s’excusa, ne demanda pardon aux victimes alors que les complicités du Parti Socialiste et du groupe terroriste Action Directe sont désormais établies. Trois affaires illustrent à merveille la violence du terrorisme et du militantisme gauchiste en France.
Gauchistes de France
L’affaire de Bruay-en-Artois illustre les ravages d’une justice et d’un journalisme dévoyés par le militantisme d’extrême gauche. C’est un notaire, rotarien, que l’on accusera du meurtre d’une adolescente d’origine modeste, Brigite Dewèvre en 1972. Le juge Pascal incarcéra le notaire et sa maîtresse sans la moindre preuve. Le procès, très médiatique, sera érigé en épisode de la lute des classes. La Cause du peuple titre : « Et maintenant, ils massacrent nos enfants », accompagné du sous-titre : « Il n’y a qu’un bourgeois pour avoir fait ça ! » Zemmour, dans Le suicide français conclut ainsi: « Le mâle blanc de la bourgeoisie française sera désormais coupable à vie. Coupable de tout. Coupable absolu. Coupable à jamais ».
La flamme révolutionnaire qui animait les jeunes idéalistes n’avait su gagner le cœur des masses prolétariennes
Plusieurs attentats sont aussi perpétrés en France par le militant communiste internationaliste vénézuélien Carlos. En 1974, il lance une grenade sur le drugstore Publicis de Saint Germain-des-Prés faisant deux morts et trente-quatre blessés. Il sera condamné et reconnu coupable en 2017 et 2018. Enfin, les membres d’Action directe, derrière leur chef Jean-Marc Rouillan, exécutent Gabriel Chahine, l’indic du mouvement en 1982 ; René Audran, un haut fonctionnaire du Ministère de la défense en 1985 ; et George Besse, grand industriel français en 1986. Leur arrestation et leur incarcération marqueront la fin de l’ère terroriste gauchiste en France. Cette vague de violence gauchiste au service de la révolution signa peut-être la fin de l’ère des idéologies et résonne aujourd’hui comme le chant du cygne d’un mouvement sectaire qui aura fait cent millions de morts en un siècle : le communisme.
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