Quels sont vos parents en littérature ?
Céline, c’est le grand patron, autant d’un empire de sensibilité que d’une usine à gaz. À l’usage, je me sens plus proche de Luc Dietrich, Maurice Sachs, Louis Calaferte, Paul Morand.
Quel est le pourcentage de mensonge dans votre récit ?
Je n’ai pas l’esprit suffisamment français pour pouvoir penser la chose en camembert. Le style ment, un lieu aussi commun que traduire c’est trahir. Seulement, il a la particularité de mentir sans ne rien avoir à inventer. Il n’en est pas moins que le mensonge est pratiquement une figure de style qui rend la vérité recevable, parce que le crédible n’est pas le propre de la vérité. Et le style reste ma préoccupation principale.
« Rien de politique pour autant, surtout pas au sens militant, activiste, totalement à côté du prisme artiste engagé/désengagé… débauché plutôt, pour ainsi dire »
Hadrien Timon
Comment avez-vous survécu à l’interdiction du tabac dans les cafés ?
Le cachemire d’un manteau (un Dunhill), et la découverte de lieux clandestins qui n’ont pas attendu le confinement et les problèmes de sociabilité de mondains fortunés pour exister, dans des quartiers moins chics.
Est-ce que vous écrivez pour transformer la rouille en or ?
Comment ne pas saisir la perche en répondant par des formules baudelairiennes non moins alchimiques, d’autant plus que la rouille est le pendant du spleen à l’ère post-industrielle : « Quand j’aurai inspiré le dégoût et l’horreur universels, j’aurai conquis la solitude. » Et « le plaisir aristocratique de déplaire. »
Quelle est la ligne assumée par votre maison d’édition ?
Comme le stipule le texte de présentation : « La ligne éditoriale de la maison sera le choix de textes dont le style est la préoccupation principale, et où Je s’emploie à des récits montrant notre époque et ce qu’elle fait de nous, plutôt que de voir cette première personne se borner à des histoires personnelles ; ce contre quoi, par ailleurs, je n’ai rien, si ce n’est le désarroi de voir le style mourir au grand jour dans des affaires privées trop platement étalées. » Rien de politique pour autant, surtout pas au sens militant, activiste, totalement à côté du prisme artiste engagé/désengagé… débauché plutôt, pour ainsi dire.
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Ce qu’il y a de pire, selon vous, dans la littérature contemporaine ?
D’une part, la trahison des clercs, encore, toujours, quelles que soient les idéologies, les causes servies, ce qui, je crois, explique l’absence de style aujourd’hui. D’une autre part, le fait qu’il serait désormais impensable, pire, impensé, qu’un auteur tel que Proust, dont on célèbre le centenaire (jusqu’à le représenter sur des paires de chaussettes, même pas en fil d’Écosse), puisse recevoir ses premiers éloges critiques d’un Maurras. Et obtenir le prix Goncourt avec l’appui d’un certain Léon Daudet, associé à ce dernier dans le journal de L’Action Française.
Vos signes particuliers ?
Les deux-points.
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Le Grand Je, 28 p., 12 €





