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États-Unis, Le modèle conservateur

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Publié le

17 avril 2018

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© François-Louis d’Argenson pour L’Incorrect

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La présence remarquée de Marion Maréchal-Le Pen a braqué les projecteurs sur l’événement phare de la droite américaine : la Conservative political action conference (CPAC). Le raout annuel des conservateurs outre-Atlantique a rassemblé du 22 au 24 février près de 10000 personnes à Washington autour des personnalités certaines: Donald Trump et son vice-président Mike Pence, des élus, des médias, des intellectuels et des responsables associatifs.

 

« On se sent le même peuple, tous amoureux de l’Amérique! » Pendant le discours de Donald Trump, une militante en larmes laisse paraître son émotion dans un roucoulement digne de l’accent birkinien. Oui, l’amour de la patrie et de la Constitution est la chose du monde la mieux partagée de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais découvrir la CPAC pour un brave gaulois habitué des congrès politiques européens, c’est un peu comme parcourir les travées du salon du mariage de Vierzon pour un bourgeois à loden. Musique de foire, créatures déguisées, kitsch assumé, mais avec l’organisation américaine, son envergure et son enthousiasme. Oui, c’est bien un salon du mariage, le mariage de la carpe et du lapin qui rassemble toutes les nuances du conservatisme américain, non sans chamailleries. Des libertariens favorables à la légalisation de toutes les drogues aux puritains les plus rigoristes! Il faudrait hélitreuiller Xavier Bertrand, attaché à Virginie Calmels, afin qu’ils constatent que tous les courants de droite peuvent discuter, se contredire et cohabiter dans un même espace. Sans sectarisme.

Il faudrait hélitreuiller Xavier Bertrand, attaché à Virginie Calmels, afin qu’ils constatent que tous les courants de droite peuvent discuter, se contredire et cohabiter dans un même espace. Sans sectarisme.

Pour autant, ne cherchons pas à calquer la mosaïque politique américaine sur la nôtre. En apparence binaire, fixée autour de l’alternance entre démocrates et républicains, elle se révèle bien plus complexe. Il y a encore cette obsession des armes qui appartient à l’histoire des États-Unis ainsi que les prières pour l’entame de la conférence et du dîner de gala. À Paris, un président de la République n’ose pas bénir un cercueil… Alors que peut-on retenir de ces deux jours enrubannés de la bannière étoilée ? L’optimisme tout d’abord. Les conservateurs américains n’ont pas le moindre doute : l’avenir leur appartient. Pendant que la droite française gratte ses croûtes et se gargarise de ses défaites, de la Vendée à l’Algérie, les cousins d’Amérique regardent droit devant, la truffe au vent, captant les signes positifs, négligeant les oracles moins favorables.

À Washington, les conservateurs s’appuient sur la société civile, l’engagement quotidien et un foisonnement associatif inimaginable en France. Heritage Foundation, Cato Institute, Action Institute, Leadership Institute sont là, avec des dizaines d’autres, pour présenter leurs missions tout au long de la CPAC. Dans notre hexagone, l’État contrôle trop étroitement le financement associatif pour espé- rer un semblable terreau métapolitique. Cependant la marge de progression est énorme. Dans le domaine de la formation et de l’enseignement, il y a des projets ambitieux, comme cette création d’école à Lyon annoncée par Marion Maréchal-Le Pen. Souvenons-nous aussi qu’il ne peut y avoir de mauvaise concurrence en matière associative tant que les egos rentrent leurs ergots. Les idées foisonnent mais il manque deux choses: d’abord le financement privé, souvent insuffisant par la méconnaissance des techniques de levée de fonds, et le retard en matière de culture du don et du mécénat. Et puis l’exemplarité. Un célèbre avocat américain présent au CPAC assure prendre régulièrement une pause de deux heures sur ses journées interminables pour accompagner la classe de sa fille en sortie culturelle. « Être impliqué dans sa communauté. » Ce mélange d’engagement et de serviabilité suscite l’admiration et l’écoute de ses concitoyens. Le combat doit se mener dans toutes les facettes de notre existence, et si nous tenons vraiment à nos principes, il faut montrer l’exemple, dit-il en substance. La droite européenne pèche souvent par égotisme. Résignée devant la toute-puissance de la gauche, elle semble parfois abandonner le bien commun pour le salut du foyer. Or le second dépend aussi du premier.

Pendant que la droite française gratte ses croûtes et se gargarise de ses défaites, de la Vendée à l’Algérie, les cousins d’Amérique regardent droit devant, la truffe au vent, captant les signes positifs, négligeant les oracles moins favorables.

La victoire de Donald Trump s’est construite sur ce terreau métapolitique, sur la coalition très diverse qu’il a su rassembler autour de sa principale qualité : le pragmatisme. Par sa vie privée et par son histoire, il était à mille lieues des évangélistes qui l’ont soutenu du bout des lèvres au départ. Mais il a prouvé par ses actes qu’il les servait mieux que ne le faisait un Georges W. Bush qui hantait les temples. Le vice-président Mike Pence reçoit d’ailleurs un tonnerre d’applaudissements lorsqu’il fait le bilan de la première année de gouvernance Trump : « Promises made, promises kept. » « Fiscalité, immigration, emploi : je fais ce que je dis. » Ce pourrait être la devise du président.

Le dernier enseignement de la CPAC est tiré du discours du président Trump luimême : les conservateurs américains compissent les médias traditionnels! Mieux, ils passent au-dessus, ils les contournent, ils les ringardisent… Chaque intervenant a son mot méprisant pour les « fake news medias ». Sans animosité, mais avec un dédain confortable. Donald Trump passe physiquement au-dessus d’eux. Les journalistes sont placés dans un corridor au milieu de la salle, et la gestuelle de l’excentrique président à mèche les enjambe comme on franchit un égout. Il les désigne un peu plus tard, sourire en coin : « These horrible people. » Il récite tranquillement le texte d’une chanson, l’histoire d’une femme qui sauve un serpent à moitié gelé sur le bord d’un sentier. Elle soigne le reptile, et pour toute ré- compense, la bête lui inflige une morsure mortelle. La métaphore n’est pas finaude : la femme est l’Amérique, le serpent est le mauvais immigré. Moralité : il ne faut accueillir que les bosseurs et chasser les criminels. Murmurer cette fable, pour un sous-fifre d’un parti politique français, c’est l’assurance d’être chassé voire de finir, en plus ou moins bonne compagnie, à la 17e chambre correctionnelle. À Washington, le président Donald Trump la déclame sans sourciller. Le parler cru est son principal atout.

La victoire de Donald Trump s’est construite sur ce terreau métapolitique, sur la coalition très diverse qu’il a su rassembler autour de sa principale qualité : le pragmatisme.

Deux leçons à cela : il faut plus que jamais lutter pour la liberté d’expression menacée par la gauche et le centre. Nous n’avons pas la chance qu’elle soit aussi bien gravée dans notre Constitution qu’elle l’est dans la leur, donc battonsnous: après les lois mémorielles, les lois sur les fausses nouvelles, les progressistes ne s’arrêteront pas; leurs délires ne tiennent que parce qu’ils nous musellent. Aux conservateurs de contre-attaquer. Ensuite, la droite américaine a connu sa phase de dédiabolisation, et elle était sans doute nécessaire pour mener un ménage en son sein. À présent, elle s’assume pleinement. La France a souvent un train de retard sur le pire de l’Amérique. Les conservateurs français ont tout intérêt à capter le meilleur de ce qui se fait outre Atlantique pour imposer leurs idées dans le débat public.

And God bless conservatism!

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