Skip to content

Eugène Green, six personnages en quête de sens

Par

Publié le

22 janvier 2020

Partage

[vc_row][vc_column css= ».vc_custom_1579689986189{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »][vc_column_text]

A Turin, six jeunes gens se croisent, s’aiment, complotent et se cherchent. Une comédie satirique et mélancolique d’Eugène Green, toujours en première ligne pour défendre la civilisation contre le vide spirituel et le matérialisme. Ce petit roman de 200 pages passerait facilement inaperçu parmi les parutions de janvier s’il n’y avait son titre : Moines et chevaliers. Un roman moyenâgeux ? Non : un roman qui loue deux modes de vie anciens, impensables pour nos contemporains tournés vers la jouissance, la transformation de soi et la destruction des contraintes. À Turin, de nos jours, six personnages de vingt ans se croisent, discutent, couchent ensemble, s’égarent. En arrière-plan, l’enlèvement d’un banquier pour motifs politiques façon Aldo Moro, et l’assassinat d’une fillette. Comédie légère et mélancolique, charge contre l’américanisation de l’Europe, appel à la foi pour combler le vide de nos sociétés, il y a tout cela dans ce roman vivant, rapide, plaisant, servi par une belle langue où, comme chez Vian, le whisky devient houisqui et le tramway, tramouais. Interviouve.

 

 

 

 

Les rives du Pô, les rues de Turin : pourquoi avoir choisi l’Italie comme décor ?

 

Je suis très sensible aux lieux, qui souvent me soufflent l’idée d’une histoire. J’ai souvent eu l’occasion d’aller à Turin – le Festival de Turin a programmé tous mes films – notamment pour La Sapienza, car en plus des séquences qui se passent dans cette ville, on y a tourné tous les intérieurs censés être à Paris, à Stresa et à Rome. C’est une ville étrange, car en dépit de son allure « atticiste » (la France n’est pas loin), on y sent un mystère, et c’est une ville qui, contrairement à Rome, Florence, ou Venise, est encore habitée par ses habitants.

Ces jeunes sont nés dans une société sans vie spirituelle, remplacée par le consumérisme. Comme, à vingt ans, on a des intuitions qui nous poussent quand même à chercher autre chose, cela donne des résultats très divers, illustrés par les six personnages de cet âge qu’on trouve dans le roman.

Vos personnages ont la vingtaine. Qu’est-ce qui vous intéresse chez cette génération ?

 

Elle a subi de plein fouet la barbarisation de l’Europe : d’une part, parce que les gens de ma génération ont fait une « révolution culturelle », moins complète qu’en Chine, mais dans le même sens, créant une interruption de la mémoire collective, d’autre part, parce que les Barbares – les Étatsunitiens – ont pu, à partir des années 1980, asseoir leur domination coloniale sur l’Europe, dans un premier temps par la télévision et par les produits qu’ils fabriquent en guise de cinéma, ensuite par internet et les « réseaux sociaux ». Ces jeunes sont nés dans une société sans vie spirituelle, remplacée par le consumérisme. Comme, à vingt ans, on a des intuitions qui nous poussent quand même à chercher autre chose, cela donne des résultats très divers, illustrés par les six personnages de cet âge qu’on trouve dans le roman.

En effet : les jeunes gens nés dans une civilisation moribonde sont ouverts à des idéologies qui semblent leur donner des repères et leur permettre une forme d’action qui tend presque toujours vers la violence. Cela est vrai aussi bien en France qu’en Italie, aussi bien chez les « antifascistes » que chez les « identitaires ».

Que sont les moines et chevaliers du titre ?

 

Pour moi, ils représentent deux modèles : la vie contemplative, ou la recherche spirituelle, et l’action au service d’un idéal. Deux modèles que la société actuelle condamne, comme elle condamne en fait toute différenciation par rapport à un modèle unique fabriqué en Barbarie. Il y a un fils de famille fortuné, intoxiqué par le jargon marxiste. Un modèle encore courant de nos jours… En effet : les jeunes gens nés dans une civilisation moribonde sont ouverts à des idéologies qui semblent leur donner des repères et leur permettre une forme d’action qui tend presque toujours vers la violence. Cela est vrai aussi bien en France qu’en Italie, aussi bien chez les « antifascistes » que chez les « identitaires ».

 

Lire aussi : Dans l’atelier de Philippe Muray

 

Le roman s’achève sur une tirade en faveur des racines chrétiennes de l’Europe. Est-ce le livre d’un chrétien ?

 

La nécessité de retrouver une vie spirituelle, et le fait qu’on ne peut s’approcher de la vérité absolue de l’Un qu’à travers des images et des métaphores, que nous fournissent les traditions religieuses (et la nôtre est judéo-chrétienne), est un thème constant dans mes romans. Ce que je pense est résumé de la manière la plus exacte par « l’homélie laïque » d’après un sermon de Maître Eckhart qu’on trouve dans mon roman La Communauté universelle.

Mais d’une certaine manière, c’est la violence jacobine qui revient comme un boomerang car, inspirée par les lumières de l’abbé Grégoire, la République a consciemment œuvré, pendant deux siècles, pour « exterminer » les sept langues autres que le français qui se parlaient sur son territoire.

On retrouve dans le roman votre souci de défense de la langue française, notamment contre les anglicismes. La situation est-elle désespérée ?

 

Il y a un abandon de la langue française de la part de l’État, qui ferme partout les Instituts français et qui, dans des réunions internationales, encourage des Français à s’exprimer dans la langue de M. Trompe. Or le plus grave, c’est la dévitalisation de la langue, qui autrement rejetterait les anglicismes comme le système immunitaire rejette les virus. Mais d’une certaine manière, c’est la violence jacobine qui revient comme un boomerang car, inspirée par les lumières de l’abbé Grégoire, la République a consciemment œuvré, pendant deux siècles, pour « exterminer » les sept langues autres que le français qui se parlaient sur son territoire.

 

Lire aussi : Le Greco, l’Œuvre au noir

 

Que pensez-vous de la féminisation des noms de métier ?

 

Personnellement, je suis pour les formes féminines, et les utilise depuis bien avant qu’elles ne soient à la mode, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leur valeur sociale : la distinction de genre fait partie de l’identité génétique de la langue française, et tant qu’elle était vivante, cela se faisait spontanément. Au Moyen Âge, par exemple, il était impossible pour une personne de langue française d’apposer un adjectif masculin à un substantif féminin. C’est pourquoi une voie à côté de Notre-Dame s’appelle la rue Chanoinesse (il n’y avait que des chanoines), et qu’on dit la rue Poissonnière (où se trouvaient les marchands de poissons). Mais il est insupportable de voir des féminins comme « auteure », car aucun nom dérivé d’un substantif latin en -or ne forme son féminin ainsi. Le féminin « d’auteur » est « autrice », mot qui existe depuis le Moyen Âge, et comme les mots en -re viennent de la contraction de mots en -or, c’est pareil, on devrait dire « une peintrice, une ministrice ».

Et une langue qui ne peut s’incarner est une langue morte.

Et l’écriture « inclusive » ?

 

C’est l’idée de quelqu’un qui n’a aucun rapport organique avec la langue française – ni avec quelque langue que ce soit – ce qui veut dire, en fait, quelqu’un à qui il manque le facteur essentiel de l’humanité. Si on écrit « che.è.r.e.s Français.e.s », comment prononce-t-on ces deux vocables ? On ne peut pas. Et une langue qui ne peut s’incarner est une langue morte.

 

 

Propos recueillis par Bernard Quiriny

 

 

 

MOINES ET CHEVALIERS Eugène Green Le Rocher 192 p. – 18,90 €

 

 

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest