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Fabien Bouglé : « Emmanuel Macron ne place pas le nucléaire français dans une logique ambitieuse »

Emmanuel Macron présentait ce mardi 12 octobre son plan d’investissement technologique pour 2030. Avec l’explosion des prix du gaz et de l’électricité, l’on s’attendait à des investissements massifs en faveur de la filière nucléaire. Il n’en est rien selon Fabien Bouglé, auteur de « Nucléaire, les vérités cachées » (Éd. du Rocher).

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© Capture d'écran YouTube - Élysée

Sur 30 milliards d’euros, Emmanuel Macron n’allouera que 1,5 milliard pour la filière nucléaire, tout en maintenant la filière dite « renouvelable » qui a, elle, bénéficié de 250 milliards d’investissements. Que pensez-vous de cette annonce ?

Cette différence d’investissement entre les énergies renouvelables et la filière nucléaire interroge. Il s’agit d’un pur effet d’annonce. Le président de la République ne place pas le nucléaire français dans une logique ambitieuse qui impliquerait des financements très importants. Or, les enjeux énergétiques auxquels nous faisons face méritent une attention beaucoup plus forte portée au nucléaire. C’est donc une annonce très décevante sur le plan financier.

Emmanuel Macron défend désormais le nucléaire français qui permettra selon lui de  devenir le « leader de l’hydrogène vert » d’ici 2030. Quel est l’intérêt de ce projet ?

Il faut d’abord comprendre que dans l’énergie que nous utilisons, il y a 25 % d’électricité et 75 % d’autres énergies, la plupart fossiles. L’électricité sert pour une part de notre consommation domestique et industrielle. Les autres sources d’énergies, elles, servent à alimenter les voitures, le chauffage, les transports collectifs, etc. Aujourd’hui l’électricité française est presque décarbonée grâce au nucléaire. Les marges de manœuvre qu’il reste pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre se situent donc dans les autres types d’énergies.

L’objectif d’Emmanuel Macron est d’utiliser le nucléaire pour produire de l’hydrogène « vert », c’est-à-dire décarboné. Pourquoi cela ? Parce que l’hydrogène peut remplacer les énergies fossiles comme le gaz, le charbon ou le pétrole. Or, l’hydrogène est fabriqué par électrolyse, donc grâce à l’électricité. Si vous fabriquez de l’hydrogène avec de l’électricité issue d’énergies fossiles, votre hydrogène n’est pas décarboné, et n’a donc aucun intérêt. En revanche, si vous fabriquez de l’hydrogène grâce à une électricité décarbonée – en l’occurrence issue du nucléaire – votre hydrogène est « propre », ce qui vous permettra de compenser voire de remplacer les énergies fossiles dans votre consommation énergétique.

Malgré une volonté affichée de régler la question des déchets nucléaires, l’État ne porte aucun intérêt à cette innovation de rupture, française de surcroît

Parmi les annonces du plan 2030, figure le déploiement de petits réacteurs modulaires. Est-ce une bonne solution ?

Aujourd’hui nous avons des centrales à eau pressurisée avec des réacteurs de 900 mégawatts. Ils seront progressivement remplacés par des EPR : de gros réacteurs de 1600 mégawatts, dont celui en construction à Flamanville sert de prototype. Six EPR sont déjà prévus.  

Mais à court terme, pour aider les vieilles centrales en activité, il faut développer cette nouvelle catégorie de réacteurs que l’on nomme « petits réacteurs modulaires ». Ce sont des réacteurs nucléaires miniaturisés – les mêmes que ceux des sous-marins nucléaires. Il y a une véritable course mondiale pour cette technologie, et le fait que la France y investisse est une très bonne chose. Mais 1 milliard ne sera absolument pas suffisant. Il ne s’agit que d’un effet d’annonce, puisqu’EDF y travaille depuis des années avec le projet NUWARD. Les fonds alloués par M. Macron ne serviront qu’à accélérer les travaux déjà en cours.

Le Président a vanté des innovations de rupture en matière de retraitement des déchets nucléaires. Pouvez-vous rappeler en quoi consistait le projet Astrid, qu’il avait abandonné en 2019 ?

Le projet Astrid avait pour ambition de créer de nouveaux réacteurs, capables d’utiliser une partie des déchets des vieilles centrales. L’uranium appauvri rejeté par une centrale classique allait ainsi alimenter les nouvelles centrales à neutrons rapides dénommées « Astrid ». Ces déchets allait servir de matières premières pendant des années. Il s’agissait d’une avancée considérable, abandonnée pour des raisons politiciennes. Lors de son discours, il a appelé à des innovations quant au retraitement des déchets nucléaires, sans évoquer un relancement d’Astrid. C’est très regrettable. [...]

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