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Faut-il encore lire des contes ?

« Maman, ça fait peur ! » dit Thimeo-Djallil, les yeux écarquillés, cachant son sourire d’excitation sous une couette doudou relevée comme un bouclier face aux monstres. « Lis la suite !» Les contes sont parfois effrayants, parfois cruels, souvent doux-amers, jamais aussi niais qu’on pourrait le penser. Pourtant, les tout-petits en redemandent. Faut-il leur en lire ?

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© Birmingham museums – Unsplash

Qu’est-ce qu’un conte ?

Comme en classe de collège, un peu de méthode. Commençons par savoir de quoi nous parlons exactement. Joseph Campbell, en écrivant Le héros aux mille et un visages, nous a offert un préfabriqué de conte, une sorte de notice Ikea. Un petit bonhomme se voit arraché à son village natal/sa grotte/son placard sous l’escalier, puis est jeté(e ?) dans un monde étrange, inquiétant et magique, où un vieux guide/maître/Obi-Wan Kenobi lui apprendra quelques « pro-tips ». Bonus s’il lui donne une relique/épée/baguette. Un personnage du sexe opposé passera peut-être même par-là, s’attachant au héros s’il sait trouver son courage et faire preuve de vertus morales. Faute de quoi ce monde l’avalera comme le Petit Chaperon rouge ou la chèvre de M. Seguin.

« Comme les jovideo, ça leur bourre le crâne de bêtises imaginaires »

 es mots magiques « Il était une fois, dans un pays lointain » permettent à l’enfant de se placer d’office dans un monde imaginaire. En littérature, pour faire chic à votre prochain dîner, vous pourrez dire que ça s’appelle « le pacte de fiction ». On sait que les dragons cracheurs de feu n’existent pas en vrai, mais mettons que dans un monde appelé Xulu, ça existe. On fait semblant de l’accepter, si le récit reste cohérent en lui-même. Les enfants, depuis très jeunes, sont parfaitement aptes à différencier le réel de l’imaginaire. Pour Chesterton, « les contes de fées sont plus que réels. Non pas qu’ils apprennent aux enfants que les dragons existent, mais parce qu’ils leur apprennent qu’on peut vaincre des dragons ».

Leçons de vie en forme de fées

Car les contes mettent des mots sur des émotions qui ne peuvent être comprises à un âge aussi jeune. Ils entraînent l’esprit, lui donnent une structure, une morale. Pour Marie-Endive, pas besoin de se faire rouler dessus par un bus pour comprendre les risques de s’écarter du chemin : le Petit Chaperon Rouge est là pour le lui expliquer, tout en douceur.

« Les contes de fées sont plus que réels. Non pas qu’ils apprennent aux enfants que les dragons existent, mais parce qu’ils leur apprennent qu’on peut vaincre des dragons »

Les contes parlent à l’inconscient. On transpose une situation réelle pénible dans un univers imaginaire, pour la résoudre sans traumatisme. Le Petit Poucet traite la peur de l’abandon, Cendrillon s’attaque à la rivalité fraternelle, Peau d’Âne rappelle à Faustine-Nour qu’elle ne devra pas épouser papa.

Vertus réparatrices

Les contes font rêver, les contes enseignent, mais surtout, les contes soignent les petites âmes blessées. Lorsqu’un enfant subit l’indicible, il se raccroche aux contes de fées. Pourquoi ? Parce que quand les adultes censés le protéger sont défaillants, les contes lui permettent de savoir que quelqu’un – une bonne fée, un prince, ou juste le sort – viendra le sauver à condition qu’il reste bon, droit, juste et honnête. Les contes permettent ainsi aux enfants maltraités de ne pas désespérer, de savoir que le malheur est passager et que même les plus méchants finissent toujours – d’une manière ou d’une autre – par être punis[...]

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