Fécondité et naufrage de la droite italienne

Alors que la droite italienne est aux portes du pouvoir et que les médias français alimentent les fantasmes à son sujet, retour sur son histoire.

 

Créé en 1948 par des anciens combattants de la Repubblica Sociale Italia – la République créée par Mussolini après l’armistice signé par le maréchal Pietro Badoglio avec les anglo-américains le 8 décembre 1943 -, le MSI a constitué le principal point d’ancrage de la droite anti-libérale pendant soixante ans. Accusé d’être violent, le MSI a pourtant été la famille politique d’origine de tous les dirigeants de la droite italienne. Depuis sa création, il a toujours été représenté au sein des institutions centrales italiennes. Le seul rendez-vous manqué avec l’histoire furent les élections politiques de 1946, quand il suffisait de ne pas se déclarer en faveur de la Résistance pour subir des violences terribles.

L’homme qui personnifie l’histoire du MSI est certainement Giorgio Almirante, secrétaire charismatique du parti pendant les années de plomb. Son souvenir ravive encore aujourd’hui une certaine nostalgie au sein des militants de la droite nationale. Historiquement, le parti jongle entre 4 et 8% des voix.

Le MSI a constitué le principal point d’ancrage de la droite anti-libérale pendant soixante ans.

Après le décès d’Almirante en 1988, son dauphin Gianfranco Fini devient leader du MSI. À son tour, il doit composer avec les différents courants du parti et en particulier avec la branche « de gauche » incarnée par Pino Rauti, autre figure historique de la droite sociale italienne. Fini parviendra par gagner la bataille, et changera le nom du parti, abandonnant la totalité des thèses soutenues par la doctrine fasciste.

C’est ainsi que prend corps la première scission, Rauti quittant le parti et formant Movimento Sociale Fiamma Tricolore (MSFT), qui, en 17 ans d’existence, n’a obtenu qu’un mandat de sénateur (en 1996 et 2001) et un poste de député européen (en 1999 et 2004).

En janvier 1994, apparaît Alleanza Nazionale sous la houlette de Gianfranco Fini qui noue des alliances avec Berlusconi ainsi qu’avec la Ligue du Nord dans le but de se normaliser. Cette opération de stratégie politique se nomme le tournant de Fiuggi, du nom de cette localité thermale non loin de Rome. La formation politique de Fini parvient à totaliser 15% des suffrages, permettant ainsi à Alleanza Nazionale de devenir une force de gouvernement aux côtés de Silvio Berlusconi, tout en souffrant de sa présence encombrante.

 

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Pendant un voyage à Jérusalem en novembre 2003 alors qu’il était vice-président du Conseil, Gianfranco Fini déclare à Yad Vashem, le musée de l’Holocauste, que le fascisme a été une partie du mal absolu. N’appréciant pas ces déclarations, Alessandra Mussolini, députée d’Alleanza Nazionale et petite-fille du Duce, quitte donc le parti et fonde un mois plus tard Azione Sociale, pour finalement rejoindre Berlusconi en 2008, ce qui lui permettra d’obtenir un poste de députée européenne. Courte et peu glorieuse histoire de cette deuxième scission.

En 2008, la perte de vision politique et la soif d’avidité du pouvoir s’emparent de Gianfranco Fini et de la totalité de la classe dirigeante d’Alleanza Nazionale. Ils acceptent l’invitation de Berlusconi à dissoudre leur parti pour le rejoindre dans un seul et unique parti qui représenterait le centre-droit et la droite italienne. La troisième scission prend forme.

Bien plus méfiante, la Ligue du Nord refuse l’invitation en gardant son nom et son symbole.

En réaction, Francesco Storace et Teodoro Buontempo forment « la Destra », la droite. Ils n’acceptent pas de voir détruire ainsi l’histoire de la droite italienne de l’après-guerre et décident de se rapprocher du parti de Pino Rauti en choisissant une femme, Daniele Santanché, comme candidate. Ils obtiendront 2,4% des voix et aucun poste. Échec qui n’a pas empêché Madame Santanché de rejoindre à nouveau Berlusconi quelque mois plus tard.

Bien plus méfiante, la Ligue du Nord refuse l’invitation en gardant son nom et son symbole. Comme en 1994, Berlusconi, avec la nouvelle formation « Popolo della Libertà », incluant ses troupes et celles d’Alleanza Nazionale, gagne les élections en s’alliant avec la Ligue du Nord. Durant ce mandat, l’Italie doit faire face à la crise financière, comme l’ensemble du monde, et Berlusconi s’illustre par son incompétence politique.

Président de la Chambre des Députés, Gianfranco Fini réclame un rôle plus important des siens, au sein du parti et du gouvernement. Pendant des mois, ses prises de position s’éloignent de celle de Berlusconi. La fracture est définitive le 22 avril 2010. Pendant un congrès de la direction nationale du parti, Berlusconi demande à Fini de démissionner.

La quatrième scission survient en juillet 2010 lorsque Fini forme à son tour son mouvement politique Futuro e Libertà per l’Italia. Le 14 décembre 2010, il organise une votation pour faire tomber le gouvernement mais n’y parvient pas. Berlusconi réussit avec habileté à faire changer d’avis quatre députés proches de Fini et deux députés ralliés à Antonio Di Pietro, ex-magistrat de l’enquête Mani Pulite devenu homme politique.

 

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En novembre 2011, Berlusconi démissionne à cause de sa mauvaise gestion de la crise financière et de la dette publique italienne. Le président Giorgio Napolitano choisit donc l’économiste Mario Monti pour former un gouvernement technique qui durera tout juste un an. Aux élections politiques de 2013, un nouveau parti, formé d’anciens militants d’Alleanza Nazionale, arrive sur la scène : Fratelli d’Italia. Sur la fiche électorale, les électeurs historiques du MSI ont eu le choix entre Popolo della Libertà, Fratelli d’Italia, Futuro e Libertà per l’Italia, la Destra e Fiamma Tricolore. Ça ne vous paraît pas un peu trop ?

Journaliste

mgaduelo@lincorrect.org

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