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L’écriture inclusive est apparue en Italie après la nomination de Laura Boldrini à la présidence de la Chambre des députés. Mme Boldrini, ancienne porte-parole du Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés et élue avec la liste de gauche Sinistra Ecologia Libertà, a imposé depuis mars 2013 ses goûts d’orthographe dans le débat politique. Les Italiens ont cependant encore du mal à comprendre et accepter cette drôlerie.
Lors des premiers mois de son mandat, Mme Boldrini a exigé de renouveler le papier à en-tête de la présidence des députés pour modifier l’article. Non plus « il » presidente mais « la » presidente. Hélas, elle ne s’est pas arrêtée qu’à cet acte révolutionnaire qui n’était que le début de sa lutte sociétale. En septembre 2013, lors d’une conférence au Sénat sur la convention d’Istanbul, à propos de la prévention et de la lutte de la violence contre les femmes, Mme Boldrini a défendu publiquement sa vision : « Le langage doit s’adapter à l’évolution des coutumes. » Il est vrai que la société évolue et que le langage change selon les modes et les nouvelles habitudes. Hélas : dans la vie de tous les jours, Italiens et Italiennes n’ont jamais exprimé ni ressenti le besoin d’accorder en genre les fonctions ni les métiers.
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L’Accademia della Crusca, l’homologue italienne de l’Académie française, s’est exprimée dans le sens de Mme Boldrini. Ce qui a provoqué en retour une révolte des professeurs des écoles et de certains académiciens qui se sont mobilisés pour défendre l’élégance de la langue italienne face à cette cacophonie. La responsable de la communication de la Crusca, Vera Gheno, a dû faire face à des centaines de messages venus des réseaux sociaux. La Crusca a dû s’expliquer et clarifier sa position, choisissant désormais d’authentifier l’italianité des nouveaux mots en déterminant leur taux d’emploi dans la vie quotidienne. Le langage utilisé dans les médias, la musique et les livres est devenu la première source de vérification des linguistes italiens. Le concept est très simple : plus un mot est utilisé, plus il a de chances d’intégrer le dictionnaire.
Une conception de gauche
Lors de la même conférence de 2013, Mme Boldrini a insisté en affirmant que la vie possède plus d’un genre. Certains métiers, dit-elle, tels que juge, ministre ou président de la Chambre des députés, ne sont pas la prérogative des hommes. Elle enchaîne en demandant aux journalistes présents de commencer à accorder les articles et les titres des personnes selon leur genre. De cette façon, elle force le processus d’assimilation de l’Académie italienne. Ce n’est plus donc un usage de mots nés de la vie quotidienne de tous les Italiens, mais une forme imposée d’en haut.
Tout était réuni pour provoquer une polémique médiatique. Les journaux de droite comme Libero et il Giornale ont attaqué violemment l’idéologie du président de la Chambre des députés. Les journalistes proches du gouvernement ont évidemment en réponse caressé l’animal dans le sens du poil. Maria Elena Boschi, durant son mandat de ministre des réformes, a réclamé lors d’une interview qu’on respecte les indications données par la Crusca. Dans la tête des Italiens, l’écriture inclusive est ainsi devenue une conception de gauche.
À la fin de l’année 2016, lors de la remise d’un prix littéraire, Giorgio Napolitano, ancien président de la République italienne et ancien cadre du parti communiste italien, a qualifié d’horrible et abominable cette nouvelle mode de décliner les titres. Mme Boldrini, présente, n’a pas apprécié les propos. C’est bien la première fois qu’un ex-communiste a réussi à mettre d’accord tous les italiens, unis dans la beauté de leur langue contre le faux progrès de l’écriture inclusive.
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