En ces temps où seul le néo-féminisme radical est médiatisé, voici un livre salutaire qui propose une pensée féministe structurée et documentée. Au cœur de la thèse de Véra Nikolski, docteur en sciences politiques, une hypothèse qui fera grincer des dents les activistes pour qui le combat est d’ordre « culturel ». Dans le sillage d’Emmanuel Todd, Nikolski balaye d’un revers de main la légende dorée du féminisme, estimant que l’émancipation des femmes est principalement la conséquence du progrès technique – d’un monde devenu globalement plus « liquide » et plus souple grâce à la science et à l’économie de marché.
C’est à cette « pacification technique de l’Occident » que les femmes devraient leur liberté, et non à leurs luttes politiques. De là à dire que les femmes ont davantage reçu leur liberté des hommes qu’elles ne l’ont gagnée à la sueur de leurs protestations, il n’y a qu’un pas que Nikolski franchit allègrement – et Simone de Beauvoir avant elle, comme le rappelle l’auteur. Le « féminicène », c’est-à-dire l’ère des femmes dans laquelle nous sommes, ne serait en fait qu’une conséquence organique de l’Occident matérialiste et facilitateur de quotidien.
C’est à cette « pacification technique de l’Occident » que les femmes devraient leur liberté, et non à leurs luttes politiques.
Passé ce premier constant accablant, Nikolski expose une seconde hypothèse téméraire : l’émancipation des femmes est menacée par la catastrophe écologique à venir. En effet, les conséquences délétères du réchauffement climatique et l’épuisement des ressources fossiles pourraient bien ressusciter le besoin de forces brutes, donc de masculin.
Cette double thèse permet à l’auteur de construire une pensée féminisme « dissidente », réaliste sinon matérialiste, tout en rappelant certaines vérités conspuées par la doxa – comme le fameux « tabou de la biologie » : rappeler que la domination masculine n’a jamais été qu’un « effet collatéral de la nécessité de l’espèce pour survivre dans des conditions naturellement hostiles ».
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D’ailleurs, outre que cette émancipation sert le Capital en augmentant la main-d’œuvre disponible, Nikolski sous-entend qu’elle oblitère la seule lutte valable : la lutte des classes. Le néo-féminisme et tous ses dérivatifs LGBTQ+ ne seraient que des outils d’ingénierie sociale pour maintenir le peuple dans un état de sujétion – et les femmes en particulier. Pour un patron d’entreprise, les suffragettes seront toujours moins dangereuses que des ouvrières en colère. Un brillant exercice de prospective et un démontage en règle des lubies sociétales du pseudo-féminisme.

FÉMINICÈNE, VÉRA NIKOLSKI, Fayard, 380 p., 21,50 €





