Fluctuat nec mergitur

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Après une nuit d’épreuves, Notre-Dame est blessée mais ses deux beffrois dominent toujours le parvis. « Et cependant, si beau que soit, ô Notre-Dame, Paris ainsi vêtu de sa robe de flamme, Il ne l’est seulement que du haut de tes tours » disait Théophile Gautier. La structure est sauvée mais la robe de flamme a ravagé toute la toiture et fait effondrer la flèche.

 

C’est la nation toute entière qui est atteinte en son cœur. C’est une part du patrimoine français qui disparaît sous nos yeux, un joyau de notre civilisation qui unit ceux qui croient au ciel comme ceux qui n’y croient pas. Rarement, monument n’a autant symbolisé la France que Notre-Dame : « la France récite le rosaire perpétuel de ses joies, de ses deuils et de ses gloires » à la cathédrale, disait le cardinal Feltin, archevêque de Paris.

De fait, en 1239, Saint Louis apporte en procession les reliques de la Couronne d’épines et endosse une simple tunique pieds nus, aidé de son frère, pour y porter la Sainte Couronne jusqu’à Notre-Dame.

En 1638, Louis XIII consacre le royaume de France à la Vierge Marie pour la remercier de la naissance prochaine du dauphin Louis Dieudonné, le futur Louis XIV. Celui-ci, en exécution du vœu de son père, élève un nouveau maître-autel dans la cathédrale où l’on voit Louis XIII sculpté par Guillaume Coustou, remettre sa couronne à la Vierge, une magnifique pietà, également de Coustou, à côté de laquelle figure Louis XIV, sculpté par Antoine Coysevox, qui ploie le genou en signe de vénération. Notre-Dame devient alors patronne principale de la France.

La chaire de Notre-Dame a vu Bossuet y prononcer l’oraison funèbre du Grand Condé et Lacordaire y prêcher les conférences de carême qui continuent jusqu’à aujourd’hui.

La fureur révolutionnaire n’aura jamais eu raison de la belle dame, qui fut tout de même fermée au culte trois années durant, du 7 novembre 1792 au 15 août 1795, avant de servir au culte théophilanthropique et au culte constitutionnel, ces bizarreries de la Révolution. On dit que l’orgue fut sauvé en interprétant des hymnes patriotiques.

Puis, c’est l’éclat du sacre de Napoléon le 2 décembre 1804, avant que Notre-Dame n’échappe, à nouveau, à la furie révolutionnaire de 1831, lors de la mise à sac du trésor de la cathédrale et en 1870 lors de la profanation de la galerie des rois dont les communards croient naïvement qu’il s’agit de la représentation des rois de France. 

 

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En 1816, le duc de Berry s’y marie, quatre années avant d’être assassiné. En 1831, Victor Hugo écrit Notre-Dame de Paris, qu’il a trouvée dans un état lamentable : « Notre-Dame est aujourd’hui déserte, inanimée, morte. On sent qu’il y a quelque chose de disparu ». Le chantier de sa restauration suit son cours et Viollet-le-Duc y édifie une flèche en 1860.

Lors des vêpres de Noël 1886, Paul Claudel se convertit à Notre-Dame : « Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël… J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher ».

En 1913, Péguy publie La tapisserie de Notre-Dame : « Étoile de la mer, voici la lourde nef, Où nous ramons tout nuds sous vos commandements ; Voici notre détresse et nos désarmements ; Voici le quai du Louvre, et l’écluse, et le bief ; Voici notre appareil et voici notre chef ».

Le 17 novembre 1918, on y chante le Te Deum de la victoire, le 26 août 1944, le Magnificat de la libération de Paris et le 9 mai 1945, à nouveau le Te Deum de la victoire. Notre-Dame, symbole et écrin des gloires et des peines de toute une nation !

Aujourd’hui, nous unissons notre prière à celle que fit Jean-Paul II  à Notre-Dame en 1980 :

Vierge Marie, au cœur de la Cité
Nous vous prions pour cette ville capitale.
Vous, l’Intacte, gardez-lui la pureté de la foi !

Vierge Marie, depuis ce bord de Seine,
Nous vous prions pour le pays de France.
Vous, Mère, enseignez-lui l’espérance !

Vierge Marie, en ce haut lieu de chrétienté,
Nous vous prions pour tous les peuples de la terre.
Vous, pleine de grâce, obtenez qu’ils soient un dans l’Amour.

 

Essayiste

bdumoulin@lincorrect.org

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