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François-Marin Fleutot : royaliste en résistance

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Publié le

16 avril 2019

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Auteur de nombreux livres sur le royalisme, François-Marin Fleutot ne se résigne pas au « mauvais air du temps », préférant défendre l’idée d’une France caractérisée par son refus de la soumission.

 

Vous avez publié en l’an 2000 un livre de référence sur les royalistes dans la résistance. Comment ces hommes et ces femmes qui se sont dressés contre l’occupant nazi peuvent-ils encore nous inspirer ?

 

Notre époque n’est pas identique et nous ne risquons pas d’être fusillés au Mont-Valérien, bien que le régime républicain ait montré récemment qu’il savait se défendre et réprimer brutalement ses opposants. La leçon des héros de la résistance, et pas seulement de ceux qui étaient royalistes, me semble rester actuelle car ils ne se sont pas soumis à ce prétendu sens de l’histoire qui est généralement l’argument de tous les abandons. En 1940, une large frange des élites politiques et économiques prétendait que la sagesse était de cesser le combat et de s’arranger avec l’Allemagne nazie victorieuse. De vieux politiciens et de jeunes technocrates expliquaient doctement que l’avenir serait national-socialiste et que la France devait trouver sa place dans le nouvel ordre européen.

 

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Mais les résistants ne se sont pas résignés au mauvais air du temps et sont restés incrédules devant l’abaissement de notre pays. « Rien n’est jamais perdu, et l’on peut toujours retrouver les chemins de la liberté » disait l’un d’entre eux. C’est dans cet esprit qu’ils ont mené la lutte pour la libération. L’exemple de la résistance me paraît donc être le meilleur antidote contre cette forme de résignation qui se pare des vertus du réalisme.

J’entends aujourd’hui des commissaires européens nous dire qu’il n’y pas d’autre alternative que la dissolution des vieilles nations dans un grand ensemble supranational et que l’économie mondialisée nous impose de respecter des critères et des normes de convergence. Je préfère, pour ma part, la divergence et la pluralité à cette convergence uniformisante. Ne trouvez-vous pas d’ailleurs que ces critères et ces normes ont un je-ne-sais-quoi de policier ?

 

De nombreux essayistes évoquent une crise de l’identité française. Qu’estce qui définit pour vous cette identité française ?

 

Je n’aime pas ce mot d’identité. Il est à la fois abstrait et trop étroit pour parler de la France. Notre pays n’est pas une race, n’est pas seulement une langue, ni une religion – malgré la marque durable du christianisme sur son histoire – et il ne peut se réduire à une géographie. Il est bien évidemment composé de réalités charnelles et de divers héritages intellectuels et spirituels, mais il se définit surtout par une idée et une attitude qui se sont incarnées dans une grande politique : le refus de se soumettre aux intérêts des grandes puissances, et le rejet des empires et des théocraties qui prétendent clore l’histoire pour établir un ordre intangible, d’où serait exclu le libre jeu des hommes et des nations. « Il y a un pacte millénaire entre la France et la liberté du monde », écrivait Georges Bernanos.

 

« J’accepte d’être républicain si l’on redonne au mot république son sens originel de chose publique, une “res publica” distincte du domaine privé mais aussi de ces zones intermédiaires, où les personnes associées peuvent agir sans que l’État intervienne. » François-Marin Fleutot

 

Je crois que cette pensée de l’auteur des Grands cimetières sous la lune indique assez bien ce qui fonde la singularité française, à condition de ne pas prendre cette liberté pour une idole vague mais de l’entendre comme une force capable de féconder les sociétés. C’est ce que nos élites politiques ne paraissent plus admettre ni comprendre. Par lassitude, inculture historique, manque d’imagination ou de courage, ils s’en remettent à l’économie ou aux dernières idéologies à la mode. Encore une fois, ils se rendent au sens de l’histoire. Ils n’ont plus la volonté de continuer l’aventure française…

 

Vous êtes royaliste mais vous ne pensez pas comme Charles Maurras que « la démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort ». Au contraire, vous opposez principe royal et démocratie à une idéologie républicaine dont vous soulignez les penchants autoritaires, voire les tentations totalitaires. Votre royalisme serait-il un démocratisme radical ?

 

« Je préfère un fatras vivant à un ordre mort », disait ce singulier républicain Charles Péguy ! Entendons-nous bien, j’accepte d’être républicain si l’on redonne au mot république son sens originel de chose publique, une res publica distincte du domaine privé mais aussi de ces zones intermédiaires où les personnes associées peuvent agir sans que l’État intervienne. Le problème de la République française c’est qu’elle fut fondée par des idéologues qui mêlaient une anthropologie libérale – ils pensaient souvent l’humanité comme un composé de monades, une addition d’individus parfaitement autonomes et déliés de tout donné social et communautaire – avec un égalitarisme radical hostile aux différences.

Dans leur esprit, une société éclairée devait tendre à l’homogénéité, à l’un et à l’indivisible. Il y a une passion pour l’uniformité chez les pères de la République qui est assez effrayante. Certains d’entre eux ne voulaient-ils pas en finir avec les régions pour redessiner la carte de la France selon les règles d’une parfaite géométrie ? Je sais que notre République a pu parfois s’amender et concéder des espaces de liberté à la société, mais ce ne fut pas sans qu’on la combatte et lui résiste. L’histoire de la République est marquée par une constante méfiance envers toutes les formes d’autonomies, qu’elles soient ouvrières, régionales ou, même, personnelles.

 

 


Je crois au contraire que le principe royal ne s’oppose pas au plus large développement des libertés octroyées aux personnes et aux communautés. Il n’est pas idéologique et ne prétend pas réformer l’humanité. Il préserve en outre la continuité et l’indépendance du politique, ce qui permet à celui-ci de ne pas avoir à brutaliser la société pour assurer son pouvoir. Il est assez fort pour autoriser les ébats et les débats de la liberté. Voilà pourquoi je me sens très peu républicain mais bien démocrate. Une démocratie qui pourrait d’ailleurs certainement retrouver de la vigueur et se libérer des démagogues en ayant recours au roi…

 

Vous venez de publier aux éditions du Cerf Les rois de France excommuniés (Aux origines de la laïcité), où vous étudiez les relations parfois conflictuelles entre la monarchie française et l’Église. Comment nos rois très chrétiens furent-ils à l’origine de cette laïcité ?

 

Le mot de laïcité évoque aujourd’hui parfois une attitude dogmatique de rejet de la religion. Il ne s’agit pas de cela. Nos rois de France n’étaient évidemment pas laïcistes au sens moderne du terme mais pensaient qu’il était nécessaire de distinguer les domaines religieux et politiques, le temporel du spirituel. Ils s’inscrivaient ainsi dans la tradition théologique ouverte par saint Augustin et saint Ambroise qui disjoignaient la cité de Dieu et la cité des hommes. La monarchie française s’est maintenue dans cette conception, ce qui lui a permis de résister aux tentatives théocratiques d’absorption du politique par le religieux. Mais elle ne rompait pas avec la foi.

 

Lire aussi : Renaud Camus : « La négation du Grand remplacement est le négationnisme moderne »

 

Les rois de France restaient des fils de l’Église moralement soumis au siège de Pierre mais ils s’opposaient à sa puissance internationale, lorsque celle-ci menaçait la souveraineté. « Le roi de France est empereur dans son royaume, car il ne reconnaît pas de supérieur en matière temporelle », proclamait dès 1256 le légiste Jean de Blanot. Voilà ce qu’était la laïcité selon les rois de France.

 

Propos recueillis par Olivier François.

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