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Fratelli Tutti : Du salut en temps de pandémie 1/3

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Publié le

11 janvier 2021

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L’encyclique du Pape François, Fratelli Tutti, adressée aux hommes de bonne volonté peut, à juste titre, susciter certaines interrogations de la part des catholiques français. Afin d’apporter des clefs de compréhension pour mieux saisir l’esprit de l’encyclique, voici quelques pistes de réflexion qui cherchent à entrer dans l’intelligence du texte. Premier épisode d’une série de trois.
pape françois

Dans son premier chapitre, « Les ombres d’un monde fermé », le Pape François évoque le contexte de la crise sanitaire dans laquelle « nous nous sommes rappelés que personne ne se sauve tout seul, qu’il n’est possible de se sauver qu’ensemble » (32). Cette phrase postule qu’être « ensemble », en relation avec les autres, en vérité et en charité, en esprit et en actes, contribue au salut de tous. Le Pape induit ainsi que nous sommes des instruments de salut les uns pour les autres, c’est-à-dire des collaborateurs de la grâce de Dieu qui donne à l’Homme de se relever au gré des différentes crises de l’existence, de les traverser et de se renouveler.

Cet appel à la co-rédemption est un pas de plus sur le chemin de la fraternité et de la sanctification, c’est-à-dire de la perfectibilité de notre être dans l’amour de l’autre. En effet, les autres sont en eux-mêmes une grâce pour moi, car ils me donnent l’occasion de les aimer. De ce fait, l’on ne devient pas saint par la seule force de ses efforts, de ses sacrifices ou de sa volonté mais grâce aux autres. En choisissant d’aimer des êtres qui peuvent devenir des croix à porter, on leur ouvre aussi la porte pour entrer en communion avec nous, nous édifier, nous accompagner, nous corriger et nous apporter qui ils sont, avec toutes leurs limites, à aimer.

Mais si l’avancée dans la sainteté dépend de l’amour que l’on a pour les autres, cela engage les chrétiens à partager ce qu’ils ont de plus précieux, soit le message de l’Évangile qui annonce le salut donné par Dieu. Dans la foi catholique, le salut provient du don gratuit de la vie de Jésus sur la croix qui rachète l’Homme du mal et du péché. C’est la grâce de Dieu qui vient à la rencontre de l’Homme pour le relever de ses ténèbres et de sa mort. Ainsi, Dieu seul sauve et l’annonce de ce message permet de répandre son Esprit de justice, de liberté, de communion sur la terre contre les séductions, les divisions et les confusions du monde.

Le Pape n’incite à tomber ni dans une froide rationalisation des évènements, ni dans un spiritualisme désincarné, mais à entrer en communion avec ceux qui sont blessés et se battent dans leur chair pour le salut face à la mort.

De ce fait, le salut d’une communauté humaine dépend plus de l’accueil qu’elle fait à l’Esprit de sagesse dont elle est l’héritière que de toutes sortes de puissances quelles qu’elles soient : le génie civil ou militaire, les moyens techniques, la croissance économique, l’équilibre social, les systèmes de soins et de santé ou même la réalisation d’un système politique idéal. La Sagesse, dont chaque peuple connaît une particularité, se recueille au cœur de ses lieux de cultes, de culture et même d’agriculture, soit en vertu de l’attachement, de la fidélité et du soin que portent les hommes à leurs traditions sacrées, à leur histoire et à leurs terres. Ces différents domaines, bien que non exhaustifs, entretiennent principalement l’esprit qui rassemble les individus, anime leur cohésion et les encourage à vivre ensemble. Ils leur permettent de relire et d’éclairer les événements qu’ils vivent afin qu’ils puissent se positionner dans ce qu’ils ont à traverser.

Ainsi, le perfectionnement d’un peuple est lié à l’incarnation de la Sagesse dont il est le dépositaire. Cela s’effectue à travers le déploiement de son art de vivre, de sa culture, de sa fidélité à ses coutumes et de sa cohérence politique plus que par la recherche de puissance qui le pousse à entrer dans le jeu de la compétition mondiale, quitte à en perdre son âme. Enfin, celui qui se laisse vraiment sauver, d’un événement extérieur ou de ses propres torpeurs, accepte que son salut ne provienne pas de lui-même mais d’un Autre. L’idée qu’il est possible de se sauver soi-même, par ses efforts et sa volonté, est en effet une hérésie qui a pour nom le pélagianisme et que le Pape François dénonce avec véhémence dans l’encyclique Gaudete et Exultate. Dans ce contexte, alors que de nombreux décès sont liés à l’épidémie de Covid-19, l’appel du Pape à se sauver ensemble n’est pas à entendre comme la volonté de créer un système logistique, politique ou scientifique qui ne serait qu’une tentation des hommes de se sauver eux-mêmes avec la pesanteur de leur technique. Ces tentatives ne pourraient participer qu’à la construction d’une tour de Babel qui s’effondrerait au gré des divisions humaines alors que le salut est avant tout un don de Dieu qu’il s’agit de reconnaître et d’accueillir comme fin ultime, unique et apocalyptique.

Lire aussi : Le catho-communisme du pape François

En effet, le salut d’une communauté d’hommes n’est pas issu d’une construction collective mais d’un don à reconnaître, à accepter et à recevoir. De ce fait, chacun lorsqu’il fait place à l’Esprit d’humilité, d’espérance et de douceur, en se décentrant de lui-même, peut devenir un réel instrument du salut pour son prochain se faisant le canal de la grâce. Cette avancée en humanité est rendue possible par le mouvement intérieur de la grâce auquel il est possible d’adhérer ou non et qui permet d’incarner le sens premier, charnel et populaire du salut. Si l’étymologie du mot « salut » vient du latin « salus », celui-ci a donné à la fois les mots de salut et de santé. Cette convergence des mots se retrouve aussi en espagnol ou en italien et témoigne du fait que le salut est lié à la recherche de la santé, à travers sa recherche de survie, de combat et de victoire face à la mort. Cette signification première ne va pas à l’encontre du salut de l’âme donné par la grâce de Dieu, mais les deux significations se complètent et s’éclairent l’une l’autre dans le combat qu’elles mènent, du corps et de l’âme, face à la mort.

Ainsi, le Pape n’incite à tomber ni dans une froide rationalisation des évènements, ni dans un spiritualisme désincarné, mais à entrer en communion avec ceux qui sont blessés et se battent dans leur chair pour le salut face à la mort. Car la mort reste toujours un scandale. Et si le Verbe s’est fait chair et non esprit ou ange, c’est bien pour compatir, traverser et transfigurer les lieux de souffrances de notre chair et y porter son salut jusque dans ses cicatrices, ses puanteurs, ses purulences et sa mort. Pour être des instruments du salut, le Pape engage ses lecteurs à la compassion, et loin de l’hérésie, les encourage à écouter la voix de la Sagesse pour pratiquer la religion de l’Incarnation.

(à suivre)

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