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Frédéric Pichon : « Les États-Unis restent au Moyen-Orient du côté de l’axe saoudien »

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© DR / Louis Lecomte pour L'Incorrect

Frédéric Pichon, spécialiste de la Syrie et du Moyen-orient, réagit au meurtre du général iranien Soleimani par les Américains.

 

Propos recueillis par Hadrien Desuin.

 

 

Quelles sont les conséquences de l’élimination de Soleimani pour l’Iran ?

 

C’est comme un sérieux avertissement, avec une méthode un peu brutale, de cow-boy. Les Iraniens ont été habitués au combat asymétrique depuis trente ans avec les États-Unis, dans une sorte de combat plus feutré : là c’est sidérant, ça stupéfait. C’est un gros poisson, Soleimani, qui disparaît : c’était le superviseur de la stratégie de contre-insurrection, un pilier de fait de la stratégie militaire relativement payante de l’Iran qui lui a permis de rester en creux un acteur important du Moyen-Orient.

 

Et pour l’Irak : est-ce que le clivage sunnite-chiite va grandir ?

 

Je ne crois pas : le grand mufti sunnite a condamné cette attaque, il a appelé au calme et à s’unir. Les Etats-Unis vont peut-être réussir l’exploit de réunir les sunnites et les chiites sur le sentiment patriotique irakien. Il faut aussi préciser que Soleimani avait été un allié indirect des États-Unis contre l’État islamique : la mise en place des « brigades de mobilisation populaires » a été inspirée par lui, et c’était de fait le meilleur allié au sol de la coalition. Soleimani et ses adjoints se baladaient au Liban, au sud de la Syrie, au Yémen et en Irak pour organiser des milices populaires et des contingents de résistance à Al Qaeda.

 

Lire aussi : Les liquidateurs

 

On dit qu’Israël aurait déjà tenté de tuer Soleimani en Syrie.

 

On dit plutôt dans les milieux informés qu’Israël n’a jamais voulu aller jusque là : il voyait bien combien ç’aurait été un acte extrêmement fort de le frapper. Les États-Unis sont peut-être plus à l’aise car plus éloignés géographiquement.

 

Est-ce qu’il n’a pas dépassé les bornes, s’il a organisé le sac de l’ambassade américaine à Bagdad ?

 

C’est typique de la manière dont les Iraniens testent le géant américain depuis longtemps, mais surtout ces derniers mois. Il y a eu un tweet assez étonnant venant du guide suprême Ali Khamenei qui répondait à Trump à propos de cette attaque. Il disait en substance : « De toute façon, vous ne pouvez rien contre nous ». Et trois jours après, boum. Ils ont sans doute préjugé de leurs forces, et de la non-réaction américaine.

 

Et ça révèle une chose : les États-Unis restent au Moyen-Orient du côté de l’axe saoudien, dont on pourrait, et c’est documenté, interroger les connexions depuis des décennies avec le djihadisme international.

 

Les Américains sont quand même dans l’impasse en Irak ? Ali Sistani, la plus haute autorité chiite du pays, a appelé à une réponse très forte.

 

Je vais même plus loin et dis à tous ceux qui se réjouissent de l’élimination de Soleimani : ça ressemble quand même à une mise en balance de l’élimination d’Al Baghdadi. Et ça révèle une chose : les États-Unis restent au Moyen-Orient du côté de l’axe saoudien, dont on pourrait, et c’est documenté, interroger les connexions depuis des décennies avec le djihadisme international.

 

Lire aussi : L’Amérique frappe en Irak et prend le risque d’une guerre ouverte avec l’Iran

 

Ceux qui applaudissent à la mort de Soleimani devraient réfléchir au fait que ça n’a rien à voir avec un véritable équilibre et que ça les place de fait du côté du pouvoir saoudien qui découpe à la tronçonneuse des journalistes, qui finançait des brigades salafistes et qui commet des crimes de guerre au Yémen. Je suis sûr que dans la réaction de Trump, il y a ça dans le fond : il ne faut pas trop s’attaquer aux sunnites qui restent des alliés.

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