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Gaspard Koenig, critique de la modernité ?

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Publié le

10 mars 2021

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Aux éditions de l’Observatoire, le philosophe Gaspard Koenig publie un succulent conte philosophique, L’Enfer, en forme de critique serrée du néolibéralisme. Il ne faudrait pourtant pas y voir un renoncement à son libertarianisme, loin s’en faut : sa critique de la société d’abondance est une tentative de sauvetage du Moi libre et autonome.
Koenig

Fort déroutant objet intellectuel que cet Enfer de Gaspard Koenig, conte philosophique qui, tout en revendiquant explicitement l’actualisation du chef-d’œuvre de Dante, s’inscrit dans la vieille tradition française du genre, depuis Fénelon et Voltaire jusqu’à Camus et Sartre, toutes proportions étant évidemment gardées. Travail syncrétique donc, qui mêle roman et philosophie en une dystopie dont la forme est particulièrement soignée : rechignant à l’exposé analytique, l’auteur a choisi de mettre ses idées en chair et en action, ou tout le moins de faire sentir par l’incarnation ses critiques d’un monde dont il craint l’avènement.

Mort transitant par saint Pierre, un économiste néolibéral à la vie sans turpitudes rejoint ce qu’il croit être le paradis où, dotés d’une carte de crédit illimitée et d’une puce électronique, tous vadrouillent dans un réseau d’aéroports hyper-connectés et consomment à souhait. Suscités par une myriade de sollicitations, tous les désirs – alimentaires, matériels, sexuels – sont satisfaits immédiatement, de manière permanente et dans la sécurité la plus totale. Bien vite, le héros déchante pourtant : le mouvement perpétuel et l’insatiabilité de désirs fugaces lui font entrevoir les ravages de l’extension radicale des principes d’efficacité et d’utilité économiques. De l’illimitation, aucune satisfaction réelle ne peut naître ; elle est une prison, car rien n’est si un jour ne s’éteint. « C’est là que je réalisai toute mon erreur : je n’étais pas au paradis, mais en enfer. La torture éternelle, ce n’était pas la chaux et les pinces, mais un salon d’attente avec sièges inclinables ». Voyant là appliqué ce qu’il avait prôné sur terre, l’économiste se comprend damné pour l’avoir prêché, à l’inverse de son maître à penser Milton Friedman qui, rebondissant béatement sur un trampoline, se croit au paradis, celui de la concurrence pure et parfaite et de son corollaire anthropologique, l’homo oeconomicus. [...]

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