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Éditorial monde de mars : Géopolitique en solde

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Publié le

8 mars 2022

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Le numéro 51 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l’éditorial monde, par Laurent Gayard.
Edito monde, Laurent Gayard

Les Jeux olympiques d’hiver ne portent pas chance à l’Ukraine. Elle n’y remporte déjà pas beaucoup de médailles et en plus son puissant voisin russe commence à prendre la mauvaise l’habitude de lui subtiliser un bout de territoire à chaque édition. En février 2014, à l’occasion des JO de Sotchi, les forces spéciales russes avaient ajouté une nouvelle épreuve à la compétition: traversée en zodiaque de la Mer noire, course au drapeau et annexion de la Crimée. « Krim Nach » – « la Crimée est à nous » – proclamaient alors les Russes pour enterrer les accords de 1997 et célébrer le retour au bercail de la petite péninsule considérée comme le berceau historique de la Sainte Russie. En février 2022, alors que l’est de l’Ukraine est toujours déchiré par la guerre qui a fait treize mille morts depuis huit ans entre indépendantistes prorusses et forces gouvernementales, Moscou vient de déclencher une invasion de grande envergure de l’Ukraine, à partir du territoire de la Russie, de la Biélorussie et de la Crimée, en dépit de toutes les assurances goguenardes de tous les demi-habiles qui martelaient à l’envi depuis des semaines que tout ceci n’était bien sûr qu’une partie de poker menteur organisée par l’Amérique honnie.

La Russie d’aujourd’hui n’est plus celle de la fin de la guerre froide, ou celle d’Eltsine

Les événements des derniers mois montrent que la Russie est entrée dans une nouvelle phase de reconquête de son ancienne zone d’influence. Au cours des mois de janvier et février 2022, une révolte contre le pouvoir autoritaire de Kassym-Jomart Tokaïev au Kazakhstan, a déclenché l’intervention des forces russes sous l’égide de l’Organisation du traité de sécurité collective qui regroupe l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Une première dans la région qui pourrait faire penser à un Printemps de Prague centrasiatique. Vladimir Poutine réactualise en quelque sorte la doctrine Brejnev, tout en pratiquant avec succès le « hit and run »: frapper vite et fort, ramener l’ordre et repartir, les Géorgiens en avaient déjà fait la douloureuse expérience lors de la guerre éclair de 2008. De surcroît, les Russes semblent aussi s’être mis d’accord avec les Chinois pour se partager les zones d’influence. La déclaration conjointe de Xi Xinping et de Vladimir Poutine, début février et l’annonce d’un accord historique sur les livraisons de gaz à la Chine par la Russie marquent le début d’une nouvelle ère géopolitique. Les Chinois observent d’ailleurs sans doute avec intérêt ce qui se passe en Ukraine – et qui pourrait les inspirer pour Taïwan.

À propos de l’Ukraine,les voix n’ont pas manqué pour dénoncer les responsabilités occidentales dans la crise actuelle. L’OTAN, pour Jean-Luc Mélenchon était le véritable agresseur dans cette affaire. Un autre aigle, Éric Zemmour, estimait, lui, que« les Américains n’ont cessé d’avancer depuis plus d’une trentaine d’années leurs pions vers la Russie ». Et du côté du Rassemblement National, on pensait que la Russie ne faisait que se défendre face au bellicisme de Washington dont Paris n’est, comme toujours, que le vassal. Il était même particulièrement savoureux d’entendre (Thierry Mariani dénoncer la présence de la France dans l’OTAN et l’assujetissement de notre politique étrangère aux intérêts américains, lui qui intégra pourtant le gouvernement Fillon III, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, après que ce dernier eut décidé de réintégrer la France dans le commandement de l’Organisation Atlantique le 7 novembre 2007. Le temps où Chevènement démissionnait pour protester contre l’engagement de l’armée française dans la guerre en Irak paraît loin.

Lire aussi : Éditorial monde de février : Le grand jeu reprend

On peut tout à fait reconnaître que l’UE a joué avec le feu dans sa politique de voisinage avec l’Ukraine au début des années 2000 ou que les Américains n’ont cessé d’avancer depuis plus d’une trentaine d’années leurs pions vers la Russie, et que du temps de de Gaulle, c’était mieux. Oui mais voilà, nous sommes en 2022. De Gaulle est mort depuis un demi-siècle. La Russie d’aujourd’hui n’est plus celle de la fin de la guerre froide, ou celle d’Eltsine. On peut juger l’administration Biden frappée par le gâtisme et l’incohérence. Cela oblige-t-il à accueillir avec bienveillance tous les coups de force russes sous prétexte que la France doit marquer son indépendance vis-à-vis des États-Unis? Était-on supposé ménager le partenariat avec la Russie au point d’ignorer une mobilisation massive aux portes de l’Europe ? La France dans cette affaire ne s’est pourtant pas montrée spécialement va-t-en-guerre. Mais même le simple fait d’appeler à la désescalade tout en assurant Polonais ou Roumains de notre soutien semblait être considéré une posture provocatrice pour le fan club de Vladimir Poutine, un fan club dont les certitudes ont été tournées en ridicule par leur propre idole. Cette conception carpétoïde des relations avec la Russie pourrait trouver une explication idéologique dans le cas du mélenchonisme bolivarien. Dans le cas de la droite, ce parti-pris systématique montre surtout que la droite « patriote », supposément « réaliste », n’a pas réactualisé ses fiches depuis trente ans et qu’il serait peut-être urgent de le faire. Il n’était finalement pas utile de chercher dans L’Inco à examiner la géopolitique de nos candidats. L’actualité nous offre une belle occasion de l’estimer à sa juste valeur. Et visiblement, c’est l’heure des soldes.

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