[vc_row][vc_column][vc_column_text]
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1549994251552{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Biographe à succès de Madame de Staël, de Chateaubriand et de Proust, Ghislain de Diesbach est aussi l’auteur de truculents mémoires. Un homme Grand Siècle, élégant et racé, qui déambule dans une époque grossière.
« Je veux que mes enfants soient élevés dans la haine de la République », disait son père. Dès l’école, Ghislain de Diesbach cultive sa différence, proclame son royalisme et refuse de chanter la Marseillaise. À quoi l’abbé jacobin répond du collège en le croisant : « Tiens, v’là l’boche ».
Ghislain de Diesbach a toujours eu le goût de l’insolite et du bizarre. Issu d’une antique famille suisse, il naît au Havre en 1930. La passion des montagnes, propre aux Suisses, ne l’a jamais touché. Toute sa vie, il demeure hanté par les ports et le grand large.
En 1940, l’effondrement de la France révèle à l’enfant la comédie humaine avec ses lâchetés et parfois son héroïsme. La confusion est générale, et sur les routes des soldats français aux allures de clochards se mêlent aux civils. Ghislain de Diesbach consigne dans un journal ces événements où se mêlent tragédie et grotesque. Il débute sans le savoir le métier de mémorialiste.
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Sa vie accélère brusquement en 1958. Comme tout homme de lettres qui se respecte, il cultivait jusque-là son oisiveté avec opiniâtreté. Son père, excédé de sa paresse, finit par lui couper les vivres. Ghislain se jette sur la première situation venue, stagiaire chez L’Urbaine et la Seine, une compagnie d’assurances. C’est le temps des petites chambres d’hôtel sinistres et des maigres repas.
Dans le troisième volume de ses mémoires, Un début à Paris, il décrit cette France des années cinquante où se mêlent paternalisme et alcoolisme. Chez L’Urbaine et la Seine, tout est prétexte à organiser des « pots ». On boit et on mange à toute heure pour oublier son salaire de misère, tandis que le garde-chiourme que l’on appelle le « Léopard », arpente les étages pour débusquer les tire-au-flanc.
Il existe en France deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. (Ghislain de Diesbach)
Le week-end, Diesbach écrit. Il publie en 1960 un premier recueil de nouvelles, Iphigénie en Thuringe. Récit d’un autre temps, ciselé à l’imparfait du subjonctif dans un style suranné parfaitement assumé. Sacré « jeune maître de l’insolite », les portes du monde littéraire s’ouvrent à lui. Propositions d’éditeurs et soirées mondaines se succèdent.
Dès lors, sa vie s’écoule dans une cadence immuable : il travaille la journée aux assurances, rentre chez lui répondre à son courrier, et se précipite à un dîner en ville. Car Ghislain de Diesbach est un mondain professionnel. Pendant 40 ans, il rencontre des milliers de personnes. Une multitude délibérée, destinée à approfondir sa connaissance des hommes. Et entretenir son sens de l’observation: « J’ai l’œil et j’ai l’oreille. Cela me fut très utile pour concevoir mes biographies».
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Soutenu par l’éditeur René Julliard, il publie Etudes et romans. En 1972, son Histoire de l’Émigration (1789-1814) lui confère une stature d’historien. En 1983, il accède à la vraie notoriété avec une biographie de Madame de Staël. Convié à « Apostrophes », il en vend 120 000 exemplaires et reçoit le Grand prix des lectrices du magazine ELLE. Malgré un style exigeant, il devient une tête de gondole.
Dans sa biographie de Proust, publiée en 1991, il dresse un portrait contrasté de l’écrivain, décrit entre autres comme « une cathédrale de haine ». Cette étude au style dynamique et piquant lui vaut l’admiration de la critique mais aussi l’hostilité de la société proustienne : « On ne comprenait pas que je puisse écrire sur Proust alors que je n’étais pas juif ». Josyane Savigneau du Monde mène l’offensive.
Alors que les proustiens le méprisent, les universitaires ne lui pardonnent pas son absence de diplômes. Une situation très française.
L’antipathie redouble d’intensité en 1995 avec sa biographie de Chateaubriand. Sur 800 pages, Diesbach raconte un François-René fantasque pourvu d’une grande vanité. Une sorte de Bernard-Henri Lévy du XIXe siècle, le génie et le sens de l’honneur en plus.
Alors que les proustiens le méprisent, les universitaires ne lui pardonnent pas son absence de diplômes. Une situation très française. Muni de ses vingt-deux prix littéraires, Ghislain de Diesbach n’en a cure. Il assume, écrit et exprime ses convictions quitte à choquer les bonnes âmes. Dans son Petit dictionnaire des idées mal reçues, on lit : « Les grèves de la faim sont généralement faites par les bouches inutiles » ; ou encore : « Il existe en France deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite ».
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Résolument réactionnaire, exécrant l’égocentrisme actuel, Ghislain de Diesbach cultive son goût d’autrui. Un goût qui n’est pas sans risque : « Le métier de mémorialiste est un art difficile, en butte à trois catégories de mécontents : ceux dont il dit du bien et qui trouvent ce bien mal dit ; ceux dont il dit du mal et qui le jugent trop bien dit ; et enfin ceux dont il ne parle pas, les plus furieux ».
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