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Gilet jaune et jaune gilet

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Publié le

29 décembre 2018

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Gilet jaune jaune gilet

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Macron, élu du peuple, arguait de façon grotesque que si l’on n’était pas content, on n’avait qu’à venir le chercher : le peuple à présent, qui a élu Macron, qui a élu tous les présidents depuis Giscard jusqu’à lui, veut désormais aller le chercher et là, ça ne sera plus seulement grotesque mais aussi sanglant.

 

Que penser et surtout que dire d’un événement comme celui des Gilets jaunes alors que, jeune encore, il apparaît avoir déjà atteint un degré de combustion au-delà duquel il ne semble plus possible de pouvoir l’éteindre ; car, même si la température retombe et que chacun range son gilet dans le coffre de sa voiture, l’élan pris par ceux qui ont goûté à la « poursuite de la politique par d’autres moyens » continuera de pousser vers son terme la politique telle qu’elle se fait en se défaisant depuis les cinquante dernières années : c’est-à-dire à grands coups d’idéologie plus ou moins assumée, de pragmatisme vaseux, et surtout sans l’aval d’un peuple au nom duquel on prétendait diriger et que l’on aimait soi-disant, mais que l’on ne vante plus du tout à présent parce qu’il n’a pas l’heur de suivre la marche forcée d’un futur radieux auquel personne ne croit vraiment.

L’angle mort du populisme, c’est précisément de penser le peuple contre les élites, et que la vision de celui-là vaut quoiqu’il arrive plus que la vision de celles-ci, que ses lubies sont bonnes lors que celles des autres sont mauvaises.

Tout le monde a fait semblant, et tout le monde continue de le faire, parce qu’au fond la politique récente fut un jeu, un pour-de-faux, et que pour l’ensemble du spectre politique – des tricards extrémistes aux politiques institutionnels – on n’a jamais pratiqué ce sport que parce que ça n’engageait à rien : soit que le cocon des institutions internationales empêche commodément toute manœuvre authentique ou bien que l’opposition radicale par « pureté » idéologique et excès de politiquement incorrect se soit calfeutrée dans le sanctuaire d’une dissidence toujours prompte à faire dissidence des autres et d’elle-même en appelant à une unité qu’elle ne désire surtout pas, des fois que ça marche…

 

Fin de partie

 

Le populisme apparut alors, au milieu du cirque de la politique prétendument sérieuse, d’abord comme une insulte hurlée par ceux que le peuple, faute d’être suffisamment progressiste, avait déçu, puis comme un titre de gloire depuis que dans le jeu plan-plan de la Ve République d’autres pensaient pouvoir en faire commerce. Dans tous les cas, on restait attablés entre gens convenables devant la porte d’une apocalypse qu’on croyait pouvoir repousser jusqu’aux calendes grecques, si tant est qu’elle existât vraiment. Le souci, c’est que le populisme, manifestement, si l’on regroupe sous ce terme la volonté du peuple de se faire entendre, n’est pas franchement politique au sens noble du terme, au contraire il n’indique que le contre-pôle, le rival mimétique de nos élites et de leur gestion bouffonne des quarante dernières années.

 

Lire aussi : Charles Millon « Ils ne supportent plus cette élite qui les traite de bouseux et de ploucs »

 

Non pas que les Gilets jaunes fassent semblant, ni que leurs revendications, toutes désordonnées qu’elles soient, ne s’entendent sur rien de légitime, assurément non ! Simplement, il s’agit d’un « ça suffit » plus que d’un « comment faire ? », et si la perspective de voir Jupiter dégager de son orbite nous réjouit, l’idée d’un effondrement global peut à bon droit obliger à suspendre son jugement quant à un événement qui prend de plus en plus l’allure d’une insurrection pure et simple.

En cela, on parle à juste titre d’un pays fracturé en deux : le peuple séparé de ses élites qui ne le comprennent plus, ou refusent de le faire ; on serait avisé de se demander surtout s’il ne s’agit pas de deux peuples qui fourbissent leurs armes pour s’affronter l’un l’autre dans une guerre sans merci. Le peuple d’en haut et le peuple d’en bas se regardant en chiens de faïence avant de se bondir, gueule ouverte, à la gorge.

 

Peuple d’en haut contre peuple d’en bas

 

Qu’ont fait nos élites, en fin de compte, sinon donner leur avis auquel elles s’accrochent, sans se soucier d’y réfléchir, parce qu’il définit les limites d’un monde qui est le leur et qu’elles habitent heureuses, qu’elles ont construit selon leurs repères eux-mêmes circonscrits entre un compte en banque, a priori plutôt bien approvisionné, et un ou deux arrondissements parisiens ? Celles-là forment un peuple, certes privilégié, mais un peuple malgré tout qui, comme tout peuple, peine à imaginer qu’il ne puisse pas envisager toute chose à sa mesure.

 

Lire aussi : Robert Ménard : « Les Gilets jaunes sont la France de la mondialisation malheureuse » 

 

Que le chaos tonne par-delà son univers, il ne le mesure pas ; que gronde la révolte, peu lui chaut pour la raison qu’il ne désire pas se révolter et que le chaos demeure une vue de l’esprit pour ceux-là qui connaissent depuis longtemps l’ordre, le luxe, le calme et la volupté. Que ce peuple soit minoritaire ne change rien à l’affaire, qu’il regarde effaré le ciel s’obscurcir, sans avoir aperçu les nuages qui l’annonçaient, peut aussi bien augurer d’une prise de conscience que d’un raidissement dramatique, et illustre quoiqu’il arrive la fin de la politique conçue comme une vertu unificatrice ; pour la raison que le peuple d’en bas commence à faire sécession de lui et qu’après Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, Macron plutôt que de tenter d’harmoniser le peuple d’en haut avec celui d’en bas, par mégalomanie, par bêtise, affligé d’une jeunesse qu’on rêvait être la condition du renouveau lors que c’était plutôt son inexpérience que l’on aurait dû craindre, aura travaillé à les diviser plus encore, à coups de petites phrases débiles et méprisantes, et de postures hiératiques dont il n’avait manifestement pas les moyens.

Ce qui se joue donc aujourd’hui, ça n’est pas la victoire ou la défaite du peuple, mais la possibilité même d’un renouveau politique ou le basculement dans la guerre civile voire la dictature, de quelque camp qu’elle provienne.

Il aura dressé le peuple d’en bas contre celui d’en haut, excité sa rage, la raffinant de telle sorte qu’à l’instar des « privilégiés » qui se sont payés sur une bête qu’ils croyaient morte ou consentante, le peuple d’en bas se réveille avec la farouche envie d’en découdre, sans considérer autre chose que son monde, qu’il habite malheureux désormais, et qu’il a construit selon ses repères eux-mêmes circonscrits entre un compte en banque, a priori plutôt frugal, et la périphérie des villes. L’angle mort du populisme, dont c’est un peu la fête ces dernières semaines, sauf à être pour l’abolition des classes, des ordres et de la hiérarchie en général, voire de la distinction en particulier, c’est précisément de penser le peuple contre les élites, et que la vision de celui-là vaut quoiqu’il arrive plus que la vision de celles-ci, que ses lubies sont bonnes lors que celles des autres sont mauvaises ; c’est l’ennemi intérieur contre lequel on se bat, le parti de l’Étranger qu’il faut chasser du pouvoir, c’est la Révolution comme seule issue possible.

 

Lire aussi : Nicolas Dupont-Aignan : « Les Gilets Jaunes, c’est un peuple en résistance » 

 

C’est enfin la guerre et non plus la politique. Ce qui se joue donc aujourd’hui, ça n’est pas la victoire ou la défaite du peuple, puisqu’en réapparaissant de manière spontanée, en faisant irruption dans un agenda politique qu’il déglingue à raison, il a déjà gagné, mais la possibilité même d’un renouveau politique ou le basculement dans la guerre civile voire la dictature, de quelque camp qu’elle provienne.

L’avenir nous dira alors si les populistes ont raison et si, dans sa sagesse populaire, l’événement Gilets jaunes saura réconcilier le peuple d’en haut avec celui ou d’en bas, afin de réinventer une démocratie dont il faut bien rappeler qu’elle est un régime de gouvernement par le peuple et que, manifestement, elle n’a pas su le prémunir du gouffre.

« La démocratie : l’oppression du peuple, par le peuple, pour le peuple », écrivait Oscar Wilde, voici la phrase que devront méditer ceux qui désormais, au-delà de la pose, voudront penser le réveil du peuple, lequel n’a pas produit que de la joie et de la justice.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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